Lucien Léger "ne veut pas faire du mal"

Par AG (avec afp), le 03 octobre 2005 à 07h00 , mis à jour le 03 octobre 2005 à 21h32

Le plus ancien détenu de France a quitté discrètement la prison de Douai, dans le nord, pour aller vivre dans le village de Landas. Les voisins "peuvent laisser trotter leurs enfants, je n'ai pas l'intention de faire du mal", a-t-il affirmé.

Lucien léger libre coupe de champagne

Lucien Léger n'est plus le plus ancien détenu de France. Il est sorti dans la nuit de dimanche à lundi, peu après minuit, de la prison de Douai, tapi dans le fourgon de son hôte, Lucien Bernhard, un boulanger à la retraite. Une liberté retrouvée en toute discrétion, comme il le souhaitait. "Je me sens comme quelqu'un qui est en dehors de la prison, mais exactement comme quand j'étais en prison. Il n'y a pas de différence. La prison et moi c'est la même chose, la liberté et moi c'est la même chose", a-t-il déclaré un peu plus tard aux journalistes de LCI, les seuls autorisés à le rencontrer. Cheveux gris, portant de lourdes lunettes et vêtu de noir, il a confié qu'il voulait "respirer un bol d'air", en buvant, pipe à la main, un verre de champagne avec des amis pour fêter sa libération.

Aujourd'hui âgé de 68 ans, Lucien Léger a passé 41 ans derrière les barreaux. A Landas, gros bourg rural de fermes et maisons de briques, l'annonce de son arrivée inquiète le voisinage. "Il faut dire aux gens du village qu'ils peuvent laisser trotter leurs enfants, je n'ai pas l'intention de faire du mal, a-t-il déclaré un peu plus tard dans la journée. Mais je ne veux pas tomber dans un traquenard à la Michaël Jackson". Que certaines personnes aient des craintes, "c'est humain", commente-t-il. "Ils ont une réaction primaire. En prison  je ne me suis pas bagarré, je ne suis jamais en colère. J'arrange les affaires". "Je comprends que les gens soient méfiants", a-t-il toutefois concédé.

Treize demandes de libération

Surnommé "l'étrangleur", Léger avait été emprisonné à l'été 1964 et condamné deux ans plus tard à Versailles à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de Luc Taron, 11 ans, enlevé le 27 mai 1964 à Paris et retrouvé mort dans les bois de Verrières-le-Buisson (Essonne). Agé de 27 ans à l'époque, cet infirmier avait reconnu les faits durant  l'instruction avant de se rétracter et de nier sa culpabilité. Libérable depuis  1979, il avait déposé 13 demandes de libération et trois demandes de grâce présidentielle infructueuses. Il avait enfin obtenu sa libération conditionnelle le 31 août dernier.

L'arrêt rendu par la juridiction régionale de libération conditionnelle de Douai (Nord) confirme une décision de première instance rendue début juillet mais face à laquelle le parquet avait fait appel. Selon son avocat, Maître de Félice, l'arrêt favorable s'appuie sur "différents rapports psychiatriques et psychologiques", ainsi que sur une "prise de position de l'administration pénitentiaire et des nombreux juges d'application des peines qui ont eu à le rencontrer".

La perpétuité, "un mensonge"

La mère de la victime, Suzanne Taron, a pour sa part regretté la décision, qualifiant sa condamnation à perpétuité de "mensonge". "C'est triste, mais je pense que ça a été décidé, et m'y opposer, je pense qu'on ne m'aurait pas écoutée", a-t-elle déclaré à France 2.

L'ancien détenu devrait travailler comme bénévole dans un centre social de la Croix rouge mais sera soumis à un contrôle judiciaire lui imposant notamment un suivi de 10 ans par un juge d'application des peines de  Douai, ainsi que des soins en matière de suivi psychiatrique.

Léger sorti, le plus ancien prisonnier de France est désormais un homme incarcéré depuis 40 ans, né en 1936, selon l'Administration pénitentiaire. Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 1965 pour vol qualifié et coups mortels, puis à perpétuité pour le meurtre d'un surveillant de prison  en 1968.

Photo : Lucien Léger fêtant sa libération la nuit dernière (image LCI)

Par AG (avec afp) le 03 octobre 2005 à 07:00
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10 Commentaires

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  • Benji, le 03/10/2005 à 10h12

    On critique la Justice mais on oublie trop souvent que la vengeance et la justice sont deux notions différentes. Se mettre à la place des victimes c'est choisir la vengeance. Rappelons tout de même que la "justice" est censée être un pouvoir indépendant à côté de l'exécutif et du législatif. Il serait bon que certains étudient le droit français avant de réclamer la tête de leurs concitoyens... Maintenant si la justice n'est pas assez expeditives à leurs yeux, libre à eux de rejoindre un pays où elle l'est, par exemple un régime Taliban.

  • Eliot, le 03/10/2005 à 09h13

    Oh! ce n'est qu'un dysfonctionement de plus à l'actif de la "justice" française...

  • Gamelle, le 03/10/2005 à 09h05

    Le petit luc avait mon âge quand un homme a décidé de lui enlever la vie. Il aurait aujourd'hui 52 ans. Il était d'un bon milieu, il aurait sûrement fait de belles études et mené une carrière. Il aurait aussi fondé une famille et ses enfants seraient à leur tour des adultes.

  • Pravot, le 03/10/2005 à 08h55

    La justice est souvent frustrante mais il faut l'accepter!! Mais comment accepter qu'un homme qui a tué un enfant de 11 ans sorte un jour de prison alors q'il n'a jamais demandé pardon? Cet enfant la n'aura lui jamais eu l'occasion de boire une telle coupe de champagne...

  • Maya, le 03/10/2005 à 08h40

    Des criminels de guerre ou récidivistes en tous genres ont écopés bien moins que sa peine ... Il a payé sa dette envers la société il faut désormais lui foutre la paix

  • Sami, le 03/10/2005 à 08h34

    Est ce que cette "libération", après avoir passé 41 ans dans la société carcérale, n'est pas une seconde peine ?

  • Auguste, le 03/10/2005 à 08h19

    Si on parlait un peu plus du calvaire des parents ou de ce que serait l'enfant aujourd'hui ? stop a la pensee unique dans les medias.

  • Dominique, le 03/10/2005 à 08h12

    Je ne comprends pas comment on peut libérer un homme ayant commis un tel crime. Mettez vous à la place des parents. Certains me diront qu'il a payé sa faute, certains invoqueront des raisons religieuses, etc... La réalite est que de tels individus existeront toujours mais que le rôle de l'ETAT devrait être de nous en protéger et par conséquence de les garder en prison, mais bon...l'ETAT n'assume pas. Je peux comprendre que l'on libère une personne après X années mais pas pour de tels crimes sur des enfants.

  • MARC, le 03/10/2005 à 08h02

    Et le petit Luc il est sorti lui de sa tombe??? scandaleux, les pauvres parents!!!! l'assasin de leur enfant en liberté ! Pour le meurtre d'un enfant "on ne paye JAMAIS sa dette!

  • Regis, le 03/10/2005 à 07h57

    Et sa victime elle a eu droit a sa pitié???????? scandaleux........

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