Outreau : acquittement général attendu

le 30 novembre 2005 à 15h57 , mis à jour le 01 décembre 2005 à 15h28

L'avocat général a requis mardi l'acquittement de l'ensemble des six accusés rejugés à Paris pour l'affaire de pédophilie d'Outreau. "Je ne suis pas là pour faire condamner des innocents", a-t-il lancé. Le ministre de la Justice Pascal Clément s'exprimera immédiatement après le verdict, attendu aujourd'hui.

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L'avocat général Yves Jannier, avec à ses côtés le procureur général de la cour d'appel de Paris Yves Bot, a requis mercredi l'acquittement des 6 accusés rejugés en appel par la cour d'assises de Paris dans l'affaire de pédophilie d'Outreau. "Je ne suis pas là pour faire condamner des innocents", a déclaré Yves Jannier pour qui cette affaire est un "mille-feuille de petits errements, de mauvais fonctionnements et d'inattentions". La présence lors de ces réquisitions d'Yves Bot, l'un des plus haut magistrats du parquet en France, était exceptionnelle et marquait l'importance prise par ce nouveau procès après les errements de l'affaire d'Outreau. Autre signe éloquent : le ministre de la Justice, Pascal Clément, s'exprimera immédiatement après le verdict, a fait savoir la Chancellerie mercredi soir.

Dans son réquisitoire, Yves Jannier a rappelé qu'en juillet 2002, la police, dans ses conclusions d'enquête, exprimait "plus de doutes que de certitudes". Mais "personne n'aura assez de sens critique pour arrêter la machine, pour tout remettre à plat", a-t-il regretté. "Les personnes qui auront à s'occuper de cette affaire, magistrats, policiers, journalistes seront empreints du poids" de l'affaire Dutroux, autre affaire de pédophilie en Belgique, a-t-il estimé. Pour lui, les enfants "ont menti forcément". Et il a évoqué les accusations de viol par trois hommes en même temps formulées par l'une des fillettes, qui est toujours vierge.

"La justice doit être désormais transparente"

Ces réquisitions d'acquittement - à la suite desquelles la défense a renoncé à plaider - sont la suite logique de l'effondrement des charges de l'accusation pendant le procès en appel. Près de quatre semaines de débats ont confirmé la faillite de l'instruction menée par le juge Fabrice Burgaud mais aussi celle des services sociaux et des experts judiciaires. Au final, seuls les petits Delay et les petites Lavier ont maintenu leurs accusations mais l'extravagance de leur récit a jeté le doute sur leur parole. La "catastrophe judiciaire" du premier procès a d'ores et déjà obligé l'Etat à reconnaître sa responsabilité en versant d'importantes indemnités aux acquittés (de 300.000 à 500.000 euros).

Si les réquisitions prononcées ce mercredi par l'avocat général sont suivies par la cour d'assises, dont le verdict est attendu à partir de jeudi, cette affaire constituera l'un des plus gros fiascos judiciaires de l'après-guerre par le nombre d'acquittés : 13 sur un total de 17 accusés. Les six accusés rejugés ont toujours proclamé leur innocence. Ils ont effectué jusqu'à plus de trois ans de détention provisoire.

Le procureur général de la cour d'appel de Paris a exprimé ses "regrets" aux accusés après le réquisitoire d'acquittement général, promettant : "nous devons faire en sorte que cela ne se reproduise plus". Evoquant les "dysfonctionnements de l'institution judiciaire", il a déclaré qu'il n'était "pas question de ne pas examiner les responsabilités individuelles" dans cette affaire. Cependant, "il n'est pas possible de poser comme a priori que tout cela est la faute de 2-3 personnes", a-t-il averti alors que le juge d'instruction Fabrice Burgaud a régulièrement été mis en cause par la défense. "C'est au scanner qu'il va falloir passer ce dossier, il y a eu trop de cloisonnements, trop d'institutions qui sont intervenues. Outreau a fait naître le doute sur la justice, il va donc falloir transformer ce doute à nouveau en une confiance (...). La justice doit être désormais transparente".

La cour d'assises de Paris délibérait jeudi matin.

Photo d'ouverture : les époux Lavier sortant mardi soir de la salle d'audience de la cour d'assises de Paris - DR

le 30 novembre 2005 à 15:57
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7 Commentaires

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  • Alain, le 01/12/2005 à 09h45

    Merci Mr le procureur général. Vous me réconciliez avec la justice ! Mais faut pas s'arrêter en si bon chemein et faire le ménage comme vous en avez exprimé l'intention

  • GREG, le 01/12/2005 à 02h01

    Très beau geste du procureur général. pour moi, les vrais fautifs sontles hommes politiques qui ne donnent pas à la justice les moyens de faire son travail. pourquoi un jeune de 29 ans totalement inexprérimenté se retrouve t-il seul à instruire un tel dossier? les juges sont surchargés, ils n'ont pas le temps d'étudier assez profondément les dossiers. mettons plus de moyens et plus de juge!

  • Nath, le 30/11/2005 à 23h18

    Va-t'on savoir un jour la raison qui a poussé ces enfants à mentir, à accuser des parents, des proches, des gens qu'ils connaissaient ? Comment tout ceci a-t'il pu avoir lieu ? Comment a-t'on pu accuser ces gens sans autres preuves que les rapports des psy ??? Il serait temps que la justice fasse son métier plus sérieusement ! Quant aux enfants qui ont menti que va-t'il se passer pour eux,c ar ce qu'ils ont racontés était horrible, il y a bien une raison à tout cela ????

  • Andrée, le 30/11/2005 à 21h22

    Bravo et merci à l'avocat général . Il y a une chose que je ne comprends pas, pourquoi avoir fait durer ce procés si longtemps alors que tout semblait être joué d'avance aprés les déclarations de la mère??? Voulez-t-on vraiment trouver des coupables?? Je suis certaine que tous ces accusés vont bien dormir ce soir, et qu'ils seront indemnisés pour ces années de douleurs.

  • Alain, le 30/11/2005 à 18h29

    Merci mr Le Procureur Général, vous me redonnez confiance en la justice. mais faut pas s'arrêter en si bon chemin et ejecter de la magistrature tous ceux qui n'on rien à y faire (juges, policiers, experts...) qui en salopant leur boulot ont saccagé la vie d'innocents

  • Pierre, le 30/11/2005 à 17h18

    Servons-nous de ce "gachis" pour réfléchir à nos institutions et corriger rapidement les erreurs de chaque acteur de ce drame.

  • Lo-Ran, le 30/11/2005 à 16h45

    Déjà, le fait qu'une fillette soit vierge et qu'elle se dise victime de viol réel, cela laisse songeur quant au sérieux des investigations... ça me laisse perplexe. S'il y a eu faute dans l'acte judiciaire, je pense qu'une prise de sanction devrait être prise car les conséquences sont terribles suite à des décisions prises en aveugle (?).

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