© A.Ga. TF1.frTrois après-midi par semaine, Thalia garde deux petites filles après l'école. Parfois, elle fait aussi du baby-sitting le soir. Les autres jours de la semaine, elle travaille comme caissière dans une librairie, de 15h à 20 heures ; pendant toute la journée le samedi. Le reste du temps ? Thalia mange, dort, prend le métro... Et fait des études.
Thalia est une dynamique brunette de 20 ans étudiante en droit à la fac d'Assas à l'université Paris 2. Elle est en Master 1 (l'ancienne maîtrise, NDLR.) et a 30 heures de cours par semaine. En théorie. Car en pratique, ce n'est pas évident d'assister à tous les cours quand on cumule deux petits boulots.
Des aides qui n'augmentent pas ou peu
Comme Thalia, deux étudiants sur trois sont salariés pour financer leurs études. Après la Fage fin août, l'Unef s'est alarmée début octobre de cette précarisation croissante. En cause : un coût de rentrée de plus en plus élevé avec un minimum de 3 979 euros, selon le syndicat. Des dépenses en augmentation de 5,6% par rapport à 2004. De 6%, selon la Fage.
Les frais en question sont douze mois de loyers, l'inscription à la fac, la Sécurité sociale et le resto U. Non inclus : l'achat des livres, des fournitures (du crayon à l'ordinateur), la carte de transports... Bref, la panoplie du parfait petit étudiant.
Le phénomène n'est pas nouveau mais prend, selon les syndicats une ampleur exceptionnelle cette année. Depuis dix ans, les dépenses obligatoires ont augmenté... sans que les aides sociales aient suivi. Leur progression a été cantonnée à 1,5% par rapport à 2004. En 10 ans, le coût de la vie étudiante a crû de 33,5 %, mais le montant des aides seulement de 21,5 %... Pour ceux qui en bénéficient. Ce n'est pas le cas de Thalia. La jeune fille habite chez ses parents, près de la porte de Vincennes. Sa mère étant récemment retraitée, il n'y a qu'un seul revenu dans le foyer, celui du père. Trop pour avoir droit à une aide sociale. Pas assez pour financer les études de Thalia. "Je serais juste à l'échelon 0, mes frais d'inscription auraient été remboursés. Presqu'un mois de boulot en moins, ça serait déjà ça...", regrette-t-elle.
Jonglerie
"Plus de 200 euros de frais d'inscriptions, 200 de mutuelle, plus de 250 pour la carte Imagine R deux zones...". La jeune fille égrène ce qu'elle a du débourser pour cette rentrée. "Là c'est un peu la galère, il faut tout payer en même temps, dit-elle dans un sourire qui n'en est pas un. J'ai repoussé l'achat des livres au mois prochain. Sauf pour le code civil (32 euros, NDLR.) que je ne n'achète que tous les deux ans."
Voilà quatre ans que Thalia jongle entre les petits boulots et la fac. Elle n'assiste que rarement aux cours dispensés en amphi et non obligatoires. Elle s'en procure le contenu auprès de copains. Quand c'est possible et avec un justificatif de son employeur, elle change d'horaire de TD. Elle rattrape, travaille et prépare les matières en bibliothèque entre deux cours, bosse chez elle le soir ou au baby-sitting... "Pour le moment, c'est la rentrée, ça va. C'est toujours plus délicat au moment des partiels. Je dois "réviser" des cours que je n'ai jamais vus. Je cible ce que j'apprends, y a des priorités. Pour le moment, les examens sont jamais tombés sur mes impasses... Mais bon." En première année de droit, Thalia a obtenu 12 de moyenne. Elle a eu 11 en deuxième année, 10 l'an dernier.
La jeune femme ne se plaint pas. Son discours est optimiste, son visage gai. "Le rythme est ancré, on prend l'habitude de courir d'un endroit à un autre, on a pas l'impression de se priver car on ne se pose plus vraiment la question", raconte-t-elle. Elle regarde quelques secondes sa tasse de café, et puis lance de but en blanc : "J'ai l'impression de devoir travailler pour faire de bonnes études. Mais parce que je travaille justement, je ne peux pas bien les faire. On pédale, on pédale beaucoup". Elle termine en ajoutant avec un sourire : "Et puis c'est vrai que parfois on aimerait aller plus souvent au ciné. Ou au moins s'aérer la tête, se reposer."
Face à cette situation de précarisation, les syndicats lancent un avertissement à l'Etat. L'Unef demande la mise en place d'un plan d'urgence ; la Fage un "acte fort". Fin septembre, le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien a annoncé la mise en place d'un observatoire du coût de la vie pour les étudiants. Selon l'Unef, un étudiant sur 5 abandonne ses études pour des raisons financières.
(Photo A.Ga. TF1fr)
Retour MYTF1
Chargement en cours...




