
Deux missiles, acquis par des militants islamistes membres présumés des filières tchétchènes, n'ont jamais menacé la France, ont indiqué à l'AFP vendredi à Paris plusieurs sources proches du dossier. "Ces missiles étaient destinés à des cibles extraeuropéennes et n'ont jamais pénétré en Europe", a précisé une première source, en rappelant que l'existence de ces armes est connue des spécialistes du dossier depuis de longues années. "Sur cette affaire, on peut vraiment parler pour la France d'un risque zéro", a également assuré à l'AFP un spécialiste de ce dossier.
Selon le Figaro de vendredi, "des islamistes français auraient eu l'intention de commettre des attentats contre des avions civils dans l'Hexagone et se seraient procuré à cette fin deux missiles sol-air en Tchétchénie". Cette menace aurait été découverte dans le cadre de l'enquête judiciaire menée en France par le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière sur les filières dites "tchétchènes", composées d'hommes soupçonnés de s'être entraînés en Géorgie en vue de combattre en Tchétchénie, avant d'avoir, pour certains d'entre eux, envisagé en décembre 2002, un ou plusieurs attentats en France. "Quelques individus ont échappé aux coups de filet. Et nul ne sait aujourd'hui si les missiles de Type SAM 18, acquis en 2002 ont été détruits, emportés dans d'autres pays européens ou tout simplement stockés quelque part en France en vue d'un futur attentat", ajoute le Figaro selon lequel cette information émanerait d'un haut responsable djihadiste, Adnan Muhammad Sadik, alias Abou Atiya, décrit par le journal comme "proche de son compatriote Zarqaoui, chef d'al-Qaida en Irak. Il était surtout son représentant dans le Caucase. (...) En 2001, il a accueilli un groupe composé de Français et d'Algériens."
"Aucun élément n'est venu étayer cette hypothèse"
"Ces islamistes, poursuit le journal, ne rêvent que d'une chose : revenir en Europe pour frapper (...) Quand la DST interpelle le gros de la troupe à La Courneuve et à Romainville à la fin 2002, explique le Figaro, elle retrouve un système de mise à feu. Il faudra encore attendre des mois pour que l'hypothèse d'un attentat chimique se précise. Mais pas de trace de missile. Pourtant, en février 2003, deux mois après le coup de filet de la banlieue parisienne, et tout juste un mois après une opération britannique contre des djihadistes revenus du Caucase, l'aéroport londonien d'Heathrow est placé en alerte rouge. Selon un renseignement recueilli outre-Manche, des islamistes s'apprêtaient à tirer sur un avion à l'atterrissage ou au décollage. Et le "tuyau" obtenu par le célèbre service de contre-espionnage britannique M I5 signalait des missiles sol-air portables "venus du continent"....
Adnan Muhammad Sadik, "emprisonné à Amman (Jordanie), a effectivement été entendu sur commission rogatoire du juge Jean-Louis Bruguière dans le cadre de l'enquête française sur les filières tchétchènes", a confirmé à l'AFP une source judiciaire. "Il a expliqué avoir reçu en 2000 les confidences d'une tierce personne lui expliquant qu'il projetait d'acheminer en France, via la Turquie, des missiles achetés dans un pays de l'Est et destinés à réaliser des attentats en France contre des avions civils", a précisé cette même source. "Mais aucun élément n'est venu étayer cette hypothèse", a affirmé à l'AFP une seconde source proche de l'enquête.
Selon un spécialiste de la lutte antiterroriste, l'existence de missiles aux mains de groupes extrémistes sur le sol européen n'est pas impossible, l'armée républicaine irlandaise ayant eu, par exemple, entre ses mains 40 missiles SAM 7 dans les années 90. "On sait que dans les Balkans, des armes de guerre de l'armée yousgolave sont en vente libre. Les Américains font tout pour les récupérer, ce qui maintient un cours élevé dans les tractations. Mais rien n'interdit de penser que des terroristes ne pourraient pas s'en procurer", a-t-on ajouté de même source antiterroriste.
Photo d'ouverture : la "Une" du Figaro de vendredi - DR
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