
Après les deux incendies mortels dans des immeubles insalubres de la capitale, la polémique s’engage entre le ministre de l’Intérieur et la mairie de Paris. L’Etat et la ville ne sont pas d’accord sur les solutions immédiates à apporter à ce problème de logement. Conformément à la demande de Nicolas Sarkozy, la préfecture de police a annoncé mardi "l'évacuation des immeubles et des squats les plus dangereux", ajoutant qu'elle avait "notamment procédé mardi à l'évacuation du squat de la rue du Chalet dans le 10ème arrondissement". Elle va mettre en oeuvre dans les tout prochains jours, en lien avec la ville de Paris, un dispositif d'urgence pour prévenir de nouveaux sinistres", a-t-elle indiqué.
Toutefois la ville de Paris a souligné dès mardi soir qu'elle "ne souhaite être associée en aucune façon aux décisions d'évacuations", dans un communiqué de Jean-Yves Mano, adjoint au maire de Paris, chargé du logement. "Notre démarche est une démarche de prévention des risques et toute évacuation qui s'avère nécessaire au vu du dossier technique doit faire l'objet de solutions d'hébergement adaptées proposées aux personnes concernées et ce sur l'ensemble du territoire de l'Ile-de-France", a-t-il ajouté.
Le maire Bertrand Delanoë a pour sa part exprimé ses réserves face aux projets d'évacuation de ces locaux dangereux ou insalubres. "Il faut bien sûr enlever les personnes qui sont dedans, mais les reloger", a-t-il déclaré lors d'une visite dans un centre de repas chauds des Restaurants du coeur, Porte de la Villette (XIXe arrondissement). "Ma crainte, c'est qu'au nom de l'impératif de sécurité, on mette les gens dans la rue : cela, je n'en veux pas. Mais en même temps, je ne veux pas les laisser dans des endroits dangereux : je le dis de manière très nette et j'espère que je serai entendu".
Polémique entre la mairie et l'opposition UMP au Conseil de Paris
SOS Racisme a pour sa part exprimé mercredi sa "réprobation" après les déclarations de Nicolas Sarkozy, qui "feint d'ignorer que les drames à répétition qui viennent de se dérouler n'auraient sans doute jamais eu lieu si la France construisait suffisamment de logements sociaux". L'association Droits Devant a réclamé "l'arrêt immédiat des expulsions".
Une polémique a en outre éclaté entre la mairie et l'opposition UMP au Conseil de Paris. Claude Goasguen, président du groupe UMP au Conseil de Paris, et Philippe Goujon, président de la fédération de Paris de l'UMP, ont dénoncé mercredi dans un communiqué "l'attitude irresponsable et hypocrite de Bertrand Delanoë et de sa majorité" qui "se voilent la face en laissant les populations concernées en situation de grave dangerosité". Les deux élus, qui "approuvent la décision de la préfecture de police d'évacuer les immeubles et squats les plus dangereux à Paris", enjoignent la mairie de "modifier une politique qui repose sur une construction insuffisante de logements, sur des acquisitions foncières coûteuses et occupées", et de "s'occuper davantage de l'éradication de l'insalubrité".
Anne Hidalgo, première adjointe (PS) au maire, s'est déclarée "scandalisée" par ces déclarations de l'UMP parisienne, qui fait preuve d'une "opposition systématique" à l'implantation de logements sociaux dans les arrondissements qu'elle contrôle encore, selon elle.
Photo d'ouverture : un immeuble vétuste du XIXe arrondissement de Paris - DR
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