Le CRAN, le visage noir de la France

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 28 novembre 2005 à 16h59 , mis à jour le 28 novembre 2005 à 17h37

Plus de soixante associations ont lancé samedi à Paris une fédération des associations noires qui a l'ambition d'établir un bilan des discriminations "ethno-raciales" en France et de défendre les intérêts des noirs. Interview de Louis-Georges Tin, l'un des deux co-fondateurs.

Noirs

tf1.fr - Comment est née l'idée du CRAN ? 

Le point de départ a été un colloque organisé le 16 février dernier à Paris. Il y avait Stéphane Pocrain, Christiane Taubira, Patrick Lozès et des gens de la Ligue des droits de l'homme. Face à l'enthousiasme de la salle, nous nous sommes dit qu'il fallait faire quelque chose.

L'idée a été lancée en février, et le lancement s'est fait samedi. Cela a pris du temps. Mais il faut reconnaître que l'actualité ces derniers temps (incendies d'hôtels, violences urbaines) a montré l'urgence de notre action.

tf1.fr - Quel est l'objectif de votre mouvement ? 

Etre le trait d'union entre des populations désespérées ou exaspérées, et des opinions publiques oublieuses ou même dédaigneuses. Il y a plus de 5 millions de noirs en France, Dom-Tom inclus. Or, personne ne fédérait jusque là la plus grande minorité française. Sans regroupement, on ne peut ni se faire entendre, ni influer sur les choses. Aujourd'hui, c'est chose faite.


tf1.fr - Qu'allez-vous faire dans les mois à venir ? 

Nous allons prendre des initiatives concrètes, comme par exemple le mois de la culture noire, qui existe déjà dans d'autres pays comme la Grande-Bretagne. Autre projet prévu, un grand colloque à la Mutualité l'an prochain sur la question des noirs. Par ailleurs, nous allons demander audience à l'Elysée, à Matignon, au Ministère du logement ou à des syndicats. L'objectif : leur expliquer que les noirs existent et qu'il faudra désormais compter avec eux. Ils ne pourront plus faire l'impasse sur cette question là, ou alors ce sera en connaissance de cause. Nous allons aussi envoyer un questionnaire aux candidats à la présidentielle. Ils seront forcés de prendre position. Et nous communiquerons les réponses pour que les électeurs puissant voter en connaissance de cause.

tf1.fr - Votre action est-elle en fait politique ? 

Notre action n'est pas partisane puisque nous avons des sensibilités très diverses dans la direction du CRAN. Mais notre constat est le même : ni la droite ni la gauche ne nous ont jamais écouté ou représenté.

tf1.fr - Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de communautarisme à l'anglo-saxonne ? 

En France, on utilise très souvent l'épouvantail américain pour justifier le refus de prendre en compte la question des minorités. Tout le monde est aujourd'hui conscient des problèmes ; or si l'on commence à vouloir le résoudre, on vous accuse de faire comme les Américains. En réalité, par antiaméricanisme, on met le problème sous le tapis depuis des années, comme une poussière désagréable. Cette situation est désastreuse et a encouragé la France à ne rien faire. Au CRAN, nous avons décidé d'agir.

Jusqu'il y a peu dans ce pays, personne ne parlait des noirs. Le mot même était connoté et péjoratif. En France, il y a une tradition raciste qui néglige ces populations. Il y a par ailleurs une tradition antiraciste qui est sympathique mais qui n'a jamais osé prononcer le mot de " noirs ", de peur d'être accusé de racisme. Donc, certaines positions antiracistes aboutissaient à des résultats similaires à ceux des positions racistes. L'antiracisme républicain est en train de voler en éclats, et il est dommage qu'il ait fallu tant de violences pour que l'on s'en rende compte.

tf1.fr - Que pensez-vous de la discrimination positive ?

Au sein du CRAN, il n'y a pas encore de consensus sur la question. En mon nom personnel, je peux juste dire qu'il faut essayer. Ceux qui y sont opposés sont aujourd'hui sommés de trouver mieux. Critiquer pour maintenir le statu-quo me paraît scandaleux. Il faut voir ce qui marche ou pas à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne, et appliquer cela en tenant compte bien sûr de ce que nous sommes. Il ne s'agit pas forcément de fixer des quotas mais il y a d'autres pistes. Il ne faut pas avoir peur des mots et des expériences étrangères. Il faut que la France apprenne à penser aussi en termes de races, comme c'est le cas aux Etats-Unis, et pas seulement en termes de classes, comme elle l'a toujours fait. Il faut mélanger les approches et trouver une troisième voie.

tf1.fr - Que pensez-vous de la polémique sur la loi sur les rapatriés et notamment le rôle de la colonisation ?

L'UMP n'a pas brillé jusqu'à maintenant sur la question noire. Ce parti a fait reconnaître les bienfaits de la colonisation dans la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés, une loi scélérate. Donc il fait l'apologie de crimes contre l'humanité. Or il y a en France des lois qui punissent en France l'apologie des crimes contre l'humanité, des lois votées par l'UMP. Le trait le plus massif de la colonisation, ce fut l'esclavage. Il y a eu 200 millions d'esclaves.

Photo (AFP) : visages de participants à la réunion fondatrice du CRAN samedi dernier

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 28 novembre 2005 à 16:59
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12 Commentaires

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  • Anne, le 29/11/2005 à 09h46

    Je trouve tout cela ridicule ! Cela ne fait qu'exacerber le racisme latent de tous les français. Combien de fois, et de plus en plus souvent, j'entend dire autour de moi "je n'étais pas raciste, je le deviens!" Il faudrait peut-être que ces associations réalisent que l'intégration, c'est justement se fondre dans la masse, et non sortir du lot!

  • Dureau, le 29/11/2005 à 09h45

    Encore une vision bien manichéenne de la colonisation; il y a eu certes des exploitations mais la colonisation ce sont aussi des routes, des ponts, des puits, des écoles, des hôpitaux et surtout une action fondamentale des médecins coloniaux pour l'éradication de certaines maladies notamment la variole. Sans eux, jamais l'OMS n'aurait pu se glorifier de cette victoire. Alors un peu de bon sens sur la colonisation. Les affirmations de ce monsieur qui veut nous donner mauvaise conscience ne font qu'agacer. L'Occident n'est pas seul responsable de l'état de l'Afrique aujourd'hui. Par ailleurs, sans la France, qui peut dire que la Guadeloupe ou la Martinique ne serait pas comme Haïti aujourd'hui ?

  • Olivier, le 29/11/2005 à 09h38

    Voila le racisme a l'etat pur qui resurgit... On ne se definit pas en fonction de ce que l'on a dans la tete, mais de la couleur de sa peau. Qu'est-ce que signifie "Une minorite de 5 millions de noirs"? Expliquez-moi ce qu'il y a de commun entre un paysan du Mali et un Noir de Guadeloupe, a part la couleur de la peau... Tres efficace pour faire avancer un pays! Certains fustigent le racisme, mais font tout pour le rallumer. Je me fous de savoir qu'un tel est blanc ou noir, ce qui m'interesse, c'est qu'il se sente Francais.

  • Muriel, le 29/11/2005 à 08h48

    Pour moi toute personne ayant la nationalite francaise est un citoyen francais et ni son tein de peau, ni sa religion n'ont quoi que se soit a faire la dedant. la societe entiere patie quand on jette au pannier les talents d'un partie de la population sur des criteres imbeciles comme le sexe, la couleur de peau, ou la religion

  • Eric Kanor, le 28/11/2005 à 23h23

    J'étais le 16 février 2005 au premier rassemblement et je pense que le CRAN doit servir à faire enfin respecter les noirs en France, ce qui n'a jamais été le cas.

  • Mat, le 28/11/2005 à 21h51

    Tu sais Olivier si tu n'es pas content la porte de sortie t'est grande ouverte à toi aussi ! Ce n'est pas parce que tu es (je suppose) blanc que tu as plus de droit ! Et puis que veut dire "Français de souche" ?? J'ai beau réflechir je ne comprend pas ... je suis moi aussi blanc et pourtant mes grands parents étaient étrangers et venaient des pays de l'Est, donc je ne suis pas de souche ?? ... moi pas comprendre, moi peut être pas encore intégré finalement ...

  • Vimal, le 28/11/2005 à 18h11

    Dans tout pays il y a un pourcentage de "racistes" qui ne représente que 2 à 3% de la population. Doit-on pour autant à nouveau créer un climat de quotat et comme pour les musulmans ou les gays, inventer des "Conseils" ou faire de la politique communautariste ? attention danger : il n'y a qu'un pas à franchir pour évoquer....le lobbyisme, surtout à 18 mois des éléctions Présidentielles, tiens, tiens !!!!!

  • Xavier, le 28/11/2005 à 18h06

    L'esclavage était déjà pratiqué en Afrique, lorsque les Blancs ont utilisés cette pratique et la lutte entre les tribus pour acheter des africains a d'autres africains (ou Arabes) et les déporter en Amérique. Pourquoi mentir et se mentir ? Pourquoi aussi ne pas dire que l'esclavage existe toujours en Afrique (au Niger ou ailleurs) ? Y a-t_il des races supérieures ? Y a-t-il des races innocentes et des races de bourreaux ? Si on ne dit pas la vérité alors bientôt les guerres et les haines reviendront. Pour moi il y a 3 races : celle des hommes de bonnes volontés, celle des hommes qui sèment la haine et le chaos, et entre les 2, les moutons.

  • Martin camille, le 28/11/2005 à 17h49

    Noirs.. voir l'équipe de France les noirs sont majoritaires

  • Bob, le 28/11/2005 à 17h40

    A parce qu'il faut être blanc pour être de souche, Olivier ? Mais c'est quoi au juste, être de souche ? Est-on encore de souche si on a un parent noir et un autre blanc ? L'existence de ce type d'association n'est que le reflet (en négatif ?) d'une société que vous ne voulez pas voir...

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