"Entre les cours et les petits boulots, on pédale, on pédale"

Par Par Amélie GAUTIER, le 06 octobre 2005 à 17h42 , mis à jour le 07 octobre 2005 à 12h10

En cette rentrée universitaire, les syndicats dénoncent la précarisation des étudiants. Pour joindre les deux bouts, deux sur trois sont contraints de travailler. C'est le cas de Thalia en fac de droit à Assas.

Thalia © A.Ga. TF1.fr

Trois après-midi par semaine, Thalia garde deux petites filles après l'école. Parfois, elle fait aussi du baby-sitting le soir. Les autres jours de la semaine, elle travaille comme caissière dans une librairie, de 15h à 20 heures ; pendant toute la journée le samedi. Le reste du temps ? Thalia mange, dort, prend le métro... Et fait des études.

Thalia est une dynamique brunette de 20 ans étudiante en droit à la fac d'Assas à l'université Paris 2. Elle est en Master 1 (l'ancienne maîtrise, NDLR.) et a 30 heures de cours par semaine. En théorie. Car en pratique, ce n'est pas évident d'assister à tous les cours quand on cumule deux petits boulots.

Des aides qui n'augmentent pas ou peu

Comme Thalia, deux étudiants sur trois sont salariés pour financer leurs études. Après la Fage fin août, l'Unef s'est alarmée début octobre de cette précarisation croissante. En cause : un coût de rentrée de plus en plus élevé avec un minimum de 3 979 euros, selon le syndicat. Des dépenses en augmentation de 5,6% par rapport à 2004. De 6%, selon la Fage.

Les frais en question sont douze mois de loyers, l'inscription à la fac, la Sécurité sociale et le resto U. Non inclus : l'achat des livres, des fournitures (du crayon à l'ordinateur), la carte de transports... Bref, la panoplie du parfait petit étudiant.

Le phénomène n'est pas nouveau mais prend, selon les syndicats une ampleur exceptionnelle cette année. Depuis dix ans, les dépenses obligatoires ont augmenté... sans que les aides sociales aient suivi. Leur progression a été cantonnée à 1,5% par rapport à 2004. En 10 ans, le coût de la vie étudiante a crû de 33,5 %, mais le montant des aides seulement de 21,5 %... Pour ceux qui en bénéficient. Ce n'est pas le cas de Thalia. La jeune fille habite chez ses parents, près de la porte de Vincennes. Sa mère étant récemment retraitée, il n'y a qu'un seul revenu dans le foyer, celui du père. Trop pour avoir droit à une aide sociale. Pas assez pour financer les études de Thalia. "Je serais juste à l'échelon 0, mes frais d'inscription auraient été remboursés. Presqu'un mois de boulot en moins, ça serait déjà ça...", regrette-t-elle.

Jonglerie

"Plus de 200 euros de frais d'inscriptions, 200 de mutuelle, plus de 250 pour la carte Imagine R deux zones...". La jeune fille égrène ce qu'elle a du débourser pour cette rentrée. "Là c'est un peu la galère, il faut tout payer en même temps, dit-elle dans un sourire qui n'en est pas un. J'ai repoussé l'achat des livres au mois prochain. Sauf pour le code civil (32 euros, NDLR.) que je ne n'achète que tous les deux ans."

Voilà quatre ans que Thalia jongle entre les petits boulots et la fac. Elle n'assiste que rarement aux cours dispensés en amphi et non obligatoires. Elle s'en procure le contenu auprès de copains. Quand c'est possible et avec un justificatif de son employeur, elle change d'horaire de TD. Elle rattrape, travaille et prépare les matières en bibliothèque entre deux cours, bosse chez elle le soir ou au baby-sitting... "Pour le moment, c'est la rentrée, ça va. C'est toujours plus délicat au moment des partiels. Je dois "réviser" des cours que je n'ai jamais vus. Je cible ce que j'apprends, y a des priorités. Pour le moment, les examens sont jamais tombés sur mes impasses... Mais bon." En première année de droit, Thalia a obtenu 12 de moyenne. Elle a eu 11 en deuxième année, 10 l'an dernier.

La jeune femme ne se plaint pas. Son discours est optimiste, son visage gai. "Le rythme est ancré, on prend l'habitude de courir d'un endroit à un autre, on a pas l'impression de se priver car on ne se pose plus vraiment la question", raconte-t-elle. Elle regarde quelques secondes sa tasse de café, et puis lance de but en blanc : "J'ai l'impression de devoir travailler pour faire de bonnes études. Mais parce que je travaille justement, je ne peux pas bien les faire. On pédale, on pédale beaucoup". Elle termine en ajoutant avec un sourire : "Et puis c'est vrai que parfois on aimerait aller plus souvent au ciné. Ou au moins s'aérer la tête, se reposer."

Face à cette situation de précarisation, les syndicats lancent un avertissement à l'Etat. L'Unef demande la mise en place d'un plan d'urgence ; la Fage un "acte fort". Fin septembre, le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien a annoncé la mise en place d'un observatoire du coût de la vie pour les étudiants. Selon l'Unef, un étudiant sur 5 abandonne ses études pour des raisons financières.

(Photo A.Ga. TF1fr)

Par Par Amélie GAUTIER le 06 octobre 2005 à 17:42
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36 Commentaires

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  • Catherine, le 08/10/2005 à 10h22

    Désolants, vous êtes tous désolants. Sous prétexte que vous êtes passés par là vos enfants doivent en baver aussi. J'ai 48 ans, moi aussi j'ai galérer pendant mes études... autrefois. Aujourd'hui j'ai 3 filles aux études, sans les bourses parce que les revenus sont justes au niveau 0. Elles en bavent oui mais bien plus que nous. Arrêtez de tous vous comporter en vieux C... les prix des loyers sont exorbitants souvent pour des taudis. Le prix de la nourriture est du luxe et les petits boulots même s'ils existent il n'y en a plus pour tout le monde. Au lieu de cracher à la figure de nos jeunes qui veulent s'en sortir, trouvez des idées pour les aidés vous seriez plus utiles.

  • Eliot, le 08/10/2005 à 08h53

    Tout à fait d'accord avec Ced d'Hollywood et Florence de Londres. Le niveau des fac en France est un des plus faibles des pays développés. Un chiffre? Sur les 100 plus grandes facs au monde, une seule est française (Jussieu 65ème)! En effet, comme le dit Florence rien n'est gratuit sur Terre.

  • Eliot, le 08/10/2005 à 08h17

    A Abdel de San Francisco, merci de dire toutes ces vérités, bravo, rien à rajouter! Les français doivent comprendre que l'Etat providence est un anachronisme au XXIème siècle et que la France plongera si elle continue dans la voie du tout assistanat.

  • Justine, le 07/10/2005 à 22h48

    Pour Alain, de Luxembourg Je tiens juste à vous dire que le bac n'est pas si gratuit; en moyenne, avec les livres scolaires à acheter, plus les livres étudiés sans compter les dépenses autres, une année scolaire est rarement gratuite.

  • Eric, le 07/10/2005 à 21h57

    A Ced de Hollywood : il est faux de dire que les diplomes francais ne sont valables qu'en France : les labos américains (entre autres) sont généralement contents des services de nos jeunes docteurs.

  • Mike, le 07/10/2005 à 18h59

    C'est bizarre, mais moi en Fac de Sciences (Pierre et Marie Curie), j'avais jusqu'a 50 h de cours par semaine, et j'y suis arrive sans papa maman!!!!!! Je travaillais tou sles mois aout et juilllet Donc, message aux etudiants: un peu de courage , arretez de vous plaindre et bosser. Je suis passe par ou vous etes Bonne chance

  • Ced, le 07/10/2005 à 18h12

    Non mais francahement. Quand est ce que les fracnais comprendront qu'ils tout. Ma femme qui est avocat a los angeles, a fait ces etude a l'ecole de droit de USC. Coup de etude 200 000 euro. Elle a fait un pres, elle a travaille a temps plein paye mi-temps plus la fac de droit pendant 8 ans. Juste pour pouvoir vivre, payer le loyer..ect Et maintenant, il faut qu'elle rembourse les etudes. Il y a qu'en france ou les etudiants ont tout gratuit et viennent encore ce pleindre parceque, oh mon dieux, on doit faire des petit boulot. La france et les francais devienne irrespectueux vis a vis du reste de la planette et bien sur indecent. En france ca ne fait que ce pleindre et ca veux toujours plus sans rien faire. Continuez. Deja que les diplome francais ne sont vallable nul part sauf en france. C"est pas complique, les francais ont une volonte de s'isoler du reste de la planette mais veux que la planette face tout pour eux, pour ce qui les arrange. Non, c'est finit, plus maintenant. Il faut travailler dure pour avoir une bonne vie. Et ca commence par les etudes et les petit a partir de 15 ans, comme pour tout le monde dans tout les pays.

  • Lo-Ran, le 07/10/2005 à 18h08

    Mon Dieu tous ces gens qui se plaignent de leur petite personne car ils ont cravaché dur étant gosse... Mdr... Et moi aussi pardi, et j'en fais pas une montagne. C'est vrai que les français se plaignent souvent. Mais où trouvent ils l'énergie & le temps de faire autre chose ?

  • ., le 07/10/2005 à 18h06

    Rien de bien nouveau dans tout ça , comment faisait les étudiants il y a 50 ans ,et bien comme aujourd'hui , peut-ètre même avec moins de moyens. Il faut éssayer si possible d'amèliorer les conditions , mais je pense que dans 50 ans on pourra rééditer le même article . La vie, ce n'est pas toujours qu'un long fleuve tranquille. Allez du courage , toujours du courage !!

  • Clamart, le 07/10/2005 à 17h21

    J'ai 40 ans et j'ai travaillé pendant mes études : cela m'a semblé normal et m'a aidé à trouver mon premier job, mon CV n'était pas vide. Cependant pour ceux qui n'ont pas de famille à Paris et qui doivent y étudier, je pense que le logement doit être un problème ; moi, j'avais droit à l'allocation au logement et ce droit perdure aujourd'hui. Mais : je n'avais pas de PC, pas de portable et quand j'ai vu ma première note de téléphone, j'ai réduit, je n'avais pas autant de vêtements que ma fille de 18 ans, et je passais une partie de mes vacances en famille... J'ai connu les colocations avec bonheur et retient de cette période une grande joie, peu de sommeil, et la liberté !

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