Pétrole irakien : nouvelle mise en examen d'un diplomate français

le 12 octobre 2005 à 20h13 , mis à jour le 12 octobre 2005 à 20h27

Jean-Bernard Mérimée, ex-ambassadeur de France à l'Onu, est poursuivi pour "trafic d'influence" et "corruption active d'agent public étranger" dans le cadre de l'enquête sur les malversations présumées du programme "pétrole contre nourriture".

petrole_irakien_merimee

L'ex-ambassadeur de France à l'Onu, Jean-Bernard Mérimée, a été mis en examen mercredi par le juge Philippe Courroye dans le cadre de l'enquête sur des malversations présumées liées au programme "pétrole contre nourriture" dans l'Irak de Saddam Hussein. Jean-Bernard Mérimée, 68 ans, qui a la dignité d'ambassadeur de France à vie, est désormais poursuivi pour "trafic d'influence" et "corruption active d'agent public étranger". Cette mise en examen est assortie d'un contrôle judiciaire et d'une caution de 150.000 euros. Le diplomate est ressorti libre du pôle financier du TGI de Paris, rue des Italiens à Paris (IXe arrondissement) mercredi peu après 18 heures, ne souhaitant pas s'exprimer devant la presse.

Le juge Courroye le soupçonne d'avoir bénéficié de largesses du régime de Saddam Hussein sous forme de bons d'achat de pétrole ou "allocations" pour une valeur d'au moins deux millions de barils au moment du programme pétrole contre nourriture. Le programme, en vigueur entre 1996 et 2003, avait été conçu pour aider les Irakiens à survivre aux sanctions internationales imposées au régime de Saddam Hussein après l'invasion du Koweit en 1990. Jean-Bernard Mérimée n'est concerné que pour la période 2001 à 2003. Il aurait perçu ces allocations en 2001 en échange de son soutien "réel ou supposé" envers le régime baasiste, d'où la qualification pénale de "trafic d'influence".

Le Quai d'Orsay prend ses distances

Les enquêteurs soupçonnent également environ quatre millions de barils supplémentaires qui auraient été perçus en 2002-2003. Jean-Bernard Mérimée pourrait ensuite avoir tiré profit de ces allocations sous forme de commissions à la revente via une société agréée par l'Onu. En outre, une partie de l'argent ainsi récupéré aurait été reversée à des proches du régime irakien sous forme de "surcharges" ou rétro-commissions, ce qui entraîne la qualification pénale de "corruption active d'agent public étranger". Selon une source proche du dossier, l'obtention d'allocations était conditionnée au versement de rétro-commissions.

Le diplomate français est l'une des onze personnalités susceptibles d'avoir bénéficié d'avantages en échange de son soutien au régime irakien. Parmi ces personnalités, six sont mises en examen, dont un autre diplomate, Serge Boidevaix, ancien secrétaire général du Quai d'Orsay, également ambassadeur à vie. Mercredi, le ministère français des Affaires étrangères a pris ses distances avec Serge Boidevaix et Jean-Bernard Mérimée, en soulignant que l'enquête dont ils font l'objet porte sur "leurs activités privées, engagées après leur départ à la retraite".

Avec Charles Pasqua, dont le nom est cité dans ce dossier, Jean-Bernard Mérimée est la personnalité française la plus connue sur le plan international. Enarque, il a été notamment en poste à Londres (1966-1972), Abidjan (1975-1978), à Rabat (1987-1991), à l'Onu (1991-1995) et à Rome (1995-1998). Depuis 1999 ou 2000, c'est-à-dire au moment des faits qui lui sont reprochés, il occupait à la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) un poste de conseiller.

Photo d'ouverture : Jean-Bernard Mérimée - archives

le 12 octobre 2005 à 20:13
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience