
Ils ne voulaient pas sombrer dans la misère avec leurs enfants. Ils ont décidé de les tuer. Un père et une mère de famille, de 37 et 44 ans, comparaissent de lundi à mercredi devant la cour d'assises de l'Oise, à Beauvais, pour empoisonnement avec préméditation de leurs cinq enfants en 2002. Une de leurs filles, Alicia, 11 ans, est morte à l'hôpital, suite à une injection d'insuline administrée par sa mère. Ses quatre frères et soeurs, âgés de 11 mois, trois, six et 13 ans, ont échappé à la mort.
Surendettés depuis des années, sans espoir de rompre le cercle infernal des crédits à répétition, Emmanuel, conducteur d'engins, et Patricia, garde-malade, résidaient dans un modeste pavillon de Laversines, près de Beauvais, au moment des faits, le 19 août 2002. Ils devaient rembourser une vingtaine de crédits à la consommation (voiture, électroménager, informatique, hi-fi...) dont celui de leur maison pour un montant total d'environ 1,5 million de francs (229.000 euros).
"Très immature"
La situation s'était dégradée jusqu'en mai 2002, où malgré les aides familiales ils n'avaient plus été en mesure de payer les échéances des crédits revolving. Décidé à en finir, le couple aurait, selon l'arrêt de renvoi, élaboré un macabre scénario prévoyant de tuer d'abord les enfants, deux garçons et trois filles, puis de mettre fin à ses jours pour "partir vers un monde meilleur". La mère s'est procuré trois flacons d'insuline de 10 cl et sept seringues sur son lieu de travail. Elle a reconnu avoir injecté le produit à ses enfants. Mais le scénario initial a échoué, les doses étant trop faibles, sauf pour Alicia. Patricia avait fini par appeler les secours. Le père a expliqué pour sa part qu'il n'avait pas réussi à se trancher les veines avec un scalpel.
Qualifié de "très immature" par l'avocate de Patricia, Me Carole Foissy, le couple avait laissé plusieurs lettres destinées à des parents pour expliquer sa décision. Une expertise psychiatrique a conclu pour Emmanuel à "une incertitude assez constante sur l'image de soi", un recours à "l'isolement affectif" et un "repli sur soi". Elle a relevé pour Patricia "une profonde altération du discernement au moment des faits proche de l'abolition du fait d'un état dépressif franc en rapport avec la faillite économique et sociale du couple", et une dimension "immaturo-névrotique". Sixième de dix enfants, Patricia s'est décrite comme une femme très modeste, sans diplôme ni histoire. "J'ai fait des petits boulots", a-t-elle résumé.
Pour Me Hubert Delarue, avocat d'Emmanuel, "au-delà de la responsabilité individuelle, il faut comprendre les raisons pour lesquelles le couple, fusionnel avec ses enfants, autarcique et inscrit dans la logique d'une société de consommation où beaucoup de choses sont sacralisées, en est arrivé là". "Ils s'inscrivent dans la logique infernale des dettes et le charme venimeux du crédit revolving jusqu'à l'impasse. Il y a des responsabilités, mais qu'eux seuls les portent serait profondément injuste", a-t-il estimé.Le couple risque la réclusion à perpétuité.
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