© AFPElles ont 18 ou 20 ans, ont vu flamber leur quartier: ces jeunes femmes rencontrées en banlieue parisienne n'étaient pas dans la rue mais disent "comprendre" les garçons. "Ca a toujours été le jeu des garçons, nous on est plutôt témoins. On comprend leur révolte même si on n'est pas tout à fait d'accord: brûler des voitures ne résoud rien. Mais ils n'ont pas d'autres moyens", explique Nora, lycéenne de 18 ans.
"Enormément de discrimination"
"C'est eux qui subissent le plus, qui sont agressés lors des contrôles de police. Si ça nous arrivait, on ferait la même chose". "Et puis ils se sentent obligés de faire comme les autres, sinon ils seraient rejetés de leur bande. Déjà qu'ils se sentent rejetés de la société! Moi je ne me sens pas rejetée pareil, même si on nous regarde parfois comme des extra-terrestres quand je fais des courses à Paris avec ma copine voilée", poursuit Nora, qui garde libres ses boucles brunes.
"On fait des études, on se demande à quoi ça sert, il y a énormément de discrimination", dit Amina, 20 ans, étudiante en droit à Villetaneuse qui a choisi de porter le voile, "moi j'ai mes parents derrière moi, je continue à y croire, mais la plupart n'ont pas ce soutien". Pour elle, "Sarkozy a tenu des propos qu'un ministre n'a pas à tenir, il n'a pas donné l'exemple".
"Comme partout, les filles ne sont pas en première ligne quand il y a des violences. Mais elles sont en colère aussi", explique Hassiba Sandré, née à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), quartier à forte population issue de l'immigration, où elle tente avec Sam Berrandou de l'association Le Lumpini de prévenir la violence urbaine. "On leur refuse des emplois, comme aux garçons. Elles en ont marre d'être stigmatisées: elles voudraient pouvoir intégrer le monde du travail, fonder une famille", ajoute-t-elle. "L'histoire du foulard a fait beaucoup de dégâts. Maintenant, quand elles passent un entretien pour du travail, celles qui ont un nom à consonance arabe se voient souvent demander ce qu'elles pensent du voile. Et elles n'ont jamais assez de diplômes".
"Si c'était vrai, on se serait enfuies"
Nassera, étudiante de 21 ans qui vit à Argenteuil (Val d'Oise), veut pourtant garder l'espoir. "Il ne faut pas toujours réfléchir comme des victimes, même si le fait de venir de quartiers dits sensibles n'est pas en notre faveur", dit-elle. "Chez moi, il ne s'est jamais rien passé, il y a du respect, mes parents habitent depuis trente ans à Argenteuil. Il a suffi que Sarkozy vienne parler de racaille pour que ça allume le feu".
A côté d'elle, son amie opine et se fait l'écho d'une opinion émise par la plupart des jeunes filles rencontrées: "il y en a qui disent que les filles ne sont pas respectées dans les cités, c'est n'importe quoi. Je n'aime pas ce que disent les Ni Putes Ni Soumises: si c'était vrai, on se serait enfuies!"
Les mamans, elles, tentent de ne pas baisser les bras. Mais elles ont du mal et cherchent souvent en vain une formation, un emploi voire un internat pour empêcher leur enfant de participer aux violences, à en croire Hassiba Sandré. Quatre mamans connues issues de l'immigration - la cinéaste Yamina Benguigui, la sénatrice Alima Boumediene-Thiery, la sociologue Dounia Bouzar et la chanteuse Sapho - ont d'ailleurs lancé un appel avec 70 associations de mères en disant: "ces cris dans nos cités sont des appels au secours, ne les ignorez pas!".
(Image d'archives/DR)
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