© AFP / VALERY HACHELe navire à grande vitesse (NGV) Liamone, de la SNCM, a failli être investi à deux reprises par des marins grévistes et depuis, erre de port en port ou au large des côtes méditerranéennes pour éviter d'être pris, selon son capitaine Philippe Le Leuxhe qui a raconté son périple mardi à l'Agence France-Presse.
Tout a commencé le 27 septembre, jour où des marins du STC (Syndicat des travailleurs corses) s'emparent à Marseille du Pascal-Paoli, a expliqué le capitaine, joint par téléphone sur le Liamone, quelque part au large du Villefranche-sur-mer (Alpes maritimes). Le Liamone est alors depuis cinq jours à quai à Nice. L'équipage, parmi lequel plusieurs grévistes, alerte les officiers que "des gens venaient de Marseille pour débarquer les non grévistes et récupérer le bateau". Un dispositif de sécurité est mis en place sur le port. La capitainerie donne au navire l'ordre de prendre le large. Seuls restent à bord le capitaine et cinq autres officiers, dont deux femmes: un commissaire (en charge du personnel), un lieutenant radio, un chef mécanicien et son second et le second du capitaine. "Des officiers très entraînés, ce n'était pas un souci d'appareiller", dit Philippe Le Leuxhe.
"On a vu arriver sur le port une bande de casseurs"
Le navire vogue un temps à 20 milles (40 km) du Pascal-Paoli qui, lui, fait route vers Bastia. Il va s'ancrer pour la nuit à Théoule, au large de Cannes. Le 28, il mouille au large de Toulon (Var). Le lendemain, il est autorisé à accoster dans le port commercial. C'est là qu'a lieu, selon le capitaine, une seconde tentative de capture, le 30 septembre au soir : "On a vu arriver sur le port une bande de casseurs - entre 30 et 40 personnes, avec des têtes de délinquants" dans des voitures immatriculées Bouches-du-Rhône. Le navire prend une nouvelle fois la mer. "On n'est que six à bord, il n'était pas question de se battre avec eux. On est officiers de la marine marchande, on n'a pas la culture de se battre", dit le capitaine Le Leuxhe, 50 ans, dont 25 au service de la SNCM.
"Depuis on change tous les soirs d'endroit de mouillage car on ne veut pas se faire repérer", ajoute-t-il. Ces derniers jours, le Liamone était "entre Nice et la côte italienne", mardi matin à Villefranche-sur-mer. Il faisait route dans l'après-midi "vers les côtes italiennes" pour y passer la nuit. Naviguant à petite allure, le NGV n'a pas de souci de combustible. Quant à la nourriture, "les frigos étaient pleins". Le capitaine assure que les officiers avec lui sont "à 200% pour la privatisation" de la compagnie - un état d'esprit qui est, selon lui, sur les NGV différent de celui des bateaux traditionnels. A ses côtés, Elodie Scholla, 30 ans et lieutenant radio, confirme: "La privatisation, c'est une bonne chose". "Le personnel profite plus qu'il ne devrait du fait qu'on soit une compagnie nationale. Une privatisation remettrait les choses dans le droit chemin", affirme-t-elle.
Philippe Le Leuxhe espère que la raison finira par l'emporter : "Les gens ont peur de l'inconnu, ils ont été élevés dans la culture d'une compagnie nationalisée, ils ont grandi dans cette compagnie, très souvent leur père aussi. Ils ont peur du privé, mais ils vont maintenant comprendre que c'est la seule issue pour cette compagnie".
Photo d'ouverture : Le NGV Liamone, photographié fin septembre dans le port de Nice - AFP / VALERY HACHE
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