
Lucien Léger n'est plus le plus ancien détenu de France. Il est sorti dans la nuit de dimanche à lundi, peu après minuit, de la prison de Douai, tapi dans le fourgon de son hôte, Lucien Bernhard, un boulanger à la retraite. Une liberté retrouvée en toute discrétion, comme il le souhaitait. "Je me sens comme quelqu'un qui est en dehors de la prison, mais exactement comme quand j'étais en prison. Il n'y a pas de différence. La prison et moi c'est la même chose, la liberté et moi c'est la même chose", a-t-il déclaré un peu plus tard aux journalistes de LCI, les seuls autorisés à le rencontrer. Cheveux gris, portant de lourdes lunettes et vêtu de noir, il a confié qu'il voulait "respirer un bol d'air", en buvant, pipe à la main, un verre de champagne avec des amis pour fêter sa libération.
Aujourd'hui âgé de 68 ans, Lucien Léger a passé 41 ans derrière les barreaux. A Landas, gros bourg rural de fermes et maisons de briques, l'annonce de son arrivée inquiète le voisinage. "Il faut dire aux gens du village qu'ils peuvent laisser trotter leurs enfants, je n'ai pas l'intention de faire du mal, a-t-il déclaré un peu plus tard dans la journée. Mais je ne veux pas tomber dans un traquenard à la Michaël Jackson". Que certaines personnes aient des craintes, "c'est humain", commente-t-il. "Ils ont une réaction primaire. En prison je ne me suis pas bagarré, je ne suis jamais en colère. J'arrange les affaires". "Je comprends que les gens soient méfiants", a-t-il toutefois concédé.
Treize demandes de libération
Surnommé "l'étrangleur", Léger avait été emprisonné à l'été 1964 et condamné deux ans plus tard à Versailles à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de Luc Taron, 11 ans, enlevé le 27 mai 1964 à Paris et retrouvé mort dans les bois de Verrières-le-Buisson (Essonne). Agé de 27 ans à l'époque, cet infirmier avait reconnu les faits durant l'instruction avant de se rétracter et de nier sa culpabilité. Libérable depuis 1979, il avait déposé 13 demandes de libération et trois demandes de grâce présidentielle infructueuses. Il avait enfin obtenu sa libération conditionnelle le 31 août dernier.
L'arrêt rendu par la juridiction régionale de libération conditionnelle de Douai (Nord) confirme une décision de première instance rendue début juillet mais face à laquelle le parquet avait fait appel. Selon son avocat, Maître de Félice, l'arrêt favorable s'appuie sur "différents rapports psychiatriques et psychologiques", ainsi que sur une "prise de position de l'administration pénitentiaire et des nombreux juges d'application des peines qui ont eu à le rencontrer".
La perpétuité, "un mensonge"
La mère de la victime, Suzanne Taron, a pour sa part regretté la décision, qualifiant sa condamnation à perpétuité de "mensonge". "C'est triste, mais je pense que ça a été décidé, et m'y opposer, je pense qu'on ne m'aurait pas écoutée", a-t-elle déclaré à France 2.
L'ancien détenu devrait travailler comme bénévole dans un centre social de la Croix rouge mais sera soumis à un contrôle judiciaire lui imposant notamment un suivi de 10 ans par un juge d'application des peines de Douai, ainsi que des soins en matière de suivi psychiatrique.
Léger sorti, le plus ancien prisonnier de France est désormais un homme incarcéré depuis 40 ans, né en 1936, selon l'Administration pénitentiaire. Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 1965 pour vol qualifié et coups mortels, puis à perpétuité pour le meurtre d'un surveillant de prison en 1968.
Photo : Lucien Léger fêtant sa libération la nuit dernière (image LCI)
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