
L'incendie d'un immeuble parisien, qui a fait 17 morts dont 14 enfants, et dont on ignorait encore l'origine vendredi, illustre le problème de l'insuffisance de logements sociaux dans la capitale et celui de la dangerosité des immeubles sur-occupés. Environ 130 personnes, dont une centaine d'enfants, originaires du Mali, du Sénégal, de la Côte d'Ivoire et de Gambie, logeaient dans ce bâtiment de sept étages situé à l'angle du boulevard Vincent-Auriol et de la rue Edmond-Flamand (XIIIe).
L'immeuble détruit dans la nuit de jeudi à vendredi n'était pas un logement d'urgence. Il était la propriété d'un bailleur associatif, France Habitation (Freha), qui avait conclu avec les familles résidentes des baux de location de droit commun. Ses habitants étaient à l'origine des personnes relogées par le gouvernement socialiste en 1991, après l'occupation, très médiatisée, d'une partie du chantier de la Bibliothèque François-Mitterrand par une centaine de familles soutenues par Droit au Logement (DAL), quai de la Gare (XIIIe). L'Etat avait réquisitionné un immeuble vide et l'avait réhabilité pour le louer à ces "mal logés". La réquisition avait ensuite été "consolidée".
Un autre immeuble menacé boulevard Auriol ?
L'immeuble n'était pas proprement dit un "logement social" répondant aux critères d'attribution habituels. L'incendie qui l'a fortement endommagé fait cependant ressurgir la question du logement social, 100.000 demandes demeurant non satisfaites dans Paris intra muros et 300.000 dans la région Ile-de-France. Le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo a évoqué la convention passée le 20 avril 2005 entre l'Etat et le maire de Paris, qui prévoit la "réalisation en six ans de 22.200 logements locatifs sociaux, la création et la réhabilitation d'au moins 1.650 places d'hébergement d'urgence et le traitement de 24.500 logements dans le cadre du plan d'éradication de l'habitat indigne".
Depuis 2001, la municipalité Delanoë a financé de son côté 3.500 logements sociaux par an. En octobre 2004, le maire de la capitale avait assuré qu'il fallait passer à "4.000" en 2005 mais à condition que "tout le monde fasse preuve de courage" et notamment l'Etat" qui doit "110 millions d'euros aux bailleurs sociaux". La mairie de Paris a rappelé avoir "mis en oeuvre des moyens exceptionnels pour financer notamment la création de 15.000 logements sociaux, éradiquer l'insalubrité dans plus de 1.000 immeubles et racheter 27 hôtels meublés".
S'agissant de l'immeuble endommagé au 20 bd Vincent Auriol, on expliquait à la mairie de Paris que le mode de vie des familles, attachées à vivre de façon communautaire, n'allait pas sans problème. Elles s'étaient "opposées à des travaux" jugés nécessaires par les autorités et avaient fait l'objet de nombreux "signalements" notamment pour des problèmes d'insalubrité, y indiquait-on. "Tout le monde s'attendait à ce drame", "c'était une adresse qui faisait cauchemarder les responsables, car l'immeuble était clairement en état de sur-occupation", a-t-on également déclaré en évoquant un autre immeuble "en déshérence" et "rempli à rabord" et qui se trouve également boulevard Vincent-Auriol.
Photo d'ouverture : l'immeuble du 20 boulevard Vincent Auriol, vendredi soir, quelques heures après l'incendie - DR
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