© INTERNE"C'est dur mais il faut tenir. On va tenir, je préfère tenir que retourner au pays". A 15 ans, Rachel, Congolaise sans papiers, est recherchée par la police. Avec Jonathan, son frère de 14 ans, elle a raconté lundi deux mois de cavale après leur fuite de Sens (Yonne) début août. Présents "dans les conditions de sécurité maximales" à une conférence de presse secrète organisée à Paris par le réseau Education sans frontières, le Mrap, la Ligue des Droits de l'Homme, la Cimade, la FSU et la Ferc-CGT, les deux adolescents ont détaillé les raisons et les modalités de leur fuite le 9 août.
"Notre mère était convoquée au commissariat à 9H00, elle nous avait prévenus: si ça dure trop longtemps, partez !", explique en termes choisis Jonathan, bon élève de 3e qui n'a pu faire sa rentrée en seconde le 2 septembre. "On savait que si on était pris ensemble, on risquait d'être expulsés", précise Rachel, le regard fuyant.
Arrivée en France en 2001 avec quatre de ses huit enfants, leur mère, Barbe Makombo, ressortissante de République démocratique du Congo (RDC), venait d'être déboutée du droit d'asile et se savait sous la menace imminente d'une reconduite à la frontière, sauf si certains membres de la famille manquaient à l'appel. "On a pris le train jusqu'à Paris, on a été hébergés par une personne qui a alerté les associations et, depuis, on est pris en charge. On change régulièrement d'hébergement, on regarde la télé, on travaille un peu, des professeurs viennent nous donner des cours", assure Jonathan. "L'école me manque, ça va en surprendre certains que je dise ça mais c'est vrai !", ajoute-t-il en souriant.
"On nous prend pour des criminels."
Si Rachel avoue timidement que "c'est trop long", qu'"on ne peut pas vivre comme ça", elle hoche la tête quand son frère évoque "l'Enfer là-bas, avec la guerre et les viols collectifs". "On vivait bien, on avait notre maison, notre père avait son commerce, notre mère tenait un restaurant, mais en 1997 on a eu des problèmes avec des soldats : on n'est pas venus en France pour l'argent mais parce qu'on n'était plus en sécurité", répètent-ils tous les deux.
Ils ne veulent pas se justifier ni se plaindre qu'on le leur demande sans cesse. Mais "c'est dur d'être un sans papiers alors qu'on est comme les autres, qu'on est intégrés", estime Jonathan. Peu diserts sur l'épreuve de la fuite de RDC, au cours de laquelle fratrie et parents ont été "séparés", l'adolescent laisse à Rachel le soin de détailler les âges des quatre frères et soeurs dont ils sont sans nouvelle: "deux ont 20 ans, un 19 et la jumelle de Grace a 12 ans".
Mais l'inquiétude visible de Rachel est aujourd'hui adressée à ses deux autres "petites soeurs", celles qui ont aussi fait le voyage jusqu'en France : Grace justement et Naomi, 10 ans, assignées à résidence à 80 km de Sens, avec leur mère. "Ils sont venus les chercher au centre aéré, elles ont dû avoir peur, moi, je n'aurais pas supporté", dit-elle en ouvrant de grands yeux, "on nous prend pour des criminels...". "Le ministre de l'Intérieur, avec ses lois, c'est à lui surtout qu'on en veut: ce n'est pas difficile de nous régulariser, il prend la feuille, il fait ça et voilà", reprend l'adolescent en mimant une signature. "Qu'il arrête, parce qu'on est humains, lui n'est pas humain, il ne pense qu'à lui", s'emporte-t-il presque. "Optimistes" quand même, surtout devant l'ampleur de l'aide apportée par les associations mais aussi leurs camarades de Sens, Rachel et Jonathan butent à répétition sur le mot "espoir". Pas sur celui de "peur".
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