Le couvre-feu sera "mesuré"

le 08 novembre 2005 à 09h24 , mis à jour le 08 novembre 2005 à 20h13

Après la signature du décret par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a ensuite réuni les préfets pour une mise en application "mesurée" effective mercredi à minuit. "Le couvre-feu ne remet en cause la liberté de personne" et "il n'est pas question de le mettre en oeuvre sans demander l'avis des maires", selon le ministre de l'Intérieur.

Nicolas Sarkozy sortie conseil ministre

Le décret permettant aux préfets d'appliquer le couvre-feu pour faire face aux violences dans les banlieues françaises a été approuvé lors d'un conseil des ministres exceptionnel mardi. Les préfets peuvent appliquer le couvre-feu dans leurs départements, du mercredi 9 à 0h00 au dimanche 20 novembre. Afin de permettre la proprogation éventuelle de ce décret, un nouveau Conseil des ministres exceptionnel aura lieu avant la fin de la semaine.

Pour Jacques Chirac, ce décret est "nécessaire pour accélérer le retour au calme". "Mais la primauté de la loi va nécessairement de pair avec la justice. Ce n'est qu'en donnant toute sa réalité à ce principe fondamental de la République que nous dépasserons la situation actuelle", a souligné le chef de l'Etat, dont les propos étaient rapportés par Jean-François Copé, le porte-parole du gouvernement.

Réunion avec les préfets

"Nous veillerons au fur et à mesure de l'évolution des événements à son application ciblée sur une partie du territoire national", a précisé pour sa part Nicolas Sarkozy, ajoutant que "la politique du gouvernement, c'est la fermeté, le sang froid et la mesure". Un second décret, du ministère de l'Intérieur, définissant les zones concernées et les modalités d'application, a été  adopté dans la journée, après une rencontre du ministre de l'Intérieur avec les préfets. Outre la région parisienne du ressort du préfet de police, les zones de défense sont les zones Nord (Lille), Ouest (Rennes), Sud-Ouest (Bordeaux), Sud (Marseille), Sud-Est (Lyon) et Est (Metz).

Lundi soir au JT de TF1, le Premier ministre avait annoncé la réactivation de certaines dispositions de la loi de 1955 instaurant l'état d'urgence dans le contexte de la guerre d'Algérie. "Partout où c'est nécessaire, les préfets pourront, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, appliquer le couvre-feu s'ils l'estiment utile", avait expliqué Dominique de Villepin. Quant à l'appel à l'armée, "nous n'en sommes pas là", s'était-il senti obligé de préciser.

La loi de 1955 donne pouvoir aux préfets "d'interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux et aux heures fixés par arrêté", "d'instituer des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé" et "d'interdire le séjour dans tout ou partie du département à toute personne cherchant à entraver, de quelque manière que ce soit, l'action des pouvoirs publics". En outre, durant 12 jours, les perquisitions vont être possibles lorsqu'il y aura "suspicion" de détention d'armes, a annoncé le ministre de l'Intérieur.

Accueil mitigé

Ce recours aux couvre-feux à l'initiative des préfets mécontente à gauche. Le Parti socialiste s'est inquiété du respect des "principes de liberté" tandis que les Verts dénonçaient une "escalade totalement disproportionnée". Du côté des éducateurs, la mesure génère des réserves. Roland Cecotti, secrétaire général du principal syndicat d'éducateurs judiciaires (SNPES-PJJ), parle de "mesures complètement inadaptées et policières qui ne règlent pas les problèmes" et risquent de créer de la "discrimination" à l'égard de populations et de quartiers "stigmatisés".

"Dans le contexte actuel, annoncer un couvre-feu risque d'être difficile à gérer" et de "crisper encore plus les relations" entre jeunes et forces de l'ordre, fait valoir Alain Vogelweith, juge des enfants à Bobigny et membre du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). "Cela suppose une multiplication des contrôles d'identité, donc une multiplication des incidents". "Je comprends bien qu'on veuille protéger les enfants, mais la première responsabilité incombe aux parents: c'est à eux de veiller à la sécurité de leurs enfants", renchérit la défenseure des enfants Claire Brisset, qui pense aussi qu'"il faut réaffirmer le rôle central de l'école".

D'après AFP

"La police pourra tirer ?"

Une journaliste irlandaise a suscité mardi la stupéfaction du directeur général de la police nationale Michel Gaudin en lui demandant en conférence de presse si l'instauration du couvre-feu entraînait une autorisation de tirer sur ceux qui ne le respecteraient pas. Autre question symbolique de l'inquiétude suscitée dans les autres pays européens par les violences en France et par leur gestion par le gouvernement : un journaliste russe a demandé deux fois si le couvre-feu allait être instauré à Paris même.

(Image LCI : Nicolas Sarkozy à la sortie du conseil des ministres)

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le 08 novembre 2005 à 09:24
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