
Des élus du Limousin se mobilisent contre la tenue d'un teknival sur le site d'une commune de 126 habitants, redoutant l'impact de milliers de "raveurs" sur l'agriculture locale, la tranquillité et la sécurité. Le maire de Saint-Martial-sur-Isop, Damien Coquelet, a ainsi pris lundi un arrêté municipal interdisant le teknival, prévu du 26 au 29 août sur le territoire de sa commune. En cas d'invalidation par la préfecture, il s'est dit prêt à saisir le tribunal administratif pour s'opposer au rassemblement.
Le bras-de-fer naissant illustre la difficulté persistante à trouver un accueil consensuel aux fêtes "rave", malgré la volonté récemment affichée du ministère de l'Intérieur de faire évoluer les manifestations d'ampleur nationale, accueillant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes "vers des rassemblements plus modestes de dimension régionale". Nicolas Sarkozy s'est exprimé mercredi sur la polémique en Limousin, estimant, depuis Lège-Cap-Ferret qu'il s'agissait de "trouver un équilibre" entre le maintien de l'ordre et l'amusement autour des teknivals. "Ce n'est pas très simple, on va essayer de trouver des solutions", a-t-il reconnu en réponse à des questions de journalistes sur l'hostilité du maire de Saint-Martial-sur-Isop. "J'ai mieux à faire pour les forces de l'ordre que de partir en guerre contre des jeunes qui veulent s'amuser. Mais en même temps, je n'accepte pas que ces manifestations deviennent des hauts lieux de vente de drogue", a-t-il poursuivi.
"Un teknival, ce n'est pas exactement un bal-musette"
La préfecture de Haute-Vienne avait annoncé vendredi aux élus le choix du site de Saint-Martial, et d'un terrain situé, selon le maire, sur les terres d'une demi-douzaine de particuliers. La préfecture a promis des états des lieux et indemnisations "dans un très court délai". Après un abattement initial, les élus du canton de Mézières-sur-Issoire qui recouvre Saint-Martial, se sont organisés. Ils ont contacté des agriculteurs d'autres régions hôtesses de teknivals ces dernières années et qui, selon eux, ont conforté leurs craintes. D'où une motion, présentée mardi en sous-préfecture à Bellac par une dizaine de maires, demandant "solennellement l'annulation pure et simple de la manifestation". Les élus ont conclu que l'organisation du teknival "ne pourra être que préjudiciable à l'ensemble de l'agriculture, de l'élevage local, ainsi que de la qualité de la vie, la tranquillité et la salubrité publique".
Autant que le choix du site, c'est l'absence de concertation préalable que dénoncent élus et syndicats, très soucieux de ne pas s'ériger en un front générationnel du refus face aux fêtes de "jeunes". Mais "un teknival, ce n'est pas exactement un bal-musette", fait remarquer un élu. "Nous ne sommes pas contre les jeunes", insistait le conseiller général Jean-Claude Bonnet. "Mais contre la réquisition arbitraire de terrains qui sont des outils de travail".
Dans un communiqué, la Confédération paysanne notait que "les populations locales ne sont pas des 'serfs' dont l'Etat peut disposer des biens comme bon lui semble (et) les participants des teknivals ne sont pas non plus des barbares irresponsables". Le syndicat accuse les pouvoirs publics de "stigmatiser une partie de la population contre une autre", à coup de réquisitions arbitraires faute d'envisager des solutions alternatives, comme des terrains désaffectés, des terrains militaires, ou la création de sites adaptés.
Photo d'ouverture : rassemblement à l'occasion d'un précédent teknival - archives
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