Un policier écroué pour "coups illégitimes"

le 11 novembre 2005 à 07h45 , mis à jour le 12 novembre 2005 à 14h00

Cinq des huit fonctionnaires de Seine-Saint-Denis suspendus pour des "coups illégitimes" portés à un jeune homme ont été déférés devant le parquet de Bobigny vendredi. L'un a été écroué, les quatre autres étant placés sous contrôle judiciaire.

[Expiré] [Expiré] policiers nice patrouille © AFP

Un des cinq policiers impliqués dans l'agression à coups de poing et de pied d'un jeune homme lundi à La Courneuve a été placé vendredi en détention provisoire et les quatre autres sous contrôle judiciaire. Le policier, un des deux auteurs présumés des coups, a été écroué sur réquisition du parquet de Bobigny à l'issue de sa présentation devant le juge des libertés et de la détention. Le parquet avait par ailleurs demandé le placement sous mandat de dépôt du 2ème auteur présumé des coups mais n'a pas été suivi par le juge, qui a prononcé un placement sous contrôle judiciaire.

Les deux hommes avaient été mis en examen un peu plus tôt pour "violences commises par personne dépositaire de l'autorité publique dans l'exercice de ses fonctions en réunion", un délit passible de 5 ans d'emprisonnement. Soupçonnés d'avoir rédigé un faux procès-verbal d'interpellation pour maquiller la bavure, ils sont également poursuivis, ainsi qu'un troisième policier, pour "faux commis en écriture publique ou authentique". Les deux derniers policiers, soupçonnés de les avoir laissés faire, sont poursuivis pour "non empêchement par une action immédiate sans risque pour soi ou pour les tiers d'un délit contre l'intégrité corporelle d'une personne". Trois autres policiers d'abord impliqués dans l'affaire avaient été remis en liberté plus tôt vendredi car "les éléments dans la procédure ne permettent pas de caractériser d'infraction à leur encontre", avait indiqué le parquet de Bobigny. Alliance, premier syndicat de gardiens de la paix, a fustigé après ces mises en examen une "décision inacceptable". "Nous appelons malgré tout nos collègues au calme", a précisé le syndicat

Scène filmée

Les huit fonctionnaires de police avaient été suspendus mercredi et jeudi. Selon des sources policières et du ministère de l'Intérieur, ils avaient fait l'objet de cette sanction sur décision "immédiate" de Nicolas Sarkozy, "à titre conservatoire" dans le cadre "d'une procédure disciplinaire" menée par l'Inspection générale des services (IGS). Selon le ministère de l'Intérieur, l'enquête sur ces faits, qui se sont déroulés lundi soir, a "mis en évidence que deux fonctionnaires avaient porté des coups de façon illégitime à la personne interpellée". Six autres en ont "été témoins". "Un certificat médical constatait des lésions cutanées superficielles sur le front et sur la face de son pied droit", a ajouté le ministère de l'Intérieur selon qui "aucune incapacité temporaire de travail n'a été mentionnée".

La scène a été filmée par une caméra de France 2, selon une source policière. "Nous avons sollicité une réaction" de l'IGS, qui "a souhaité voir les images avant de réagir", a déclaré Etienne Leenhardt, directeur adjoint de l'information de France 2. "Pour leur permettre de réagir, on leur a montré les images", a-t-il expliqué.

"Caillassages"

Selon les sources policières, des jeunes gens suspectés de violences urbaines avaient été interpellés dimanche à la Courneuve, notamment pour des "caillassages" ayant visé la police. Placés en garde à vue, ils ont été remis en liberté lundi sur décision du parquet de Bobigny. Les jeunes seraient revenus au commissariat "pour narguer" les policiers et "jeter des engins" contre l'édifice, selon une source policière.

Selon une autre, le jeune homme de 19 ans aurait "insulté les policiers (...) puis aurait jeté des bouteilles sur la façade" du commissariat. "Sur la base d'outrage et de dégradation, les policiers l'ont alors à nouveau interpellé, mais il est parvenu à prendre la fuite", selon cette source. A l'issue d'une brève course, les policiers l'auraient à nouveau interpellé. C'est à partir de ce moment-là que la scène aurait été filmée. Certaines sources policières évoquent des "arrangements de procédure" afin de tenter de masquer certains faits. En l'état de l'enquête, "rien ne permet d'accréditer" cet aspect de l'affaire et personne, à part les huit policiers, n'est mis en cause, a indiqué une source proche du dossier.

Frédéric Lagache, secrétaire national d'Alliance (1er syndicat de gardiens), a déclaré jeudi à l'AFP "rester prudent" mais s'il "y a eu des dérives, il faut les sanctionner". "Ce genre d'incidents devait arriver". "Nos collègues sont fatigués, stressés", a-t-il ajouté, "ce qui n'excuse personne mais on avait prévenu". (D'après l'AFP)

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(Image d'archives/AFP)

le 11 novembre 2005 à 07:45
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