
Nicolas Sarkozy s'est posé samedi en rassembleur sur l'Europe et a mis la pédale douce sur la Turquie, pour aplanir un sujet de désaccord entre lui et Jacques Chirac, estimant qu'il sera temps en 2007 de lancer ce débat. Clôturant une convention de l'UMP sur l'Europe organisée vendredi et samedi à la Mutualité à Paris, le président de ce parti, adoptant un ton déterminé et calme, s'est montré particulièrement consensuel, désireux de ne pas jeter de l'huile sur le feu entre lui et le chef de l'Etat sur la question turque. Chose inhabituelle, il a cité le président: sur la Turquie mais aussi sur le référendum constitutionnel européen "que Jacques Chirac a eu raison de poser", ou l'aide au développement, qui devrait être "un facteur de démocratisation comme l'a proposé" Jacques Chirac.
Alors que le chef de l'Etat est partisan de l'adhésion d'Ankara, objectif de négociations qui doivent débuter le 3 octobre entre la Turquie et l'UE, Nicolas Sarkozy, qui y est hostile, a fait le minimum. Il n'a abordé le sujet que pendant quelques minutes dans son discours. L'UMP a déjà fait connaître son opposition à l'adhésion d'Ankara, à deux reprises, le 9 mai 2004 sous la présidence d'Alain Juppé, le 6 mars 2005 sous la sienne. "Elle n'a pas changé". "Le moment venu, le peuple français aura à dire son opinion comme l'a proposé le président de la République", a dit le président de l'UMP. La question de cette adhésion "sera sans doute un des éléments du débat en 2007", lors de la campagne présidentielle. En attendant, "il n'y a aucune nécessité de dramatiser les choses, d'accentuer le fossé", a-t-il ajouté, mettant volontairement un bémol à ses déclarations habituelles sur le sujet.
"Je sais qu'on attend des petites phrases. Faisons comme si de rien n'était"
Alors qu'il avait imputé le non des Français au référendum sur la constitution au souhait officiel de la France de voir la Turquie adhérer à l'Union, il a lancé: "je sais qu'on attend des petites phrases. Faisons comme si de rien n'était. Faisons de nos différences, des additions et une chance". Lors d'un récent entretien à l'Elysée, Jacques Chirac a demandé en substance à Nicolas Sarkozy de "ne pas trop en faire sur la Turquie", lors de cette convention, a rapporté à quelques journalistes un élu sarkozyste. "Partisans de l'élargissement de l'Union à la Turquie" ou "les autres, dont je suis, est-ce pour autant que nous ne sommes pas d'accord sur la vision de la société, est-ce pour autant que nous devrions décider de ne plus être dans la même formation politique ? Mais bien au contraire", s'est par ailleurs exclamé le patron de l'UMP.
Nicolas Sarkozy avait déclaré vendredi, en marge de la convention: sur la question turque, "98% du parti est avec moi, 95% des parlementaires et 100% du gouvernement". Il a peut-être dû adoucir ses propos après avoir entendu les différents orateurs. Certes, l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing avait rappelé avoir été "le premier à dénoncer les dangers pour la poursuite de l'intégration européenne" que représente une adhésion d'Ankara. Mais Edouard Balladur, président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée, a de son côté jugé "prématurées les tentatives de définition des frontières" de l'UE.
Photo d'ouverture : Nicolas Sarkozy lors de son discours de clôture de la Convention UMP sur l'Europe - DR
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