© INTERNELes familles des victimes du crash du Mont Sainte-Odile n'ont pas fini de s'exaspérer des lenteurs de la justice : le tribunal de Strasbourg a repoussé lundi à fin novembre le procès contre l'Etat pour... "durée excessive" de la procédure. "Ca devient ubuesque. C'est consternant, lamentable", s'est désespérée Dominique Béguin, la secrétaire de l'association ECHO des familles, qui a perdu son campagnon dans la catastrophe. "Nous voulions montrer que la justice est trop lente : elle nous donne du grain à moudre!", a-t-elle martelé. "Nous sommes désespérés. On s'était préparés depuis des mois à cette audience, on voyait le bout du tunnel. Et voilà comment la justice nous traite ! C'est pire que dans une République bananière", s'est emporté de son côté Alvaro Rendon qui a perdu sa femme dans l'accident.
Lasse d'attendre depuis des années un procès au pénal - l'instruction étant terminée depuis juin, le procès pourrait finalement avoir lieu au deuxième semestre 2006 -, l'association ECHO avait décidé d'assigner l'Etat devant la justice civile pour que soit reconnue la lenteur excessive de la procédure. Cette procédure annexe devait être examinée lundi, plus de quatre ans après son lancement, par la première chambre civile du Tribunal de grande instance de Strasbourg. Mais, dès l'ouverture des débats, la présidente a renvoyé l'affaire au 24 novembre prochain, en constatant une erreur de procédure : le dossier écrit n'avait pas été communiqué par avance au parquet.
Ras-le-bol
"Je sais que les familles attendent depuis longtemps, mais l'affaire doit être renvoyée, sinon nous encourons la nullité de la procédure", a déclaré le vice-procureur Marc Montagnon. La procédure intentée contre l'Etat français est fondée sur l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme qui stipule que "toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial". Même si l'enjeu de cette procédure civile était surtout symbolique", selon M. Rendon -, cette nouvelle déconvenue vient augmenter un peu plus le ras-le-bol exprimé régulièrement par les familles. Celles-ci ne se battent pas pour des indemnisations - 83 dossiers sur 87 sont définitivement réglés - mais "pour la justice", affirment les porte-parole de l'association.
En janvier 2004, le ministre de la Justice d'alors, Dominique Perben, s'était déplacé en personne pour participer à la commémoration de l'anniversaire du crash, organisé chaque hiver sur les lieux-mêmes de la catastrophe, dans les Vosges enneigées. "La justice ne vous oublie pas", avait alors déclaré le garde des sceaux. Depuis 1992, les contre-expertises ont succédé aux expertises, blanchissant Airbus Industrie ou soulignant au contraire des dysfonctionnements des instruments de bord, sans permettre à la justice de trancher sur les raisons de l'accident de l'A-320 d'Air Inter en provenance de Lyon, qui volait trop bas et s'était écarté de sa trajectoire, à l'approche de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim. Seules neuf personnes avaient survécu à la catastrophe. A ce jour, sept personnes sont mises en examen pour homicides et blessures involontaires : trois dirigeants d'Air Inter (devenue Air France), deux cadres de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), un contrôleur aérien, ainsi qu'un ancien directeur technique d'Airbus Industrie.
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