© LCIC'est le coup de grâce à une accusation déjà très chancelante. La principale accusatrice de l'affaire de pédophilie d'Outreau, Myriam Badaoui, a avoué vendredi avoir "menti" et a disculpé les six accusés rejugés par la cour d'assises de Paris.
Deux autres condamnés définitifs du procès de première instance à Saint-Omer, dont l'ex-mari de Myriam Badaoui, Thierry Delay, et leur ancienne voisine, Aurélie Grenon, avaient juste avant mis hors de cause les accusés, cinq hommes et une femme qui ont toujours clamé leur innocence. Ces auditions qui s'ajoutent aux rétractations faites mercredi par deux enfants en faveur de l'abbé Dominique Wiel, sapent toujours plus les charges contre les accusés.
"J'ai menti"
Le retour dans le prétoire, comme témoin, de la "reine Myriam" a aussi été pour elle l'occasion de dénoncer les méthodes du juge d'instruction Fabrice Burgaud, affirmant qu'il la traitait de "mère indigne" lorsqu'elle ne soutenait pas les dénonciations de ses enfants. "Mes enfants donnaient des noms, je n'ai fait que suivre. J'arrive pas à comprendre pourquoi je suis descendue aussi bas. C'est comme si j'avais deux personnalités en moi. Il m'est passé une folie par la tête (...) J'ai menti", a déclaré d'une petite voix cette femme massive aux cheveux ras en sweat-shirt marine. A l'attention de l'abbé Dominique Wiel, elle ajoute : "Je lui demande pardon. C'est un homme remarquable".
Condamnée à 15 ans de prison pour le viols de ses fils, Myriam Badaoui avait retiré ses accusations au début du procès de Saint-Omer avant de réaccuser les mis en cause, perdant toute crédibilité. "A quel moment doit-on vous croire?", lui lance la présidente. "Maintenant", lui répond Myriam Badaoui qui se présente comme une victime, obligée d'"obéir" à un mari violent. "Il faut que le juge assume aussi des choses. C'est facile de tout mettre sur mon dos", s'agace devant la cour celle qui a été considérée comme une "auxiliaire" du juge par la défense.
"Il n'y a jamais eu de filles"
Son ancienne voisine, Aurélie Grenon, 25 ans (condamnée à quatre ans de prison) a elle aussi accablé le juge pour qui "il fallait qu'on soit coupable et que d'autres soient coupables". Avant Myriam Badaoui, la cour avait fait une plongée dans l'univers sordide des Delay avec l'audition de Thierry : l'alcool, la collection de films d'horreur, pornographiques, la valise de "gonichets" (godemichés NDLR), la cassette porno comme cadeau de Noël pour le fils de 11 ans. "Je souhaite que ces six personnes sont innocentées, acquittées (sic). Ils ont été inculpés par mon ex-épouse. On n'était que quatre dans l'affaire", a-t-il affirmé, faisant référence à son ex-épouse ainsi qu'à Aurélie Grenon et à l'ex-concubin de celle-ci, David Delplanque.
Depuis le procès de Saint-Omer, Thierry Delay, 41 ans, condamné à 20 ans de réclusion, est toujours resté sur la même ligne. "Ca me fait mal que ces six personnes soient dans cette cour d'assises", a ajouté Thierry Delay, autrefois quasi-muet mais aujourd'hui très volubile grâce à "une thérapie de groupe" en prison. Après avoir "présenté ses excuses" aux accusés, Thierry Delay, mal rasé et en pantalon de survêtement a eu une pensée pour François Mourmand "qui lui aussi était innocent" et s'est suicidé en détention provisoire.
Thierry Delay comme Aurélie Grenon n'ont pas fait appel alors qu'ils continuent de nier une partie des faits pour lesquels ils ont été condamnés, dont des agressions sexuelles sur les filles du couple Lavier, également rejugé. "Il n'y a jamais eu de filles" lors des abus sexuels des mineurs, a assuré Mlle Grenon. L'audience reprendra lundi avec l'audition de Franck Lavier.
(Les six accusés rejugés)
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