
tf1.fr - Comment est née l'idée du CRAN ?
Le point de départ a été un colloque organisé le 16 février dernier à Paris. Il y avait Stéphane Pocrain, Christiane Taubira, Patrick Lozès et des gens de la Ligue des droits de l'homme. Face à l'enthousiasme de la salle, nous nous sommes dit qu'il fallait faire quelque chose.
L'idée a été lancée en février, et le lancement s'est fait samedi. Cela a pris du temps. Mais il faut reconnaître que l'actualité ces derniers temps (incendies d'hôtels, violences urbaines) a montré l'urgence de notre action.
tf1.fr - Quel est l'objectif de votre mouvement ?
Etre le trait d'union entre des populations désespérées ou exaspérées, et des opinions publiques oublieuses ou même dédaigneuses. Il y a plus de 5 millions de noirs en France, Dom-Tom inclus. Or, personne ne fédérait jusque là la plus grande minorité française. Sans regroupement, on ne peut ni se faire entendre, ni influer sur les choses. Aujourd'hui, c'est chose faite.
tf1.fr - Qu'allez-vous faire dans les mois à venir ?
Nous allons prendre des initiatives concrètes, comme par exemple le mois de la culture noire, qui existe déjà dans d'autres pays comme la Grande-Bretagne. Autre projet prévu, un grand colloque à la Mutualité l'an prochain sur la question des noirs. Par ailleurs, nous allons demander audience à l'Elysée, à Matignon, au Ministère du logement ou à des syndicats. L'objectif : leur expliquer que les noirs existent et qu'il faudra désormais compter avec eux. Ils ne pourront plus faire l'impasse sur cette question là, ou alors ce sera en connaissance de cause. Nous allons aussi envoyer un questionnaire aux candidats à la présidentielle. Ils seront forcés de prendre position. Et nous communiquerons les réponses pour que les électeurs puissant voter en connaissance de cause.
tf1.fr - Votre action est-elle en fait politique ?
Notre action n'est pas partisane puisque nous avons des sensibilités très diverses dans la direction du CRAN. Mais notre constat est le même : ni la droite ni la gauche ne nous ont jamais écouté ou représenté.
tf1.fr - Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de communautarisme à l'anglo-saxonne ?
En France, on utilise très souvent l'épouvantail américain pour justifier le refus de prendre en compte la question des minorités. Tout le monde est aujourd'hui conscient des problèmes ; or si l'on commence à vouloir le résoudre, on vous accuse de faire comme les Américains. En réalité, par antiaméricanisme, on met le problème sous le tapis depuis des années, comme une poussière désagréable. Cette situation est désastreuse et a encouragé la France à ne rien faire. Au CRAN, nous avons décidé d'agir.
Jusqu'il y a peu dans ce pays, personne ne parlait des noirs. Le mot même était connoté et péjoratif. En France, il y a une tradition raciste qui néglige ces populations. Il y a par ailleurs une tradition antiraciste qui est sympathique mais qui n'a jamais osé prononcer le mot de " noirs ", de peur d'être accusé de racisme. Donc, certaines positions antiracistes aboutissaient à des résultats similaires à ceux des positions racistes. L'antiracisme républicain est en train de voler en éclats, et il est dommage qu'il ait fallu tant de violences pour que l'on s'en rende compte.
tf1.fr - Que pensez-vous de la discrimination positive ?
Au sein du CRAN, il n'y a pas encore de consensus sur la question. En mon nom personnel, je peux juste dire qu'il faut essayer. Ceux qui y sont opposés sont aujourd'hui sommés de trouver mieux. Critiquer pour maintenir le statu-quo me paraît scandaleux. Il faut voir ce qui marche ou pas à l'étranger, notamment en Grande-Bretagne, et appliquer cela en tenant compte bien sûr de ce que nous sommes. Il ne s'agit pas forcément de fixer des quotas mais il y a d'autres pistes. Il ne faut pas avoir peur des mots et des expériences étrangères. Il faut que la France apprenne à penser aussi en termes de races, comme c'est le cas aux Etats-Unis, et pas seulement en termes de classes, comme elle l'a toujours fait. Il faut mélanger les approches et trouver une troisième voie.
tf1.fr - Que pensez-vous de la polémique sur la loi sur les rapatriés et notamment le rôle de la colonisation ?
L'UMP n'a pas brillé jusqu'à maintenant sur la question noire. Ce parti a fait reconnaître les bienfaits de la colonisation dans la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés, une loi scélérate. Donc il fait l'apologie de crimes contre l'humanité. Or il y a en France des lois qui punissent en France l'apologie des crimes contre l'humanité, des lois votées par l'UMP. Le trait le plus massif de la colonisation, ce fut l'esclavage. Il y a eu 200 millions d'esclaves.
Photo (AFP) : visages de participants à la réunion fondatrice du CRAN samedi dernier
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