
L'avocat général Yves Jannier, avec à ses côtés le procureur général de la cour d'appel de Paris Yves Bot, a requis mercredi l'acquittement des 6 accusés rejugés en appel par la cour d'assises de Paris dans l'affaire de pédophilie d'Outreau. "Je ne suis pas là pour faire condamner des innocents", a déclaré Yves Jannier pour qui cette affaire est un "mille-feuille de petits errements, de mauvais fonctionnements et d'inattentions". La présence lors de ces réquisitions d'Yves Bot, l'un des plus haut magistrats du parquet en France, était exceptionnelle et marquait l'importance prise par ce nouveau procès après les errements de l'affaire d'Outreau. Autre signe éloquent : le ministre de la Justice, Pascal Clément, s'exprimera immédiatement après le verdict, a fait savoir la Chancellerie mercredi soir.
Dans son réquisitoire, Yves Jannier a rappelé qu'en juillet 2002, la police, dans ses conclusions d'enquête, exprimait "plus de doutes que de certitudes". Mais "personne n'aura assez de sens critique pour arrêter la machine, pour tout remettre à plat", a-t-il regretté. "Les personnes qui auront à s'occuper de cette affaire, magistrats, policiers, journalistes seront empreints du poids" de l'affaire Dutroux, autre affaire de pédophilie en Belgique, a-t-il estimé. Pour lui, les enfants "ont menti forcément". Et il a évoqué les accusations de viol par trois hommes en même temps formulées par l'une des fillettes, qui est toujours vierge.
"La justice doit être désormais transparente"
Ces réquisitions d'acquittement - à la suite desquelles la défense a renoncé à plaider - sont la suite logique de l'effondrement des charges de l'accusation pendant le procès en appel. Près de quatre semaines de débats ont confirmé la faillite de l'instruction menée par le juge Fabrice Burgaud mais aussi celle des services sociaux et des experts judiciaires. Au final, seuls les petits Delay et les petites Lavier ont maintenu leurs accusations mais l'extravagance de leur récit a jeté le doute sur leur parole. La "catastrophe judiciaire" du premier procès a d'ores et déjà obligé l'Etat à reconnaître sa responsabilité en versant d'importantes indemnités aux acquittés (de 300.000 à 500.000 euros).
Si les réquisitions prononcées ce mercredi par l'avocat général sont suivies par la cour d'assises, dont le verdict est attendu à partir de jeudi, cette affaire constituera l'un des plus gros fiascos judiciaires de l'après-guerre par le nombre d'acquittés : 13 sur un total de 17 accusés. Les six accusés rejugés ont toujours proclamé leur innocence. Ils ont effectué jusqu'à plus de trois ans de détention provisoire.
Le procureur général de la cour d'appel de Paris a exprimé ses "regrets" aux accusés après le réquisitoire d'acquittement général, promettant : "nous devons faire en sorte que cela ne se reproduise plus". Evoquant les "dysfonctionnements de l'institution judiciaire", il a déclaré qu'il n'était "pas question de ne pas examiner les responsabilités individuelles" dans cette affaire. Cependant, "il n'est pas possible de poser comme a priori que tout cela est la faute de 2-3 personnes", a-t-il averti alors que le juge d'instruction Fabrice Burgaud a régulièrement été mis en cause par la défense. "C'est au scanner qu'il va falloir passer ce dossier, il y a eu trop de cloisonnements, trop d'institutions qui sont intervenues. Outreau a fait naître le doute sur la justice, il va donc falloir transformer ce doute à nouveau en une confiance (...). La justice doit être désormais transparente".
La cour d'assises de Paris délibérait jeudi matin.
Photo d'ouverture : les époux Lavier sortant mardi soir de la salle d'audience de la cour d'assises de Paris - DR
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