© INTERNECeux qui s'interrogeaient sur la nouvelle vie de Lionel Jospin après son " retrait " de la vie politique en 2002 sont fixés : il réfléchissait à l'évolution du monde et écrivait son troisième ouvrage. Dans Le Monde comme je le vois, l'ancien Premier ministre expose avec force détails sa conception du socialisme, de l'économie ou de l'Europe. De l'impasse européenne à l'état de la société française, du 21 avril 2002 aux nouveaux défis du socialisme, il analyse et avance ses propositions. Les extraits choisis par Le Nouvel observateur abordent peu les questions internes au Parti socialiste. En revanche, l'ancien Premier ministre est très clair en vue des prochaines échéances électorales : il exclut tout rapprochement avec l'extrême-gauche. Ce livre marque-t-il le retour de Lionel Jospin dans le combat politique, dans l'arène de 2007 ? Nul ne le sait. La dernière phrase de son ouvrage laissera chaque lecteur à sa propre interprétation. " Voilà ce qui a conduit ma vie et ce qui la conduira ". Voici quelques extraits de cet ouvrage.
Quelle Europe, après le non au referendum ?
"Il faut jouer pleinement la chance qu'offre, en période de mondialisation, la constitution d'un très grand ensemble économique régional". "Nous ne réussirons pas l'élargissement en nous montrant frileux politiquement, malthusiens économiquement, et chiches budgétairement." Il faut "respecter les Etats-nations (...) L'Union européenne peut ouvrir un champ nouveau au déploiement des Etats-nations, sans se substituer à eux". De même, il faut "réintroduire les peuples dans le processus européen". "Pour sortir du blocage (...), les éléments d'un compromis existent: augmenter raisonnablement le budget communautaire (...); accepter de réduire le coû de la politique agricole commune (...); rediscuter du montant du +chèque britannique+ et faire de nouveaux pas en avant dans l'harmonisation des fiscalités (...); enfin faire reconnaître pleinement les services publics".
Le 21 avril 2002
Avec "le triomphe" des socialistes aux élections régionales de 2004 puis leur "succès sans précédent" aux européennes de cette année-là, "les Français (ont) tiré des leçons des désastreuses conséquences de la division. Cela ne semble pas encore être le cas des partis".
Un nouvelle "aristocratie"
Un "nouveau groupe dominant" est né dans la société française, composé "d'une alliance implicite entre des grands dirigeants d'entreprise, des financiers, des cadres élevés de l'industrie et des services, certains hauts fonctionnaires de l'Etat et des priviliégiés des médias". Ce groupe, "qui tend à emprunter certains traits des anciennes aristocraties", "se réclame avant tout de la rationalité et de l'efficacité". Et il "explique pourquoi les salariés doivent renoncer à tout excès d'espérance", car il faut, pour survivre, "inévitablement réduire les coûts de production face à la compétition mondiale et aux pays à bas salaires".
Le modèle social français
La "déréglementation" et la "flexibilité accrue" du travail menacent non seulement la cohésion nationale mais n'ont pas apporté, sur trois ans, "ne serait-ce que les premiers signes d'une confiance restaurée et d'un nouveau dynamisme des entreprises". Selon lui, la préservation du contrat de travail à durée déterminée (CDI) est "un marqueur du type de relations sociales que nous voulons préserver". "Il est indispensable pour la cohésion d'un pays comme le nôtre, qu'au sein de l'activité productive, les bénéfices comme les sacrifices soient partagés".
Les nouveaux défis du socialisme
Lionel Jospin réaffirme son attachement au "socialisme démocratique" qui a "conduit ma vie et la conduira". "Plus qu'une doctrine, le socialisme est pour moi une vision éthique et une méthode politique", ajoute-t-il. Dans le domaine de l'éthique, M. Jospin met en avant "le pluralisme et la tolérance", jugeant que "les particularités culturelles, si elles sont compatibles avec les droits fondamentaux n'ont pas à s'effacer au profit d'un modèle humain uniforme". Il souligne également la "responsabilité à l'égard de la nature et des générations à venir".
"Le monde comme je le vois", Gallimard, 336 pages, 2O euros
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