
Denis Vadeboncoeur n'avait jusqu'alors reconnu, dans la relation "amoureuse" avec le jeune Jean-Luc, son accusateur, qu'une responsabilité limitée, parlant même de "détournement de majeur". Mais lundi, au premier jour de son procès à Evreux, ce prêtre canadien de 65 ans, accusé de viols sur mineur de 15 ans, a déclaré : "Jean-Luc n'est pas responsable; c'est lui la victime, c'est pas moi". C'est son bref séjour de 3 mois et demi en prison, de décembre 2000 à mars 2001, qui l'aurait conduit à cette reconnaissance de son entière responsabilité. "Ce fut très positif, un moment de réflexion", a-t-il témoigné. Sur ce qui l'a conduit à devenir pédophile, le prêtre a raconté son enfance, heureuse malgré une "éducation rigide", son entrée dans la voie religieuse. Son ordination en 1965, son ignorance de la sexualité jusqu'à son départ au Brésil en 1969, une révélation, un bouleversement. La force de cette libération dans un pays sans contraintes comme le Brésil, l'effraya et il demanda à rentrer dans son pays. Il y développa des théories soixante-huitardes sur l'éducation permissive - dont il a reconnu lundi qu'elles l'avaient "embarqué".
Puis il vint en France. Alors qu'il avait été condamné en 1985 au Canada à 20 mois d'emprisonnement pour "grossière indécence, sodomie et agressions sexuelles sur des adolescents", Denis Vadeboncoeur se retrouva incompréhensiblement nommé en 1988 curé de la paroisse de Lieurey, au contact de jeunes gens, par l'évêque d'Evreux Mgr Jacques Gaillot. Sur cette nomination, l'évêché d'Evreux a été gravement mis en cause lundi par un policier du SRPJ de Rouen qui a enquêté pour tenter de découvrir si Denis Vadeboncoeur, qu'il surnomme le "prédateur", avait fait d'autres victimes que Jean-Luc entre 1988 et 2000 dans l'ouest de l'Eure. Le commandant Jean-Yves Briand a dénoncé la disparition de pièces du dossier de Vadeboncoeur à l'évêché, pour laquelle a été mis en cause un ancien secrétaire de Mgr Gaillot, alcoolique et décédé.
Mgr Gaillot "parfaitement au courant"
Il a reproché au successeur de Mgr Gaillot, Mgr Jacques David, en fonction quand l'affaire a éclaté, d'avoir alors publié une lettre ouverte à ses paroissiens pour leur demander "compassion et miséricorde" pour le prêtre Vadeboncoeur, "sans aucun mot pour la victime". "On a eu beaucoup de bâtons dans les roues", l'appel de Mgr David a provoqué une "sorte d'omerta dans les campagnes", a dit le policier. Il s'en est pris également à Mgr Gaillot, "parfaitement au courant" du passé judiciaire de Vadeboncoeur, mais qui, "pensant que tout le monde il est beau et gentil, ne voit pas de difficulté à lui confier une paroisse avec des enfants".
Interrogé en soirée, Mgr Gaillot a laborieusement expliqué qu'il avait été "sensible à un appel au secours" du prêtre canadien, ajoutant : "Aujourd'hui je reconnais que j'ai fait une erreur". L'évêque d'Evreux, destitué par Rome en 1995, a indiqué qu'à l'époque "il était moins sensible à ce problème de la pédophilie qu'aujourd'hui". Il n'a pas pu expliquer la disparition de l'évêché du dossier de Vadeboncoeur, assurant toutefois qu'il était encore plein à son départ. Mais son successeur, Mgr Jacques David, a ensuite déclaré que le dossier était vide à son arrivée à Evreux. Les deux évêques se sont également contredits sur ce que Mgr Gaillot avait dit à Mgr David à propos de Vadeboncoeur en 1996, lors d'une brève rencontre à Paris avant que Mgr David ne s'installe à Evreux. Mgr Gaillot a prétendu qu'il l'avait informé que Vadeboncoeur avait eu des "problèmes avec les jeunes" alors que, selon Mgr David, il aurait fait état de problèmes, sans autre précision.
(Photo : Denis Vadeboncoeur au tribunal d'Evreux lundi matin - LCI)
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