
"Il nous a trahis. C'était pas possible j'avais entièrement confiance... C'était un petit garçon, il l'a démoli". Dans un récit interrompu par des sanglots, la mère d'une victime présumée du prêtre pédophile canadien Denis Vadeboncoeur, accusé de viols sur mineur devant les assises de l'Eure, a raconté mardi la "trahison" du prêtre, au deuxième jour du procès à Evreux.
En 1988, Denis Vadeboncoeur arrive à Lieurey, dans l'ouest de l'Eure, où il a été nommé curé de la paroisse. Il va y travailler avec des jeunes malgré la connaissance par l'Eglise de sa condamnation au Canada pour des faits de pédophilie. Devant le tribunal, cette mère se souvient l'avoir "bien accueilli". 10 ans plus tard, son fils Jean-Luc alors âgé de 23 ans s'écrie : "Voilà dix ans que je couche avec M. Vadeboncoeur". Et la mère de découvrir son "impossible trahison".
Mea culpa
Très rapidement, le prêtre "chaleureux, aimable, gentil" s'était livré à des attouchements sur son fils ("On le faisait dans le dos de ma mère" dira ensuite Jean-Luc), alors qu'elle-même avait fait de Vadeboncoeur son confesseur. Elle lui avait notamment raconté, ce qu'elle n'avait dit ni à son mari ni à son fils, que le "père biologique" de Jean-Luc était un prêtre. C'est elle qui a encouragé Jean-Luc à aller voir Vadeboncoeur au presbytère, quand à 14 ans il est devenu agressif, boulimique.
Dans la salle du tribunal, son fils pleure. Denis Vadeboncoeur reste impassible. Comme depuis le début du procès, il garde la plupart du temps les yeux clos. Plus tard il reconnaîtra sa "trahison", se livrant à un nouveau mea culpa : "Je suis effondré, c'est moi le coupable... La relation aurait pu rester une belle relation d'amitié mais le sexe s'est introduit... C'est moi qui ai perverti cette relation".
Dégoût et désir
A la barre des témoins, Jean-Luc succède à sa mère, pour un long témoignage très théâtral. Il se destine à devenir acteur professionnel et ça se sent. Il raconte sa rencontre avec Vadeboncoeur dans le presbytère de Lieurey alors qu'il a 14 ans: "une conversation tout ce qu'il y a de plus naturel entre un enfant et un adulte qui n'est pas strict". Et puis le prêtre "m'a serré dans ses bras et j'ai senti son sexe en érection sur mon ventre". Suivent des années de masturbation, de fellation, une tentative ratée de sodomie. Lorsqu'il a éjaculé pour la première fois, Vadeboncoeur lui aurait dit : "c'est un moment unique comme si on rencontrait Dieu". Jean-Luc parle de son "mélange de dégoût et de désir". Il s'explique mal l'emprise proche de l'envoûtement du prêtre. En 1998, en même temps qu'il se confie à ses parents, il rompt avec Vadeboncoeur pour commencer une psychothérapie qui a contribué à le libérer d'un sentiment de culpabilité. Il portera plainte deux ans plus tard.
L'audience de mardi a ensuite été consacrée à l'interrogatoire intraitable par le juge et l'avocat général de deux éducateurs, un couple d'homosexuels qui ont été amants occasionnels et amis de longue date de Vadeboncoeur, et ont aidé son installation dans l'Eure après sa condamnation au Canada. Vadeboncoeur devait ensuite être entendu sur les faits. Il est passible de 20 ans de réclusion criminelle. L'avocat général a demandé entre 12 et 15 ans de prison mercredi matin. Le verdict est attendu dans l'après-midi.
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