
"Les gens voulaient se jeter par la fenêtre... il y avait des pompiers qui emportaient des corps", raconte, sous le choc, Jean, un habitant de la tour de l'Haÿ-les-Roses où un incendie a fait 14 morts dans la nuit de samedi à dimanche.
Il est 04h30, le feu est maîtrisé, des résidents du quartier rassemblés derrière un cordon de sécurité contemplent horrifiés le va-et-vient des secours qui emportent des corps. Restes de l'incendie: de longues traces noires sont visibles juste au-dessus du hall d'entrée de la tour HLM de 110 appartements, en bon état apparent.
Une fumée "qui collait à la peau"
Des familles de victimes en pleurs sont accompagnées par les pompiers dans un centre d'hébergement d'urgence installé dans un gymnase, où elles recevront une première assistance psychologique.
Une petite fille suit, tremblotante, le brancard où gémit sa mère blessée, emportée par des secouristes, et appelle "maman" sans s'arrêter, la voix entrecoupée de sanglots.
Assis sur la pelouse, Jean, habitant de la tour, est encore sous le choc. "C'est la fumée qui m'a réveillé, la chambre était de pleine de fumée, une fumée épaisse, on aurait dit qu'elle collait à la peau, c'était suffoquant", se souvient-il.
Habitant au rez-de-chaussée, Jean a pu sortir tout de suite par la fenêtre. Une fois dehors, "j'ai vu des grandes flammes alors j'ai appelé les pompiers, poursuit-il. Il y avait des gens qui voulaient se jeter par la fenêtre. Je leur ai dit ne pas le faire, que les secours allaient arriver". "Le plus horrible, c'est quand ils ont sorti les victimes, il y avait des pompiers qui emportaient des corps, les gens qui étaient dehors se sont mis à hurler", dit-il.
Attente dans l'angoisse
"Il y avait beaucoup de panique car on a vu des corps de gens qu'on connaît. Nos voisins, un couple et leur fils, une famille entière, sont décédés", raconte Florence Leclerc, un habitante du rez-de-chaussée, un gilet sur les épaules, prêté par une amie. Le visage crispée, Florence dit qu'elle est "sans nouvelles de sa famille", comme de nombreux habitants de l'immeuble.
Jean-Luc Quinson, 49 ans, depuis 33 ans dans la tour, a "été réveillé par l'odeur de la fumée. Ma chambre était pleine de fumée, raconte-t-il. J'ai essayé d'allumer ma lampe mais l'électricité était coupée et il y avait des bruits de craquements partout, puis j'ai entendu des cris dans l'immeuble". Jean-Luc a alors attendu l'arrivée des pompiers, calfeutré dans son appartement, rongé par l'angoisse et les hurlements résonnant dans le bâtiment.
Quelle issue ?
Quelques heures après l'incendie et alors que la thèse d'un incendie criminel se précise, l'émotion laisse place à la colère chez les habitants du quartier.
"Il paraît que c'est trois filles qui jouaient avec un produit inflammable dans l'entrée", s'emporte Mane, un habitant de 50 ans. Il y a toujours des histoires, quand ils mettent pas le feu aux poubelles, c'est dans le vide-ordure, ou aux voitures, ça devait arriver". "Ils" désigne "les jeunes qui traînent tout le temps", précise-t-il.
D'autres résidents évoquent eux la vétusté de l'immeuble. "La seule issue de secours, c'est là où il y avait l'incendie. On fait comment pour sortir?", fulmine Hervé Douin.
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