L'ex-commandant de la force Licorne suspendu

Par Par Alexandra GUILLET, le 18 octobre 2005 à 14h54 , mis à jour le 20 octobre 2005 à 15h08

Trois militaires, dont l'ancien commandant de l'opération "Licorne" en Côte d'Ivoire, ont été suspendus pour "manquements graves à la loi", après le décès d'un Ivoirien appréhendé par des soldats français le 17 mai dernier. Le tribunal aux armées de Paris a ouvert une information contre X pour "homicide volontaire".

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Fait rarissime. Michèle Alliot-Marie, en concertation avec l'Etat-major des armées, a décidé lundi soir de suspendre trois militaires, dont l'ancien commandant de la force Licorne en Côte d'Ivoire, pour "manquements graves à la loi, aux règlements militaires et aux ordres ". Le général "quatre étoiles" Henri Poncet est soupçonné d'avoir "couvert le décès d'un Ivoirien appréhendé par des militaires français" le 13 mai dernier. Les deux autres militaires inquiétés sont le sous-officier commandant la section impliquée dans la mort de l'Ivoirien et son chef de corps, le colonel Eric Burgaud.

A l'époque, un communiqué publié par la force Licorne avait relaté la mort "d'un dénommé 'Mahé' connu comme étant le chef d'une bande de coupeurs de route (ndlr : bandits) recherché pour de nombreuses exactions perpétrées en avril (au moins 5 morts, 9 blessés et 4 viols)". "Poursuivi et se voyant cerné, il a ouvert le feu en direction des éléments de la force Licorne" qui "en état de légitime défense, ont riposté", détaillait le communiqué, avant de terminer : "le suspect (...) est mort des suites de ses blessures".

"Ce qui semble acquis aujourd'hui, résume un officier proche du dossier contacté par tf1.fr, c'est que l'information "décès suite à ses blessures" est fausse. Il y a eu un crime. Mais on n'en connaît pas encore les circonstances précises". 

Information judiciaire pour "homicide volontaire"

L'affaire ne serait arrivée aux oreilles du général Thorette, chef d'Etat-major de l'Armée de Terre (CEMAT) que le 11 octobre dernier, suite au coup de téléphone d'un officier lui donnant une toute autre version des faits que celle inscrite dans le communiqué. Dès le 12 au matin, devant la gravité de la "dénonciation", une plainte a été déposée auprès du procureur de la République du tribunal aux armées de Paris, seule juridiction habilitée à juger les crimes et délits commis par des militaires français sur un théâtre extérieur. Une information judiciaire contre X pour "homicide volontaire" a été ouverte lundi.

Parallèlement à l'enquête judiciaire, une enquête de commandement a été confiée au vice-amiral Hébrard, inspecteur des forces en opération, et au général de corps d'armée Cuche. "D'ores et déjà, certains éléments recueillis dans le cadre de cette enquête font apparaître des manquements graves à la loi, aux règlements militaires et aux ordres", déclarait lundi soir le ministère de la Défense dans un communiqué. Les conclusions de cette enquête devraient être rendues en fin de semaine ou en début de semaine prochaine.

La force Licorne à nouveau déstabilisée

Pour l'heure, ni les circonstances du drame, ni les responsabilités des personnes accusées ne sont clairement établies. "Il va falloir se replacer dans le contexte, explique à tf1.fr sous couvert d'anonymat un officier présent en Côte d'Ivoire au moment des faits. A l'époque, il y avait de nombreux accidents à l'Ouest du pays, avec de jeunes patriotes qui essayaient de pénétrer à nouveau en zone rebelle. Licorne avait renforcé ses contrôles dans la zone car il y avait beaucoup de coupeurs de routes et de combats mortels entre rebelles et pro-Gbagbo. Les forces françaises étaient sous pression car leur travail, et celui de la force onusienne, était sans cesse remis en question".

Et de poursuivre, "cette affaire, à mes yeux, ressemble à un règlement de compte interne. Les relations entre le général Thorette et le général Poncet sont notoirement mauvaises". Le général Poncet, ancien commandant des forces spéciales, avait été critiqué pour sa gestion des événements ivoiriens de novembre 2004. A l'époque, on lui avait déjà reproché de ne pas suffisamment faire remonter les informations du terrain jusqu'à Paris. Contacté par tf1.fr, un autre officier, proche du CEMAT, a immédiatement condamné cette hypothèse : "si c'était le cas, le CEMAT n'aurait certainement pas donné son feu vert pour que le général Poncet reçoive, à son retour de Côte d'ivoire en juin dernier, sa quatrième étoile et soit nommé commandant de la région terre Sud-Ouest".

Cette nouvelle affaire vient en tout cas s'ajouter à plusieurs autres, aussi graves, perpétrées ces derniers mois par des soldats français en Côte d'Ivoire, tels le meurtre d'un jardinier ivoirien à Bouaké ou le cambriolage de banques dont les Français avaient la garde...  Cette accumulation de bavures ne devrait pas simplifier la tâche des quelque 4000 soldats français déployés sur place ...

photo : général Poncet (archives)

Par Par Alexandra GUILLET le 18 octobre 2005 à 14:54
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