© INTERNECes journées sont traditionnellement dédiées aux "peuples sans Etat du monde entier". Les annuelles "Journées internationales de Corte", en Haute-Corse se déroulent à partir de samedi et jusqu'à dimanche. Trente ans après la naissance du nationalisme en Corse, autonomistes et indépendantistes s'efforceront d'afficher pendant ces deux jours, une union pourtant sérieusement mise à mal par la persistance de la violence clandestine rejetée par une partie d'entre eux.
Après 15 ans d'absence, une délégation du Sinn Fein, bras politique de l'IRA qui vient de renoncer à la lutte armée en Irlande du Nord, était attendue. Ses délégués ont été retenus après la décision de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) de mettre fin à 35 ans de lutte armée. "Nous nous réjouissons de cette entrée du mouvement nationaliste irlandais dans une autre phase de la lutte", a déclaré Jean-Guy Talamoni, responsable du parti indépendantiste Corsica nazione indipendente (CNI), rentré il y a 24 heures de Rome où il a rencontré une délégation du Sinn Féin pendant plusieurs jours. "Ce communiqué de l'IRA fait suite à un processus de dialogue approfondi et, avec un tel processus, les choses pourraient se régler en Corse", a estimé le leader indépendantiste. "Nous sommes prêts au dialogue, comme nous l'avons montré par notre participation loyale au processus de Matignon, mais Paris semble actuellement vouloir solutionner le problème corse en mettant les gens en prison et les nationalistes de côté", a-t-il déploré.
"Trêve totale et durable"
La surenchère entre les trois groupes indépendantistes clandestins corses qui poursuivent leurs campagnes d'attentats, et même la cacophonie qui les mine de l'intérieur, fissure chaque jour un peu plus l'Unione naziunale. Cette coalition assez hétéroclite entre des autonomistes, qui exigent la fin de la lutte armée, et une frange encore importante des indépendantistes, qui la soutient sans réserve, avait vu le jour à la veille des élections territoriales de mars 2004.
Les piliers autonomistes du Parti de la Nation Corse (PNC) et de A Chjama naziunale n'avaient accepté de s'allier au premier parti indépendantiste, CNI, qu'à la condition que le FLNC-Union des Combattants (FLNC-UC) observe une trêve "totale et durable". Ce qu'il avait accepté le 14 novembre 2003.
Mais depuis, cet édifice inédit, après la décennie meurtrière des années 1990 entre nationalistes, n'a pas tenu ses promesses : avec 17,34% des suffrages et huit élus à l'Assemblée de Corse, l'Unione n'a aucun moyen de s'imposer politiquement."Trêve
"Les poseurs de bombe cagoulés"
Pire, aiguillonné par une surenchère de communiqués et d'attentats de son principal concurrent, le FLNC dit "du 22 octobre", l'UC n'a pas pu maintenir sa trêve. Policiers et certains responsables nationalistes le confirment: des membres de l'UC, excédés par la stratégie "électoraliste", ont fait défection et rejoint le concurrent du 22 octobre ou participé au lancement d'un groupuscule plus radical, l'Armée du Peuple Corse (APC). Certains ont même commis des attentats sans l'aval d'une hiérarchie partagée ou décimée par les interpellations et les condamnations très lourdes, comme celles qui ont frappé en mai Charles Pieri, considéré comme le chef de l'UC.
Les clandestins sont aux abois, traqués par les policiers et gendarmes, alors que le ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy a réaffirmé le 22 juillet en Corse qu'il ne "négocie pas", surtout "en secret", avec "les poseurs de bombes cagoulés".
La persistance des attentats contraint le PNC et la Chjama naziunale à des explications très embarrassées pour sauver temporairement l'union. Les deux mouvements autonomistes, invités d'honneur aux festivités de Corte, baptisées pour la circonstance "Journées de l'Union", ont annoncé qu'ils consulteraient leurs bases à l'automne pour décider de leur maintien dans l'Unione naziunale.
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