Décès d'Arman, le sculpteur qui empilait tout

Par Par AFP, le 23 octobre 2005 à 07h27 , mis à jour le 24 octobre 2005 à 09h02

Le sculpteur Arman, décédé samedi d'un cancer à New-York à l'âge de 76 ans, était devenu le témoin critique de la société de consommation au travers d'une oeuvre qui avait privilégié, dès les années cinquante, le détournement et les accumulations d'objets les plus divers.

Arman Sculpture art

Découpant, empilant et entassant, transformant et assemblant fourchettes, fers à repasser, vélos, masques à gaz, voire, à Beyrouth, chars et canons décomposés ou assemblés, Arman a largement contribué à la prise de conscience de  la production de masse dans la société contemporaine.

Cet artiste, qui avait participé activement à la fondation du groupe des "Nouveaux réalistes" au début des années soixante, a bien vite séduit  l'establishment qui lui passera de nombreuses commandes. Il ornera ainsi  l'Elysée de ses Drapeaux en 1984 et l'on peut toujours voir, dans la cour de la gare Saint-Lazare, deux de ses sculptures, empilant selon la même formule, l'une  des valises, l'autre des horloges. En 1992, face au célèbre restaurant gastronomique Jean Troisgros, à Roanne (centre de la France), il avait également empilé cent-vingt fourchettes baptisées "Les Gourmandes".

Un sculpture de 6000 tonnes

Sa plus grande sculpture en volume avait été  réalisée en 1995 sur la place des Martyrs en plein coeur de Beyrouth (Liban):  une accumulation de chars et de canons dans du béton, atteignant une trentaine  de mètres de hauteur et pesant 6000 tonnes. Il s'agissait cette fois de symboliser les désastres d'une guerre qui ravagea ce pays quinze années durant.

Né à Nice le 17 novembre 1928, Arman, de son vrai nom, Armand Pierre Fernandez, avait été initié à la peinture à l'huile par son père, marchand de  meubles anciens, avant de suivre les cours de l'Ecole des arts décoratifs de  Nice. Son goût de l'accumulation lui venait, disait-il, d'une grand-mère qui stockait des centaines de bouchons classés par année dans des boîtes à chaussures, mais aussi de son arrière-grand-père, collectionneur de voitures anciennes.

Des colères célèbres

En 1949, Arman rencontre le peintre Yves Klein, niçois comme lui, avec qui  il pratique le judo, et étudie la philosophie. Avec Klein et Claude Pascal, un autre peintre, il créé un an plus tard le groupe artistique Triangle. Les trois  jeunes gens décident de signer leurs toiles de leurs seuls prénoms, en hommage à  Vincent Van Gogh. C'est en 1954, qu'Arman délaisse la peinture et métamorphose ses premiers  objets, les "Cachets". Devenu chef de file du nouveau réalisme, il multiplie les  reconversions d'objets (Poubelles, Colères, Coupes, Accumulations, Combustions  et Inclusions).

Les colères de l'artiste, qui avait obtenu la double nationalité  franco-américaine, deviennent célèbres. La plus retentissante a lieu en 1975, à  New-York, où l'artiste s'est installé, lorsqu'il détruit à la hache et au marteau un intérieur bourgeois dans une galerie d'art. En juillet 2001, 150 de ses créations sont sélectionnées pour "La traversée des objets", l'une des plus importantes expositions consacrées à son oeuvre, à  Venise, sur l'île de la Giudecca. Après avoir, une vie durant, malmené, cassé ou brlé pianos à queue, violons, fauteuils ou voitures, ce petit bonhomme chauve et barbichu, bon vivant  et père de cinq enfants, était revenu ces dernières années plus sagement à la  peinture de chevalet. Arman, fait officier de la Légion d'honneur par Jacques Chirac en juin 2001,  partageait son temps entre ses ateliers de Vence et de New-York.

Par Par AFP le 23 octobre 2005 à 07:27
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

2 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • L'ami de fantomas, le 23/10/2005 à 14h20

    L'art doit être extraordinaire pour nous sortir de l'ordinaire, l'art c'est l'exception comme la beauté....

  • MORLOF, le 23/10/2005 à 09h07

    Par sa technique, Arman donnait un sens poétique à tous les matériaux de notre réel industriel, urbain , publicitaire. Son art ne laissait jamais indifférent car si proche de notre quotidien...

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience