Sarkozy lance son " internat de la réussite "

Par Par Renaud PILA, le 04 octobre 2005 à 18h48 , mis à jour le 05 octobre 2005 à 18h44

Dans son département des Hauts-de-Seine, le président de l'UMP teste déjà la discrimination positive en matière d'éducation. Le conseil général finance l'hébergement et le soutien scolaire de huit garçons de 13 ans qui ne pouvaient étudier efficacement dans leur famille. Reportage.

Classe

Pas un bruit. L'ambiance dans la petite maison est étrangement calme, à l'image de ce quartier d'Asnières. A l'intérieur du pavillon fraîchement repeint, huit garçons de 13 ans apprennent à vivre ensemble, par chambre de deux. Ils se connaissent seulement depuis quatre jours mais déjà, les tâches ménagères sont réparties. Jordan mettra le couvert lundi, Angelo se chargera de la vaisselle. Jusqu'en juin, ils vont partager ainsi leur quotidien. Ces élèves de 5ème ont choisi de devenir internes. " S'ils ne sont pas volontaires et motivés, les chances de réussite sont faibles " précise Etienne Recoing, le directeur de ce premier " internat de la réussite ", établissement gratuit pour les familles.

Derrière le petit pavillon de quatre chambres, le collège François Truffaut. Un établissement plutôt privilégié mais où 15% des élèves sont issus de familles défavorisées. " Les Hauts-de-Seine, ce n'est pas seulement Neuilly. Avec Asnières, Gennevilliers ou Clichy, on a une très forte hétérogénéité de population scolaire" explique Isabelle Balkany, en charge de l'enseignement au sein du conseil général. " Il y a des enfants qui suivent bien en classe mais qui vivent dans des familles où il n'est pas possible de bien travailler le soir, notamment des familles monoparentales. Cet internat est fait pour eux ".

" Responsabilité de l'élève et soutien "

En effet, ici, pas de jeunes en difficultés ou en rupture avec le système. Seulement des élèves au potentiel scolaire moyen ou bon mais qui risquent de " décrocher " en raison de leur contexte familial. Un plombier veuf souvent en déplacement, une mère divorcée avec quatre enfants à charge, un conflit parental douloureux, autant de situations peu propices au suivi scolaire.

Comment sélectionner de tels élèves ? "Au départ, les principaux des collèges étaient dubitatifs, explique Etienne Recoing, mais grâce aux assistantes sociales et aux conseillers d'orientation, nous n'avons eu aucun mal à trouver des volontaires. Cette structure répond à un réel besoin social ". Depuis l'ouverture de l'internat début septembre, les coups de fil de familles se succèdent mais la maison ne possède que huit places. "Je n'ai pas voulu perdre de temps et j'ai trouvé un petit bâtiment dès cette rentrée, affirme Isabelle Balkany. Mais si l'expérience est concluante, nous ouvrirons l'an prochain deux structures de 24 et 32 élèves. L'important, c'est qu'elles soient proches des écoles pour éviter les trajets ".

Parmi les avantages, point de trajet entre l'internat et le collège et des journées bien réglées pour les pensionnaires . Après les cours, un encadrant supervise leurs devoirs et les aide si nécessaire. " Moi, je me débrouille seul en maths et en anglais, mais en français, j'aime bien qu'on m'aide ", reconnaît Florian, visiblement heureux de sa nouvelle maison. " Toute la philosophie de l'internat est là, explique son directeur, responsabilité de l'élève et soutien sur la base d'un contrat de confiance passé lors de l'entretien de recrutement ". Et Etienne Recoing de dérouler posément ses méthodes pédagogiques. Deux maîtres mots : autonomie des établissements et personnalisation de l'éducation. Ainsi a-t-il supprimé l'an dernier les redoublements au collège François Truffaut. " Cela ne sert à rien, sauf peut-être en troisième. Beaucoup plus efficaces sont les travaux en petit groupe. Ainsi, j'ai décloisonné par classes de huit certaines matières pour les élèves en difficulté ". Et selon lui, les résultats sont là, à partir d'objectifs fixés en accord avec l'académie. Une académie de Versailles qui accepte de laisser les établissements mettre en œuvre des solutions nouvelles. Au conseil général des Hauts-de-Seine, on s'en réjouit. " On a toujours refusé les dispositifs de masse, confirme Isabelle Balkany ; l'efficacité passe par des dispositifs adaptés à chaque élève ".

L' "internat de la réussite " privilégie-t-il de bons élèves, au détriment d'enfants qui en auraient plus besoin ? " Absolument pas, explique-t-elle ; nous faisons déjà beaucoup pour les enfants en situation d'échec avec notamment du soutien personnalisé. Mais il est important de ne pas oublier ceux qui travaillent normalement ".

Autonomie des professeurs

Mais le directeur de l'internat le reconnaît : " tout le monde n'a pas la chance de naître dans les Hauts-de-Seine ". Un département très riche dont le budget équivaut à celui de la Grèce, notamment grâce aux recettes fiscales des entreprises de la Défense. Une politique éducative aussi ambitieuse coûte cher. Mais l'argent n'est pas le seul facteur de succès. " La clé de la réussite scolaire, c'est l'autonomie des professeurs qui savent mieux que quiconque s'adapter aux difficultés de chacun." Faire plus pour certains, voilà qui rappelle la discrimination positive vantée par Nicolas Sarkozy. " C'est vrai, c'est de la volonté républicaine ", Etienne Recoing le dit avec ses mots. Et au détour d'une phrase, son engagement éducatif s'enracine dans l'intime. "J'ai connu également l'internat, et pour les mêmes raisons que ces enfants ".

Par Par Renaud PILA le 04 octobre 2005 à 18:48
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

23 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Nath, le 06/10/2005 à 10h45

    Je suis moi-même divorcée et j'élève seule mes 4 jeunes fils de 16, 14, 8 et 5 ans. Que l'on soit en couple ou seul(e) pour élever son ou ses enfants l'important est d'aimer nos enfants, de prendre le temps quelque soit notre emploi du temps, de suivre lerus devoris et leçons, de s'interresser à eux, dialoguer, s'ouvrir à eux pour leur permettre de s'ouvrir à nous. Chez nosu seuls les plus grands ont leur chambre perso, les 2 plus jeunes partagent la plus grande chambre mais l'un et l'autre ont leur propre coin avec bureau. mes revenus ne sont pas conséquents et je n'ai aucune aide physique ou financière de proches familiaux ou amis, mais avec de l'organisation, de la volonté et beaucoup d'amour, on arrive à soulever des montagnes. Mais il faut aussi savoir faire des choix !!

  • Glaude, le 06/10/2005 à 08h02

    Moi j'habite suresnes et bien c'est toujours autant le bordel meme avec sarkozy

  • Nelo, le 05/10/2005 à 18h17

    Voici une nouvelle air de dictature moderne. Qu'en fera t'il de la liberte collective??? Il veut tout faire, etre sur tous les fronts, imposer!!!! Vous allez droit dans le mur en France!!!

  • Kangooroux, le 05/10/2005 à 18h04

    Tout à fait d'accord avec Dom !! Si cela marche si bien, pourquoi le nombre de postes aux concours sont-ils si bas qu'ils ne couvrent même pas les départs en retraite ?? La réalité des choses, c'est 35 élèves par classe à l'entrée du lycée et au moins 25 par classe pendant tout le collège !! Alors oui, si chaque élève avait un prof particulier, ils s'en sortiraient mieux qu'au milieu d'une classe hétérogène. Cessons de surmédiatiser de telle initiative (bonne au demeurant) et regardons plutot la réalité de nos gosses en face...

  • Fabien, le 05/10/2005 à 17h06

    On parle de discrimination positive, et les autres qui ne peuvent pas faire parti de cette mesure on les ignore. En parlant de discrimination positive, on cree par definition une discrimination. Je ne vois pas ou est la recherche de l'égalité dans ces cas.

  • Tf, le 05/10/2005 à 16h59

    Il peut faire tout...tout seul, mais ce jour là serons nous toujours en démocratie ? Jean-Louis, Lyon tu sais ce que veut dire democratie ca signifie "elu par le peuple" ca veut pas dire "liberte" analyse le mot "democratie" ok tu pourras eviter apres decrire nimporte quoi !!

  • Lionel, le 05/10/2005 à 16h17

    Tres bonne innitiative ! Les hauts de seine deviennent petit a petit un laboratoire de test pour les futurs elections et franchement ce n'est pas desagreable. J'habite en HLM et M. Sarkozy nous propose de racheter notre logement a un prix defiant toute concurence. Tout cela va dans le bon sens: Lorsqu'on est proprietaire on fait plus attention a l'environnement dans lequel on vit donc l'Etat debourse moins pour l'entretien. C'est la fin d'un cercle vicieux pour aller dans un cercle vertueux. Qui plus est ces ventes permettent le financement et la construction de nouveaux logements. Il faut changer des choses et M.Sarkozy est le seul a l'heure actuel a proposer des choses coherentes et terre a terre. N'en deplaise a certains. Desole pour le petit hors sujet mais je pense que cette action meritait d'etre mentionne. Merci de me publier.

  • Boulogne, le 05/10/2005 à 15h08

    Nous menons une expérience "similaire" à Boulogne Amener au diplôme de BTS des élèves sortis de bac pro, avec des classes de taille réduite Bilan de cette année : taux supérieur à la moyenne nationale et des jeunes de milieux défavorisés qui n'en reviennent pas d'être diplômes bac +2 et se préparent un avenir professionnel bien supérieur à toutes leurs espérances. Il faut "essayer" différentes solutions, l'essentiel étant d'amener des jeunes à la réussite alors bon vent à cette nouvelle expérience

  • Rémy, le 05/10/2005 à 14h55

    Par bon sens un couple qui n'a pas les moyens d'assumer plus deux ou trois enfants, devrait attendre d'avoir une situation plus confortable pour agrandir la famille. C'est dommage que ce soit l'etat qui prennent ces enfants en charge et non les parents.

  • ALICE, le 05/10/2005 à 14h54

    IL FAUT SURTOUT DAVANTAGE DE CLASSES D ENSEIGNANTS MOTIVES ET DES PARENTS RESPONSABILISES SUR TOUT LE TERRITOIRE

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience