Rachel et Jonathan, lycéens sans papiers en cavale

le 10 octobre 2005 à 18h42 , mis à jour le 10 octobre 2005 à 18h54

Deux jeunes clandestins zaïrois recherchés par la police pour être expulsés avec leur famille, ont raconté leurs deux mois de cavale, lors d'une conférence de presse secrète organisée lundi par des associations.

clandestins vignette © INTERNE

"C'est dur mais il faut tenir. On va tenir, je préfère tenir que retourner au pays". A 15 ans, Rachel, Congolaise sans papiers, est recherchée par la police. Avec Jonathan, son frère de 14 ans, elle a raconté lundi deux mois de cavale après leur fuite de Sens (Yonne) début août. Présents "dans les conditions de sécurité maximales" à une conférence de presse secrète organisée à Paris par le réseau Education sans frontières, le Mrap, la Ligue des Droits de l'Homme, la Cimade, la FSU et la Ferc-CGT, les deux adolescents ont détaillé les raisons et les modalités de leur fuite le 9 août.

"Notre mère était convoquée au commissariat à 9H00, elle nous avait prévenus: si ça dure trop longtemps, partez !", explique en termes choisis Jonathan, bon élève de 3e qui n'a pu faire sa rentrée en seconde le 2 septembre. "On savait que si on était pris ensemble, on risquait d'être expulsés", précise Rachel, le regard fuyant.

Arrivée en France en 2001 avec quatre de ses huit enfants, leur mère, Barbe Makombo, ressortissante de République démocratique du Congo (RDC), venait d'être déboutée du droit d'asile et se savait sous la menace imminente d'une reconduite à la frontière, sauf si certains membres de la famille manquaient à l'appel. "On a pris le train jusqu'à Paris, on a été hébergés par une personne qui a alerté les associations et, depuis, on est pris en charge. On change régulièrement d'hébergement, on regarde la télé, on travaille un peu, des professeurs viennent nous donner des cours", assure Jonathan. "L'école me manque, ça va en surprendre certains que je dise ça mais c'est vrai !", ajoute-t-il en souriant.

"On nous prend pour des criminels."

Si Rachel avoue timidement que "c'est trop long", qu'"on ne peut pas vivre comme ça", elle hoche la tête quand son frère évoque "l'Enfer là-bas, avec la guerre et les viols collectifs". "On vivait bien, on avait notre maison, notre père avait son commerce, notre mère tenait un restaurant, mais en 1997 on a eu des problèmes avec des soldats : on n'est pas venus en France pour l'argent mais parce qu'on n'était plus en sécurité", répètent-ils tous les deux.

Ils ne veulent pas se justifier ni se plaindre qu'on le leur demande sans cesse. Mais "c'est dur d'être un sans papiers alors qu'on est comme les autres, qu'on est intégrés", estime Jonathan. Peu diserts sur l'épreuve de la fuite de RDC, au cours de laquelle fratrie et parents ont été "séparés", l'adolescent laisse à Rachel le soin de détailler les âges des quatre frères et soeurs dont ils sont sans nouvelle: "deux ont 20 ans, un 19 et la jumelle de Grace a 12 ans".

Mais l'inquiétude visible de Rachel est aujourd'hui adressée à ses deux autres "petites soeurs", celles qui ont aussi fait le voyage jusqu'en France : Grace justement et Naomi, 10 ans, assignées à résidence à 80 km de Sens, avec leur mère. "Ils sont venus les chercher au centre aéré, elles ont dû avoir peur, moi, je n'aurais pas supporté", dit-elle en ouvrant de grands yeux, "on nous prend pour des criminels...". "Le ministre de l'Intérieur, avec ses lois, c'est à lui surtout qu'on en veut: ce n'est pas difficile de nous régulariser, il prend la feuille, il fait ça et voilà", reprend l'adolescent en mimant une signature. "Qu'il arrête, parce qu'on est humains, lui n'est pas humain, il ne pense qu'à lui", s'emporte-t-il presque. "Optimistes" quand même, surtout devant l'ampleur de l'aide apportée par les associations mais aussi leurs camarades de Sens, Rachel et Jonathan butent à répétition sur le mot "espoir". Pas sur celui de "peur".

le 10 octobre 2005 à 18:42
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

11 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • ROUX, le 11/10/2005 à 10h38

    C'est lamentable de constater des faits pareils. L'administration est souvent incompréhensible. Ca me révolte.

  • Alain, le 11/10/2005 à 09h58

    Bien sûr, ce n'est pas difficile de régulariser un sans-papier; il est plus difficile, pour la France, de recevoir toute la misère du monde. Voyez ce qui se passe au Maroc et à Ceuta.

  • Olivier, le 11/10/2005 à 09h33

    Le miserabilisme ne resoudra pas le probleme... Entre les pauvres, les persecutes, et les malades, se sont pres de 2/3 de la planete qui, pour une raison ou poru une autre, peuvent pretendre a venir en France ou en Europe! Que ces gens prennent leur destin en main et n'attendent pas que la chance tombe du ciel! Apres tout, on a toujours le gouvernement que l'on merite!

  • Gv, le 11/10/2005 à 09h14

    OK, mais que ces deux jeunes gens, et avec eux tous les sans papiers présents et à venir soient accueillis, aux frais et dépens des volontaires et d'eux seuls et non pas de l'ensemble des crétins qui payent des impôts. Que chacun, sur sa feuille de déclaration soit tenu de prendre position et que la charge soit répartie entre ceux qui auront écrit "oui" En résumé: soyez généreux si vous voulez mais à vos frais pas aux miens. C'est trop facile de faire des cadeaux avec l'argent des autres!

  • Louzou03, le 11/10/2005 à 09h00

    Que devons-nous faire pour qu'ils puissent vivre sans peur en France ?!?

  • Julien, le 11/10/2005 à 08h27

    Ce n'est pas humain, en éffet, mais dans le contexte économique de la France, on se dois d'expulser tout clandestins. La loi est la loi.

  • Charles, le 11/10/2005 à 08h24

    Ils sont bien gentil , mais la france ne peut pas recevoir et acceuillir toute la misere du monde. on a deja assez de probleme et trop d'immigres en france.

  • Pierre, le 10/10/2005 à 23h50

    Dans cette affaire, le Mrap, la Ligue des Droits de l'Homme et companie sont complices d'hors la lois!!! Mais bien évidement, personne ne conteste...

  • Nicolas, le 10/10/2005 à 22h47

    J'attends avec impatience les commentaires des Fachos_Qui_Glandent_Sur_Internet _Au_Boulot ...

  • Mojorisin, le 10/10/2005 à 20h24

    "une conférence de presse secrète" "...si maintenant tout le monde copie les méthodes des indépendentistes clandestins corses, où va-t-on?!!! Pffff!

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience