© AFPAprès la rétractation des enfants impliqués dans l'affaire de pédophilie d'Outreau, Jean-Luc Viaux, l'expert psychologue qui avait conclu à la crédibilité de leurs déclarations a été malmené jeudi devant la cour d'assises de Paris. "Aucun élément ne permet de penser que X invente des faits ou cherche à imputer des faits à des personnes non concernées. Son témoignage reste mesuré", avait conclu à trois reprises l'expert, très attendu par la défense des six accusés.
Les enfants Delay ont accusé plusieurs dizaines d'adultes de sévices sexuels. Bon nombre n'ont jamais été poursuivis, sept ont été acquittés lors du premier procès de Saint-Omer en juillet 2004, et six qui font appel clament leur innocence depuis le début.
"Une interprétation excessive"
Me Eric Dupond-Moretti a ouvert le feu le premier. "Vous vous êtes complètement planté. Pendant des mois et des mois, on nous a opposé le fait que les enfants n'avaient rien inventé pour refuser nos demandes de mise en liberté provisoire", s'insurge l'avocat. "Nous ne sommes pas des experts en vérité", se défend le psychologue. Il reconnaît juste que la rédaction des conclusions "a prêté à une interprétation excessive" du contenu du rapport et qu'une contre-expertise des enfants aurait été bienvenue.
Me Blandine Lejeune, avocate de l'abbé Dominique Wiel, reprend la charge en s'étonnant que le témoignage de Victor (11 ans) ait pu être jugé "mesuré" alors que le garçonnet "nous parle de quatre meurtres, dont celui d'une petite en robe rouge, massacrée par son père devant des grands qui regardaient". Aucun de ces meurtres d'enfant n'a jamais existé.
Jean-Luc Viaux tente alors de se défausser sur les questions "en noir et blanc" du juge d'instruction Fabrice Burgaud auxquelles son expertise était tenu de répondre. L'avocat général Yves Jannier s'insurge à son tour. "Pourquoi n'avez-vous pas dit 'Je ne sais pas'", lance-t-il à l'expert.
"Expertises de femmes de ménage"
Hors audience, le psychologue se plaindra du tarif des expertises, payées 15 euros de l'heure. "Quand on paye des expertises au tarif d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage", lance-t-il à la presse.
Les deux garçonnets qui ont avoué avoir menti mardi soir en accusant de viols l'abbé Dominique Wiel avaient eux aussi été jugés "totalement crédibles" par une autre experte, récusée par la cour lors du premier procès, selon Me Lejeune. L'expert psychiatre Paul Bensussan, cité comme témoin par la défense, a également alerté la cour sur le contexte dans lequel surgissent les "révélations", en particulier en cas de forte médiatisation d'une affaire, ce qui a pour effet d'"influer sur la fiabilité" des déclarations.
Le viol et le meurtre d'une petite fille belge, repris par les médias et qui se sont révélés totalement fantaisistes, ont été évoqués par plusieurs des enfants présumés victimes. Il a également estimé que "la contamination des enfants les uns par les autres était amplifiée par la médiatisation". Certains des enfants retirés à leurs parents fréquentaient la même école ou habitaient dans la même rue.
La cour doit entendre vendredi les quatre condamnés définitifs du procès de première instance : Myriam Badaoui, principale accusatrice et mère affabulatrice, son ex-époux Thierry Delay, Aurélie Grenon et David Delplanque, leurs voisins à La Tour du Renard. (D'après AFP)
Les psychologues Marie-Christine Grison et Jean-Luc Viaux, le 4 Juin 2004
devant la cour d'assises à Saint-Omer (PHILIPPE HUGUEN /AFP)
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