Outreau : deux nouveaux témoignages accablent le juge Burgaud

le 22 novembre 2005 à 16h48 , mis à jour le 23 novembre 2005 à 09h05

Daniel Legrand, détenu durant 30 mois, et Jeanine Coulevard, mère d'un handicapé mental accusé de sévices par les enfants, ont témoigné aujourd'hui devant la cour d'assises de Paris. Ils ont à nouveau pointé les négligences du juge Burgaud.

[Expiré] [Expiré] Outreau Daniel Legrand père et fils © AFP, Denis Charlet

Daniel Legrand, a déclaré mardi devant la cour d'assises de Paris qu'il attendait "la fin du cauchemar" depuis son arrestation il y a quatre ans. "Outreau, c'est pas mon coin, moi je suis de Wimereux, ça m'est arrivé de jouer au foot à Outreau, c'est tout. Je suis innocent", a lancé à la cour le jeune homme de 24 ans, condamné en première instance à trois ans de prison, dont un avec sursis, pour agressions sexuelles sur mineurs. Les enfants qui l'ont accusé, comme les adultes, Daniel Legrand jure qu'il ne les connaît pas.

L'irruption du nom de Daniel Legrand dans le dossier est une illustration des failles de l'instruction du juge Fabrice Burgaud. Un enfant a d'abord accusé un "Dany qui est grand". Retranscrit par une assistante maternelle, il se transformera en Dany Legrand et les enquêteurs en trouveront même deux, le père et le fils. Daniel Legrand père a été acquitté au premier procès. Le juge d'instruction fait arrêter le père et le fils, car Myriam Badaoui, principale protagoniste du dossier les avait mis en cause. Dany Legrand décide alors de reconnaître les faits pour être libéré. "Je pensais sortir en les accablant", dit-il à propos de ses trois accusateurs, Myriam Badaoui en tête Il reste en prison et cherche alors "le plus gros truc qui lui passe par la tête", ce sera le viol et le meurtre d'une fillette belge par Thierry Delay auquel il aurait assisté. Le magistrat a engagé en janvier 2002, en vain, des fouilles à Outreau pour retrouver le supposé cadavre.

"C'est une histoire de fou"

Plus tard dans la journée, un autre témoin vient pointer les négligences du juge Burgaud : Jeanine Couvelard, mère d'un handicapé mental de 43 ans accusé également en 2002 de sévices par les enfants Delay mais jamais poursuivi par la justice.

En mars 2002, quatre policiers se présentent à son domicile à 06H00 du matin pour arrêter son fils. Celle-ci leur répond qu'elle va monter l'habiller car il ne sait pas le faire tout seul. "Je le rase, je lui coupe sa viande. Quand il va aux toilettes, c'est moi qui m'en occupe sauf le respect que je vous dois", a raconté mardi devant la cour d'assises de Paris cette femme d'une soixantaine d'années. Lorsqu'on lui annonce qu'il s'agit d'une affaire de pédophilie, il lui faut un certain temps pour réaliser. Jeannine Couvelard est alors convaincue qu'"Outreau est une histoire de fou, de malades mentaux". Elle veut être alors entendue par le juge d'instruction Fabrice Burgaud. "Je voulais l'aider, en le voyant (son fils, ndlr), il se serait forcément posé des questions. Je savais que les enfants mentaient". Elle ne sera en fait jamais reçue et Jean-Marc ne sera évidemment pas poursuivi à la suite d'un examen par un psychiatre.

le 22 novembre 2005 à 16:48
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11 Commentaires

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  • Denis, le 24/11/2005 à 11h11

    En France, si l'on vous accuse, vous ne pouvez prouver votre innocence, car le pleignant est le credible... CQFD

  • Schneider Ph, le 24/11/2005 à 10h24

    Qu'est devenu le juge d'instruction de cette affaire d'Outreau ?

  • UHL, le 23/11/2005 à 18h24

    Au delà de la défaillance d'un homme, le juge c'est le système judiciaire qui est faillible, dangereusement. Il est non seulement faillible mais erroné dans son approche : la justice se souci trop peu du tord qu'elle fait elle même. La quête de la vérité, la punition des coupables sont ses visées. Peut importe ce qu'il en coûte aux victimes et à la société. Quand à la rédemption des coupables par la prison, oublions. Bref il faut ré-orienter le sens dans lequel travail la justice. Pas de travail sur la justice sans travail sur la loi. Puisque nul n'est sensé ignorer la loi, cette obligation doit s'appliquer à ceux qui la rédigent au sens où celle-ci se doit d'être claire, concise, lisible, sans ambiguité, en un mot accessible.

  • AHOVI, le 23/11/2005 à 18h20

    Les magistrats doivent répondre de leurs actes. Avant tout, ils sont des citoyens comme tout autre. Surtout en cette matière, il y a comme une frénésie chez les magistrats qui font leur travail, pour la plupart, en amont. Les enquêtes doivent s'étendre aux deux parties. La justice, c'est l'expression de l'équité, mais dans ce cas précis, elle est injuste.

  • Gerald, le 23/11/2005 à 11h35

    La seule façon pour que les victimes puissent pardonner et tenter d'oublier, c'est d'envoyer ce Fabrice BURGAUD en prison pour 3 ans pour qu'il se rende compte de ce qu'il a fait à ces pauvres gens. Peut-être alors, ne recommencera-t-il pas, ni ses collègues non plus.

  • GREG, le 23/11/2005 à 11h23

    Ah c'est facil de toujours accuser le juge! Il parait évident que quand des enfants accusent quelqu'un d'un crime aussi grave, que la mère confirme, que des experts disent que la parole des enfants est fiable, le juge ne pouvait décider autre chose que de les mettre en détention provisoire. Rappelons que le magistrat était très jeune, inexpérimenté, seul face à ce dossier monstre et avec des centaines d'autres sur le dos à gérer en meme temps. Après, si en plus les accusés avouent, ils ont coupé la branche sur laquelle ils étaient assis! Donnons plus de moyens à la justice pour qu'elle soit plus efficace, comme par exemple au moins 2 ou 3 juges d'instruction sur ce type d'affaire...( la france est le 22ème budget concernant la justice en EUrope, ne nous étonnons pas si tout ne marche pas bien après.)

  • Un juriste., le 23/11/2005 à 10h42

    Quand la machine judiciaire est lancée, il faut des coupables pour les juges et les procureurs; c'est une question de "rentabilité" de l'action publique, tout simplement. Cette affaire d'Outreau est ainsi malheureusement symbolique de ce qui se passe trop souvent; dans la réalité, le suspect est toujours présumé coupable et tout sera fait pour créer un faisceau d'indices (rumeurs, proces d'intentions, etc etc)visant à sa condamnation. C'est cela la justice pénale en France, il faut le savoir.

  • Martinez, le 23/11/2005 à 10h36

    Une loi sur la responsabilite des juges est nècessaire.cela renforcerait leur crèdibilitè.

  • Antoine, le 23/11/2005 à 09h07

    Les magistrats ne sont pas infaillibles ... ni au dessus des lois. Les fautes professionnelles doivent aussi être punie, surtout quand il y a préjudice. Et Dieu sait qu'il y a eu préjudice

  • Fabrice, le 23/11/2005 à 00h34

    N'est ce pas une femme qui voudrait être la première présidente de la france qui avait interdit de remettre en cause la parole de l'enfant, donnant ainsi la permission aux juges de pratiquer tous les excès ?

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