Enquête après les émeutes de Clichy-sous-Bois

le 28 octobre 2005 à 15h05 , mis à jour le 28 octobre 2005 à 16h25

La préfecture de Seine-Saint-Denis a affirmé vendredi que "la police ne poursuivait pas" les jeunes qui se sont réfugiés jeudi soir dans un transformateur où ils ont péri électrocutés. Leur mort a été suivie d'une nuit de violences. Le maire réclame une enquête indépendante, outre celle dont est déjà chargée la PJ.

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Le maire de Clichy-sous-Bois, Claude Dilain (PS), a demandé vendredi une "enquête neutre et indépendante" sur les circonstances de la mort de deux mineurs dans un transformateur EDF, jeudi soir, dans sa commune, qui a servi de déclencheur à une nuit de violences. "Une déclaration ne suffit pas. On le doit aux familles, à cette ville et à ceux dont il faut désamorcer la colère", a-t-il ajouté, évoquant "un certain nombre de versions des faits qui circulent et ont alimenté la colère des jeunes lors des événements de cette nuit". Au lendemain de ces échauffourées, une enquête a d'ores et déjà été confiée au service départemental de la police judiciaire (SDPJ 93). Une marche silencieuse est organisée samedi matin au départ de la mairie.

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Selon une source policière interrogée tôt vendredi, une bande de jeunes a été interpellée par la police, jeudi vers 17H30, à cause d'un vol dans un cabanon de chantier à Livry-Gargan, une ville touchant Clichy-sous-Bois. En tout, six jeunes ont été arrêtés lors de ce vol et trois ont pris la fuite. Ils auraient enjambé les grilles d'un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois. Nicolas Sarkozy a tenu à préciser, reprenant la déclaration de la préfecture de Seine-Saint-Denis, que "la police ne poursuivait pas physiquement" les jeunes qui ont fui vers le transformateur à son arrivée.

"Ici c'est Bagdad"

Mais la rumeur d'une course poursuite entre la police et les deux adolescents, Ziad, 17 ans, et Banou, 15 ans, alimentait vendredi la colère mais aussi la peur de certains habitants, effrayés par la violence qui a suivi. "La police les a poursuivis comme si c'était des bandits, mais c'était pas des bandits", a raconté un habitant du quartier, reprenant la version des faits circulant dans la cité: "des petits en scooter faisaient du bruit dans le centre, la police est arrivée et comme les jeunes n'avaient pas de casque, ils ont fui et se sont réfugiés à EDF". Rumeur alimentée par l'emplacement du transformateur EDF, au fond d'une impasse, la rue des Bois. "Ils sont tombés dans la gueule du loup", commentait un jeune du quartier.

Jeudi, à partir de 19 heures, l'annonce de la mort des deux jeunes s'est répandue dans la plupart des quartiers de Clichy-sous-Bois et des attroupements se sont formés. D'abord dans le quartier du Côteau, autour du transformateur EDF, puis dans le centre-ville, autour du nouveau centre commercial, en bordure du quartier sensible du Chêne pointu. A partir de 20 heures, la situation a dégénéré. "Ici c'est Bagdad", auraient crié des émeutiers à un habitant du quartier qui rentrait chez lui vers 22h30. Cette grande artère du centre-ville a été la principale cible des émeutiers, qui en ont bloqué les accès en mettant le feu à des véhicules et à des poubelles. La mairie n'a pas été épargnée. "Une dizaine de jeunes ont poussé le minibus du service jeunesse devant l'entrée de la mairie, puis ils y ont mis le feu", a raconté une riveraine. L'état-major des sapeurs-pompiers a dû déclencher le plan secours 'troubles urbains" pour mobiliser suffisamment d'hommes, toujours sous protection policière, sur les foyers d'incendies.

Après cette nuit de violences, un calme tendu est revenu dans la ville. Le Syndicat national des officiers de police (SNOP - majoritaire) s'est "inquiété", dans un communiqué, des "réactions incontrôlables de certains délinquants" et s'est déclaré "choqué" par "les attitudes violentes de certains 'inconscients' envers et lors des interventions" de pompiers et de policiers. L'UNSA-police, syndicat de gardiens de la paix, a déclaré "ne pas comprendre un tel déchaînement de violence" et affirmé que les policiers "ont exercé leur mission dans le strict cadre de leur fonction" et dans le "respect des règlements". Dominique de Villepin a souhaité que "toutes les leçons" soient tirées de ce "terrible drame humain", commentant sobrement : "L'enquête qui va se développer nous permettra exactement de connaître les circonstances". 

Un homme battu à mort à Epinay-sur-Seine

L'homme d'une cinquantaine d'années battu à coup de poings et de pieds par plusieurs jeunes gens, jeudi en fin d'après-midi à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), est décédé dans la nuit, a-t-on appris de source policière. L'agression s'était produite dans le quartier réputé "sensible" d'Orgemont. La victime, étrangère au quartier, se promenait rue de Marseille avec sa femme et sa fille en prenant des photos de lampadaires lorsqu'il a été agressé par plusieurs personnes. Il a été roué de coups de poings et de pieds. La police avait précisé jeudi qu'il avait été "massacré". La brigade criminelle de la police judiciaire parisienne a été saisie de l'enquête qui s'avère "difficile et complexe", selon la source.

Photo d'ouverture : carcasse de voiture calcinée, reste des violences de Clichy-sous-Bois - DR
le 28 octobre 2005 à 15:05
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