
Critiqué pour sa discrétion dans la crise des banlieues, Jacques Chirac s'est adressé solennellement aux Français lundi soir. Cette intervention radio-télévisée de près de 14 minutes a eu lieu le jour où le président a décidé de proroger pour trois mois l'état d'urgence en France. Elle s'est tenue aussi alors qu'un sondage a montré que moins d'un tiers des Français lui faisaient confiance pour apporter des solutions à ce problème. Portant des lunettes, fait inédit lorsqu'il s'exprime à la télévision, Jacques Chirac s'adressait directement aux Français pour la première fois depuis le début des violences dans les banlieues, le 27 octobre.
"Crise de sens" et fermeté réaffirmée
Les émeutes constituent "une crise de sens, une crise de repères, une crise d'identité" à laquelle "nous répondrons en étant fermes, en étant justes, en étant fidèles aux valeurs de la France", a déclaré Jacques Chirac. "Ces événements témoignent d'un malaise profond."
Procédures d'indemnisation accélérées
"Certains ont provoqué des incendies dans les quartiers mêmes où ils habitent, ils ont brûlé les voitures de leurs voisins, de leurs proches, ils s'en sont pris à leurs écoles, à leurs gymnases", a souligné le chef de l'Etat. Répondant aux inquiétudes des victimes, il a assuré que les procédures d'indemnisation seraient accélérées.
Renforcer la lutte contre l'immigration irrégulière
Le président Chirac a souligné que "ce qui est en jeu c'est le respect de la loi mais aussi la réussite de notre politique d'intégration. Il faut être strict dans l'application des règles du regroupement familial. Il faut renforcer la lutte contre l'immigration irrégulière et les trafics qu'elle génère. Il faut intensifier l'action contre les filières de travail clandestin, cette forme moderne de l'esclavage".
Sanctionner les familles défaillantes
"Les enfants, les adolescents ont besoin de valeurs, de repères. L'autorité parentale est capitale. Les familles doivent prendre toute leur responsabilité", a-t-il insisté. "Celles qui s'y refusent doivent être sanctionnées, comme la loi le prévoit. Celles qui connaissent de grandes difficultés doivent en revanche être activement soutenues", a poursuivi le chef de l'Etat.
La République a des devoirs envers ses jeunes
S'il a prévenu les jeunes des banlieues qu'on ne "viole pas impunément la loi", Jacques Chirac leur a assuré aussi qu'ils sont "quelles que soient leurs origines, (...) tous les filles et les fils de la République", soulignant : "C'est une chance d'appartenir à la communauté française. Chacun doit en avoir conscience et agir en conséquence". Mais, a souligné le chef de l'Etat, la République a également des devoirs envers ses jeunes, notamment celui "d'offrir partout et à chacun les mêmes chances". Car "nous ne construirons rien de durable si nous laissons monter, d'où qu'ils viennent, le racisme, l'intolérance ; nous ne construirons rien de durable sans combattre ce poison pour la société que sont les discriminations ; nous ne construirons rien de durable si nous ne reconnaissons pas et n'assumons pas la diversité de la société française."
Pas question d'entrer dans la logique des quotas
S'il n'est, pour le chef de l'Etat, "pas question d'entrer dans la logique des quotas, qui montre en quelque sorte du doigt ceux qui en bénéficient et qui est injuste pour ceux qui n'y ont pas droit", il s'agit en revanche "de donner aux jeunes les mêmes chances face à l'emploi".
Appel aux élus, aux partis, consultation des partenaires sociaux
Jacques Chirac a annoncé lundi soir qu'il allait entamer des consultations multiples, rencontrant notamment les partenaires sociaux et les responsables des médias. "Les entreprises et les organisations syndicales doivent se mobiliser sur la question essentielle de la diversité et de l'emploi des jeunes issus des quartiers en difficulté", a jugé le président de la République. C'est sur cette question de l'égalité de chances face à l'emploi que Jacques Chirac compte rencontrer "les représentants des partenaires sociaux dans les prochains jours". Le chef de l'Etat a aussi appelé les communes à respecter la loi qui leur impose d'avoir 20% au moins de logements sociaux. Il a annoncé son intention de rencontrer "également l'ensemble des responsables de l'audiovisuel" car, selon lui "les médias doivent mieux refléter la réalité française d'aujourd'hui". Le chef de l'Etat a invité les chefs des partis politiques à prendre leur part de responsabilité pour "refléter la diversité de la France", précisant qu'il s'agissait d'une "exigence pour faire vivre notre démocratie".
Création d'un service civil volontaire
Par ailleurs, a indiqué le chef de l'Etat, "pour mieux aider les jeunes, notamment les jeunes en difficulté, à aller vers l'emploi, j'ai décidé de créer un service civil volontaire, associant accompagnement et formation. Il concernera 50.000 jeunes en 2007", a déclaré le président de la République. L'objectif du gouvernement est d'en faire bénéficier 30.000 jeunes d'ici fin 2006, 50.000 au total en 2007. Les volontaires pourront intégrer différents corps de métier: la Défense (10.000 jeunes fin 2006, 20.000 fin 2007), la police (5.000 jeunes en 2007), l'environnement, la santé, la culture, et le secteur associatif.
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Photo d'ouverture : Jacques Chirac lors de son allocution, lundi soir - DR
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