© AFPDans deux semaines, Nicolas Sarkozy va présenter en Conseil des ministres son projet de loi antiterroriste. Il comporte un ensemble de mesures dictées par la menace grandissante d'attentats sur le sol français. Cette menace a été confirmée mercredi par Jean-Louis Bruguière dans un entretien au Figaro. Ce spécialiste de la lutte antiterroriste affirme que "la radicalisation n'a jamais été aussi forte" au sein de la mouvance islamiste. Elle est directement liée à la situation en Irak qui modifie les contours de la menace", estime-t-il.
Il relève une "mutation des réseaux, avec de nouveaux acteurs beaucoup plus jeunes, parfois même mineurs, et donc encore plus malléables. Ils se démarquent des activistes recyclés des organisations islamistes du Maghreb, tel le GIA". "Ces adolescents du djihad n'ont pour certains qu'un bagage scolaire ou religieux rudimentaire, mais sont prêts à s'enflammer sous l'impulsion d'un émir de circonstance. Le vivier devient de plus en plus instable", estime-t-il.
"Un pas a été franchi à Londres"
Selon le juge antiterroriste, "le noyau dur est peut-être constitué de cinquante à cent personnes. Ceux-là ont une trajectoire terroriste avérée". "Ensuite, il y a le cercle des radicaux engagés qui apportent leur soutien financier ou matériel au réseau, puis celui des fondamentalistes vindicatifs, certes moins impliqués, mais qui peuvent basculer à tout moment", a-t-il expliqué. "Ils passent sans cesse d'un cercle à l'autre. D'où la difficulté de cerner le rôle de chacun", ajoute-t-il. En termes de menace, "un pas a été franchi avec les attentats suicide de Londres", souligne-t-il. "Mais la menace chimique reste d'actualité. Pour la simple raison que certains de ces réseaux ont travaillé sur du chimique ou du biologique primaire de type ricine ou toxine botulique", précise-t-il. Le juge Bruguière se déclare favorable au projet de loi antiterroriste car "les mesures proposées, en matière de vidéosurveillance ou de hiérarchisation des peines, sont nécessaires".
Envisagée par un amendement qui devrait être proposé, "la prolongation de la garde à vue antiterroriste de quatre à six jours est également devenue indispensable. A condition de bien l'encadrer légalement", dit-il.
Sarkozy "frappé" de voir "des terroristes de plus en plus jeunes" Le ministre de l'Intérieur s'est dit mercredi "frappé de voir que les terroristes sont de plus en plus jeunes, 14-15 ans, et de plus en plus radicalisés", lors d'une audition publique devant la délégation pour l'Union Européenne de l'Assemblée nationale. "Le taux de récidive est extrêmement important. Ces gens ne sont pas sensibles à la menace d'emprisonnement" mais "à la récompense dans l'au-delà. Cela va nécessiter une capacité d'adaptation" de la part de l'Union européenne, a ajouté Nicolas Sarkozy. Selon lui, "tous les Etats n'ont pas la même conscience du danger, les traditions de droit ne sont pas les mêmes d'un Etat à l'autre, même s'il y a partout la même volonté de condamner le terrorisme. Certains pays n'ont pas de services de renseignement, il y a une différence dans la perception du risque et des moyens". A ce propos, il a jugé "indispensable d'harmoniser (les) législations nationales" dans l'UE.
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