La détresse des élus locaux

Par Par AFP, le 05 novembre 2005 à 16h58 , mis à jour le 05 novembre 2005 à 21h29

Confrontés à des nuits de violences successives dans leur commune, les maires de Seine-Saint-Denis s'efforcent de comprendre et de restaurer le dialogue. Deux d'entre eux, Eric Raoult (UMP) et Jean-Pierre Brard (apparenté PCF) se sont rendus samedi dans les cités sensibles de leurs banlieues.

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Au lendemain d'une neuvième nuit de violences dans les banlieues, c'est la même perplexité pour deux élus de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy, et Jean-Pierre Brard, député-maire de Montreuil (apparenté PCF), mais l'analyse qu'ils en font est totalement différente. Les deux hommes se sont rendus samedi chacun de leur côté dans les cités sensibles de leurs banlieues. "C'est la faute à Sarkozy", résume Jean-Pierre Brard, reprenant ainsi les accusations portées par une grande partie de la gauche à l'encontre du ministre de l'Intérieur. "Les trois premiers jours, après la mort de deux jeunes électrocutés (à Clichy-sous-Bois), on avait affaire à une colère spontanée. Mais depuis, des groupes ciblent des objectifs économiques précis et symboliques. Ça ne peut pas être un hasard", affirme Eric Raoult. Qui sont ces groupes ? "Je n'en sais rien", reconnaît le député UMP. "Peut-être pas des islamistes, mais des agitateurs qui veulent tester les pouvoirs publics et déstabiliser le gouvernement", avance-t-il.

Samedi matin, Eric Raoult a participé à une marche silencieuse à travers la cité de Mitry d'Aulnay-sous-bois, qui a rassemblé plus de 500 personnes. "Notre marche n'est pas politique. D'ailleurs, tous les élus ont été invités, de droite comme de gauche", affirme le député, pour qui "un extincteur n'a pas de couleur politique". Aussi se félicite-t-il de la présence des socialistes Harlem Désir et Jacques Séguéla. Avec les habitants de ce quartier durement touché par les violences, comme en témoignent les carcasses de voitures et de camionnettes calcinées, abandonnées entre les immeubles rénovés de la cité, la partie est plus difficile.

Calmer les esprits

"Je ne comprends pas pourquoi notre Premier ministre reçoit les 'grands frères' et pas les propriétaires des voitures volées", lance un sexagénaire avec colère. "Il faut en finir avec le droit du sol", tempête un autre. "Ce n'est certainement pas comme cela qu'on va résoudre les problèmes", tente de les raisonner Eric Raoult. Le député se précipite vers le maire UMP d'Aulnay, Gérard Gaudron. "ll faut qu'on calme le jeu. Toi seul dois prendre la parole tout à l'heure. Il faut cadrer la manifestation", glisse-t-il à l'oreille de son collègue.

Calmer les esprits, c'est aussi le souci du maire de Montreuil, dont le taux de chômage, largement supérieur à la moyenne nationale, atteint 15% environ. La "consigne" passée à l'équipe municipale "est très simple: sérénité et discussion", explique Jean-Pierre Brard, soulignant toutefois que pour lui, "l'important dans ces moments, c'est de ne pas être identifié au pouvoir central". "On va à la rencontre des habitants et on aborde avec eux certains thèmes: la lâcheté des voyous qui brlent les voitures de pauvres gens et pas celles des bourgeois, ainsi que les provocations de Sarkozy", expose-t-il en désignant sur une façade d'immeuble de la cité du Bel-Air un graffiti qui promet : "Sarko on aura ta peau".

Et de pointer la "grande erreur" du ministre de l'Intérieur: avoir supprimé la police de proximité. "Sous l'ère Sarko, à Montreuil, on est passé de 260 à 210 fonctionnaires de police", regrette-t-il. Pour l'élu, le calme relatif dans sa commune - une quarantaine de voitures ont tout de même brûlé dans la nuit de vendredi à samedi - s'explique par "la solidarité entre les habitants", qui "fait une espèce de cloche de protection", et par les relations toute l'année durant entre la municipalité et la population. "Si les élections se tenaient dimanche, je n'aurais pas peur pour mon siège", assure-t-il en souriant.

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Photo d'ouverture : marche silencieuse à Aulnay-sous-bois, samedi - DR

Par Par AFP le 05 novembre 2005 à 16:58
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