© TF1Le rapport de la mission du Sénat sur l'amiante, rendu public mercredi, accuse directement l'Etat d'être responsable pour une large part de la "gestion défaillante" de l'utilisation de ce matériau. Une mauvaise gestion qui va provoquer "une épidémie inéluctable" de cancers dans les vingt ans à venir, sachant que ce "drame sanitaire annoncé" est "loin aujourd'hui d'avoir atteint son pic". La mission, présidée par Jean-Marie Vanlerenberghe (UDF, Pas-de-Calais), formule 28 propositions allant de l'amélioration de l'information des salariés à celle des tribunaux, en passant par un renforcement des mesures financières pour l'indemnisation des victimes de l'amiante.
Le diagnostic de la Haute assemblée est alarmant : si 35.000 décès peuvent être imputés à l'amiante entre 1965 et 1995, "60.000 à 100.000 morts sont attendus dans les 20 à 25 ans à venir". S'y ajoutent "environ 10% des 25.000 cancers du poumon déclarés chaque année", directement liés à l'utilisation du "magic mineral". "Compte tenu de l'issue fatale de ces pathologies malignes, les scientifiques jugent l'épidémie à venir inéluctable et irréversible, et son ampleur déterminée jusqu'en 2030", prévient le rapport sénatorial. Avec quelque 27,6% des retraités masculins exposés à l'amiante au cours de leur vie professionnelle, le coût de l'indemnisation des victimes devrait s'élever dans les vingt années à un montant situé "entre 27 et 37 milliards d'euros".
L'Andeva réclame un "procès pénal de l'amiante"
Le Sénat formule des critiques virulentes à l'égard des industriels, engagés dans une véritable entreprise de "lobbying", mais aussi des syndicats, qui "n'ont pas discerné la menace" et ont eu souvent tendance "à accorder la priorité à la préservation de l'emploi". La mission épingle notamment le comité permanent amiante (CPA). Composé d'industriels, de scientifiques, de partenaires sociaux et de représentants de ministères, ce comité "apparaît comme un modèle (...) de communication et de manipulation". La mission l'accuse d'avoir "joué un rôle non négligeable dans le retard de l'interdiction de ce matériau en France", qui n'est intervenue qu'en 1997, alors que le "caractère cancérigène de l'amiante était souligné par une résolution du Parlement européen de janvier 1978". Mais c'est à l'Etat que le Sénat réserve ses principales attaques. Pour la mission, les pouvoirs publics sont "responsables" de "l'absence de système de veille et d'alerte" et de "l'inadaptation et du manque de moyens de la médecine et de l'inspection du travail".
Enfin, la mission s'alarme du fait que "le risque d'exposition et de contamination ne soit pas derrière nous puisque les ouvriers de 'second oeuvre' dans le bâtiment (électriciens, plombiers, chauffagistes...), les personnels d'entretien, souvent à statut précaire, les salariés des entreprises de désamiantage, dont les trois-quarts ne respecteraient pas les obligations de sécurité (...), sont encore aujourd'hui exposés". L'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva), rendant hommage à un "véritable travail d'enquête qui démonte l'enchaînement des responsabilités dans la plus importante catastrophe sanitaire que la France ait connue", estime que ce rapport "rend inévitable la tenue d'un procès pénal de l'amiante".
Photo d'ouverture : ouvriers sur un chantier de désamiantage - archives
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