Antiterrorisme : Sarkozy contre la "polémique stérile"

le 26 octobre 2005 à 07h23 , mis à jour le 26 octobre 2005 à 21h14

Le ministre de l'Intérieur a présenté mercredi en Conseil des ministres son projet de loi antiterroriste. Un texte qui, affirme-t-il, prend en compte les enseignements tirés des attentats de Londres et ne constitue en rien une atteinte aux libertés, quoi qu'en disent les critiques.

Nicolas Sarkozy © TF1

Nicolas Sarkozy  a présenté mercredi en Conseil des ministres son projet de loi antiterroriste. Un texte d'ores et déjà jugé "dangereux" par les défenseurs des droits de l'homme (lire notre article : "Le projet antiterrorisme de Sarkozy : "nécessaire" ou "dangereux" ?"). Ces critiques, le ministre de l'Intérieur y a répondu dès sortie du Conseil des ministres. Réfutant l'argument selon lequel son projet de loi constitue une atteinte aux libertés fondamentales, il a souligné que le Conseil d'Etat avait validé la totalité du texte, affirmant : "On voit bien que tout ceci est de la polémique stérile". Ce texte, a-t-il ajouté, prend en compte les enseignements tirés des attentats de Londres début juillet. "Il fallait adapter le dispositif juridique français pour protéger les Français, et c'est mon devoir", a-t-il insisté. "Quant à l'Etat policier, c'est une polémique habituelle, il ne faut même pas se donner la peine d'y répondre", a-t-il commenté, précisant craindre "qu'on ne soit pas assez efficace".

Le texte prévoit le développement de la vidéosurveillance, en particulier dans les transports en commun, les abords des gares mais aussi, au bénéfice de personnes morales, y compris privées (commerces, lieux de culte ...). Ce point a été retenu dans le cadre des "leçons tirées de l'enquête menée en  Grande-Bretagne après les attentats de Londres de juillet", a expliqué à plusieurs reprises le ministre de l'Intérieur. Ce sont en effet les images prises par les caméras de vidéosurveillance aux abords de gares ou de stations de métro londoniennes qui avaient permis l'identification des kamikazes.

Déplacements surveillés, contrôles d'identité facilités

Autre point fort de ce projet de loi, l'allongement de la durée de conservation des connexions par téléphones portables, que la France souhaite voir porter à un an par les opérateurs. Il s'agit de pouvoir déterminer qui a appelé qui, d'où, quand et pendant combien de temps, mais le contenu des conversations, d'ailleurs non enregistré, n'est pas visé. Il en ira de même pour les connexions internet, particulièrement celles établies à partir des cybercafés.

Les déplacements, en particulier internationaux, feront également l'objet d'une surveillance accrue, les compagnies ferroviaires, aériennes et maritimes devenant tenues de fournir à l'Etat des données personnelles (nom, adresse,  téléphone, date de naissance, profession). Parallèlement, les contrôles d'identité seront facilités sur les trains transfrontaliers. Enfin, les peines maximum de prison encourues seraient accrues : 30 ans au lieu de  20 pour les dirigeants d'associations de malfaiteurs terroristes ayant pour  objet des crimes d'atteinte aux personnes, et 20 ans au lieu de 10 pour les  participants.

Le texte de Nicolas Sarkozy devrait être débattu en "urgence" à l'Assemblée nationale à partir du 22 novembre afin d'être adopté définitivement pour la fin de l'année. Si la CNIL, pourtant présidée par un sénateur UMP, s'est montrée "sévère" dans ses observations à l'encontre de plusieurs points de l'avant-projet, le Conseil d'Etat réuni jeudi en assemblée générale n'en a retenu aucune.

Sarkozy chahuté mardi soir à Argenteuil

Des jeunes de la "Grande dalle" ont réservé mardi soir un accueil rugueux à Nicolas Sarkozy venu dans ce quartier réputé difficile d'Argenteuil, dans le Val d'Oise, pour se rendre compte de la mise en place du nouveau dispositif contre les violences urbaines (cf papier Sarkozy veut une guerre sans merci). "Ils ont raison de ne pas être contents, ils ont compris qu'on allait casser leur économie souterraine" a affirmé, ravi, le ministre pourtant visé par des cris hostiles, ponctués par le jet de projectiles divers, en particulier des bouteilles en plastique plus ou moins vides. "Nous déployons ces effectifs pour casser leur économie souterraine les  rackets, les menaces", qui profitent parfois également au terrorisme, a répété  le ministre affirmant que dans certaines cellules démantelées au cours de ces  derniers mois, des délinquants étaient recrutés "pour faire du banditisme  ordinaire et rapporter de l'argent à la cause" du terrorisme islamiste."On va y mettre tranquillement un terme et vous débarrasser de ces voyous",  a-t-il lancé aux habitants de la Grande dalle où il a promis de revenir "dans  une quinzaine de jours".

le 26 octobre 2005 à 07:23
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