Des écoles pas comme les autres (2/3)

Par , le 06 septembre 2005 à 07h00 , mis à jour le 06 septembre 2005 à 11h43

Les écoles alternatives attirent de plus en plus d'enfants en France. Leur pédagogie centrée sur l'enfant séduit certains parents qui refusent l'idée de compétition dès le plus jeune âge. D'autres y voient une nouvelle chance lors d'un échec dans le système public.

Montessori pédagogie école © DR

Si les écoles privées affichent complet, celles aux pédagogies dites " alternatives " refusent elles aussi chaque année des élèves. "Environ 100 000 élèves suivent ces enseignements sur les 12,5 millions d'enfants scolarisés en France", selon Sophie Chavenas, auteur du Guide des écoles pas comme les autres (1). Pour les écoles Montessori, il n'est pas rare qu'il faille s'y prendre deux à l'avance pour espérer décrocher une place. Ecoles différentes, parallèles, alternatives, expérimentales... ces types d'écoles n'ont pas de nom clairement identifié. Elles ne se définissent pas par leur appartenance au secteur public ou privé (il en existe dans les deux systèmes) mais par leurs méthodes pédagogiques différentes. Montessori, Steiner, Freinet ou Decroly, toutes ont pris le nom d'enseignants ou médecins du début du 20è siècle qui ont développé leurs propres méthodes d'enseignement et dont le point commun est de placer l'enfant au centre du système scolaire. "Dans la plupart, les notes n'existent pas, le redoublement non plus, la compétition est absente et les disciplines artistiques ou manuelles sont beaucoup plus valorisées que dans le système normal", estime Sophie Chavenas qui a publié cette année la septième édition de son guide.

Responsabiliser les enfants

Si dans les années 70 ces écoles ont connu un énorme succès dans la mouvance hippie, c'est pour d'autres raisons que les parents s'adressent aujourd'hui à ces écoles. "Nous avons de plus en plus de demandes de parents dont les enfants ne réussissent pas dans le système normal", juge Catherine Chabrun, présidente de l'Institut coopératif de l'école moderne (IECM*), qui fédère les enseignants qui apliquent la pédagogie Freinet. Ces derniers enseignent dans le public et suivent donc les programmes élaborés par l'Education nationale mais avec quelques spécificités. "Dans la pédagogie de Célestin Freinet, l'enfant doit être actif et ne pas recevoir les connaissances comme un vase", poursuit Catherine Chabrun qui enseigne elle-même dans une classe mixte CE2-CM1-CM2. Pour développer l'écriture, les enfants correspondent avec une autre classe en France via un journal de classe. Chaque semaine, un conseil de classe d'enfants a lieu pour déterminer les envies des enfants, leur avis sur telle ou telle matière. "C'est aussi l'occasion de régler les conflits", explique l'enseignante et "de responsabiliser les enfants".

"L'école de la République est très bien pour les enfants qui marchent bien. Mais aujourd'hui, un enfant sur dix est en échec scolaire et le système général n'est pas adapté. Dans les IUFM, on ne prépare pas les futurs enseignants aux difficultés d'apprentissage", déplore Sophie Chavenas. Les écoles parallèles semblent mieux adaptées. Le fait de ne pas donner de notes ne stigmatise pas l'élève. "Certains enfants sont plus lents que d'autres. Ils peuvent avoir du mal dans les petites classes et se révéler plus tard", estime le responsable de l'école Decroly dans le Val de Marne. Cette école, unique en France, fait partie du service public et accueille les enfants de la maternelle à la troisième. Elle doit aussi refuser des élèves : "en sixième nous n'avons pris que 13 élèves sur les 30 demandes que nous avions", précise Ricardo Correcher, principal adjoint et professeur de maths.

Géométrie ou jardinage ?

Toutes ces écoles mettent l'accent sur les activités manuelles : "il n'y avait pas plus de mérite à choisir l'atelier géométrie que jardinage ", se souvient Philippe Quesne, ancien élève de Decroly. "Pour restituer une leçon d'histoire, nous pouvions, selon nos affinités, décider de faire un dessin ou bien un exposé sur un thème précis", se rappelle Anne Willi, qui a fait toute sa scolarité dans une école Steiner du nom d'un pédagogue suisse.

Un enseignement de privilégiés ? Les écoles Freinet sont publiques et sont donc gratuites. Idem pour l'école Decroly près de Vincennes. En revanche Steiner et Montessory sont elles privées ou semi-privées. Les frais d'inscription varient d'un établissement à un autre mais la scolarité environne les 200 à 300 euros par mois. et parfois beaucoup plus.  

*Plus d'infos sur les écoles Freinet en cliquant ici

Pédagogie Montessori

Fédération des écoles Steiner en France

Le site de l'école Decroly

(1) Guide des écoles pas comme les autres, Sophie Chavenas, éditions Horay, 20 euros

Par Sophie Lutrand le 06 septembre 2005 à 07:00
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17 Commentaires

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  • Eric, le 06/09/2005 à 18h59

    Comme tous les ans à cet période de rentrée des classes, on fait une petite pub pour les établissement privés, à la télé, radio et journaux. Les maronniers on appelle çà. C'est comme les rythmes scolaires, on y a droit tous les ans depuis que j'ai l'âge de comprendre. Ce n'est pas de l'information, c'est de la propagande : Il faut dévaloriser l'école publique au profit du privé, car il faut tout privatiser, le privatisé c'est bien. Pathétique. Il se trouve que j'ai fait tout mon cursus dans le publique et je suis bac+5. Il faut bosser, c'est tout. Ceux qui envoyent leur enfants dans le privé car 'les profs du public sont incompétents' ne veulent tout simplement pas admettre que leurs enfants sont un peu moins bon que d'autres, ou mal orientés. 'Que vont dire nos amis si tu redoubles !'. On ne veux plus de métiers manuels et 80% d'enfants avec le bac. La vérité est que certains sont plus doués pour les études que d'autres, et ce n'est pas péjoratif pour les autres qui ont le droit et le devoir de s'épanouir dans autre chose.

  • Dan, le 06/09/2005 à 17h31

    Vous m'interpellez, ""isabelle de londres", j'avoue ne pas trop comprendre le sens de votre intervention...Sans vouloir vous faire de procès d'intention, j'ai l'impression que, comme beaucoup de personne vous confondez egalité, égalitarisme et la notion " naissent libres et égaux en droit", ce qui n'a strictement rien à voir....Maintenant, " des gens intelligents et des moindres", notions très subjectives....Le rôle de l'éducation dans une société est, en tout cas, devrait être, de (pardonnez moi cette expression un peu triviale)de tirez le maximum du potentiel d'un individu, condition nécessaire pour dégager une véritable élite...Or, dans nos sociétés, on confond élitisme et un système sélectif basé,malheureusement, sur la "sélection sociale...." ce qui est très différent.......Maintenant et de manière plus générale, est ce que le rôle de l'éducation est de suivre "bêtement" la société,ses règles, ou n'a-t-elle pas quand même un rôle plus noble de faire "évoluer" les choses....

  • Un peu, le 06/09/2005 à 17h11

    C'est très joli cet angélisme, ne traumatisons pas nos chers bambins avec cet odieux esprit de compétition, pouah, mais enfin bon, le jour où il faudra se pointer en entreprise pour décrocher un job, ils ne seront pas tout seuls ...

  • Un auto-délocalisé, le 06/09/2005 à 16h52

    Notre fils de 3 ans suit un programme Montessori à Singapour (MMI). Nous sommes très satisfait de l'approche pédagogique ainsi que du contenu enseigné. On ne peut qu'encourager le development de ce genre de système éducatif. Il est navrant de voir qu'encore aujourd'hui certains rejetent tout autre approche que le bourage de crane et la course aux bonnes notes. Mon niveau d'orthographe serai certainement bien meilleur si mes profs de français successifs s'étaient occupés du fond de mes difficultés d'apprentissage au lieu de me considérer comme un individu incurable. Dieu merci, j'ai eu la chance de compenser cette carence par d'autres domaines. Certains n'ont toutefois pas cette chance. On ferai bien d'intégré certain principe Montessori dans le cursus officiel de l'enseignement national. Une chose est certaine, cette façon d'enseigner, basée sur l'écoute des besoins de l'enfant, est incompatible avec des classes surchargées et de ce fait est difficilement applicable au système scolaire étatique d'un pays ruiné. Le lycée français de Singapour l'a d'ailleur fort bien compris. Il est sponsorisé par nos multinationales favorites et charge au minimum 5000 Euros de frais de scolarité par élève et par ans. Elle est bien loin l'école publique et graguite! Et les bourses me direz vous. Et bien sur le milier d'élève que compte l'établissement, seul 2 élèves y ont accès! Et pourtant ce ne sont pas les français peu argentés qui manquent ici, venus sans sponsor pour échaper au chomage chronique dont ils étaient victimes en France. Enfin à ce tarif, on a droit à de la qualité aux vues des taux de réussite au Bac obtenus tous les ans. C'est ce que l'on peut appeler 'investir dans l'avenir de ses enfants'.

  • Vera, le 06/09/2005 à 15h43

    Isabelle de Londres, qui a decide que la societe humaine de serait que competition comme dans le mode animal. Depuis des siecles certaines societes vivent sur des modeles differents, pourquoi le refuser pour, une fois encore, parler de competitivite. Il n'y a pas sur terre que le modele WASP. Les personnes qui sortent de ce type d'enseignement ont un bien meilleur equilibre affectif que ceux qui se font bousculer dans un systeme scolaire aveugle.

  • Anne, le 06/09/2005 à 15h06

    Bien d'accord avec Viviane : avec des classes allégées, tout devient possible, pour maîtres et élèves ! aidons l'école "normale" avant de chercher ailleurs.

  • Bertrand, le 06/09/2005 à 14h45

    A "Isabelle, Londres" : en effet, "il y a des gens intelligents et des moindres", et je suis désolé de constater que si vous n'avez pas compris à quoi servent ces écoles, vous vous classez dans votre seconde catégorie... Juste un exemple : avez-vous appris à conduire ? Si oui, il se pourrait que votre premier contact ait commencé par le volant sans vous préoccuper du reste, puis vous avez pu accéder à l'accélérateur et au frein, afin de maîtriser tout ça assez bien pour pouvoir vous concentrer sur les vitesses et l'embrayage. Pour certains, cette démarche progressive n'est pas nécessaire (ou bien très rapide), pour d'autres elle est indispensable car à tenter d'assimiler trop de choses à la fois, le risque est grand de très mal les assimiler... Ainsi, le système scolaire "ordinaire" tente d'enfermer tout le monde dans un même moule avec les "mêmes connaissances", et encore c'est la théorie puisque les programmes changent tout le temps et que ça dépend de bcp de choses à commencer par la valeur de l'enseignant (connaissances, passion, capacités pédagogiques) et les conditions d'enseignement. Mais comme il n'y a pas 2 individus identiques (OK, sauf les jumeaux...), ça ne peut pas marcher (la preuve !), et il est stupide de devoir s'adapter au moule au lieu que ce soit le moule qui jouisse de quelques degrés de liberté ! Certes, tôt ou tard les enfants sont lâchés dans la vie, mais s'ils ont eu la possibilité d'en assimiler correctement les principes, la culture, etc, ça ira mieux que si de guerre lasse ils rejettent tout en bloc et deviennent des marginaux... ou des assistés !!

  • Bertrand, le 06/09/2005 à 14h41

    A "JC, Paris" : il n'est pas question de "solution miracle" universelle, mais d'une bonne façon de permettre à des enfants de s'intégrer à leur rythme - ça ne veut pas dire que ça marchera pour tous, mais ça en aide tant que c'est incontestablement une bonne chose à développer... Alors, qui rêve ?

  • Olivier, le 06/09/2005 à 13h52

    Pas mal cette série d'articles de Mlle Lutrand.

  • Isabelle, le 06/09/2005 à 13h25

    Dan, c'est bien beau tout ca. Il faut aussi rajouter tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Cependant on sait tres bien ou est la realite. Il en va de meme pour la vie en societe. Desolee, mais il y a des gens intelligents et des moindres. Se fermer les yeux en ignorant la realite des choses ne change rien. En societe, il y a de la competition et donc pourquoi pas a l'ecole aussi. L'ecole, c'est aussi l'apprentissage de la vie en societe et ses regles s'appliquent. Pourquoi vouloir faire des enfants enrobes de carton pate, ils sont plus resilients que vous croyez. Ce qu'il faut, c'est trouver a chacun sont talent, et chacun en a, qu'il soit academic ou manuel, artistique ou scientifique, la n'est pas la question. Il faut le decouvrir et le developer pour tous. Les enfants s'en trouveront valorise et ce ne sera l'echec pour personne.

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