Sarkozy répond à Kassovitz sur son blog

le 22 novembre 2005 à 17h40 , mis à jour le 22 novembre 2005 à 20h06

Le ministre de l'Intérieur a répondu mardi à Mathieu Kassovitz sur le blog du réalisateur. Ce dernier l'avait qualifié de "starlette de la Star Ac" et de "petit Napoléon en devenir".

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Le débat démocratique s'étend de plus en plus au web. Ainsi, la semaine dernière, Mathieu Kassovitz, le réalisateur notamment de "La Haine" attaquait vivement Nicolas Sarkozy sur la crise des banlieues, via son blog personnel (www.mathieukassovitz.com).   "Ces voitures qui brûlent sont des réactions cutanées face au manque de respect du ministre de l'Intérieur envers leur communauté" lançait notamment le cinéaste. "La haine attise la haine depuis des siècles et pourtant Nicolas Sarkozy pense encore que la répression est le seul moyen d'empêcher la rébellion", poursuivait Mathieu Kassovitz, comparant le ministre à George W. Bush.

Le ministre de l'Intérieur lui a répondu mardi, en laissant un commentaire dans le "post" initial. Avant de lui proposer une rencontre pour "poursuivre (...) cet échange de vive voix", Nicolas Sarkozy reproche à Mathieu Kassovitz d'avoir laissé entendre que "la crise actuelle (avait) surgi soudainement, comme par un malheureux hasard" et de l'avoir attribuée "de façon réductrice et manichéenne à (sa) personne et à quelques mots prononcés".  "Ces mots, j'assume leur tonalité directe et franche car ils sont fondés sur la réalité d'un quotidien vécu par une majorité de nos concitoyens dans les cités", justifie Nicolas Sarkozy.

Le ministre reproche aussi à Mathieu Kassovitz de s'être fait "le porte-parole d'une minorité de casseurs plutôt que l'interprète d'une majorité de familles et de jeunes qui vit, elle aussi, dans les cités et qui en a assez de constater que la culture de la violence et des rapports de forces s'est imposée sur celle de l'Etat de droit". "Pourquoi n'avoir aucun mot pour ceux dont la voiture a brûlé, les privant ainsi d'un outil de liberté et de travail durement acquis ? Pourquoi ne pas évoquer ces jeunes dont les gymnases ont été réduits en cendres et ces enfants dont l'école est détruite ? Pourquoi, par ailleurs, n'avoir aucune pensée pour les 110 policiers blessés, les pompiers caillassés et les médecins injuriés ?", demande le ministre de l'Intérieur.

(photo : le "post" sur Nicolas Sarkozy dans le blog de Mathieu Kassovitz)

 L'intégralité de la réponse de Nicolas Sarkozy 

Cher Monsieur,

J'ai pris connaissance de vos propos développés sur votre blog relatifs à la crise qui a traversé plusieurs de nos banlieues. Au-delà de vos flèches caricaturales et provocantes dont je suis la cible, j'ai tenu à vous répondre personnellement car je crois aux vertus du débat et de l'échange, notamment avec celles et ceux qui ne souscrivent pas à mes idées ou mes actes.

Le premier point qui m'a frappé à la lecture de votre blog, c'est qu'il laisse fortement entendre que la crise actuelle a surgi soudainement, comme par un malheureux hasard. Vous l'attachez de façon réductrice et manichéenne à ma personne et à quelques mots prononcés par moi-même... Ces mots, j'assume leur tonalité directe et franche car ils sont fondés sur la réalité d'un quotidien vécu par une majorité de nos concitoyens dans les cités. Au surplus, j'estime que le "politiquement correct" et la langue de bois qui prévaut depuis des décennies ne sont pas indifférents à la montée du vote extrémiste dont je combats depuis toujours les idées et les leaders.

Vous connaissez, semble-t-il, suffisamment "les quartiers" pour savoir, au fond de vous-même, que la situation est tendue depuis de longues années et que le malaise est profond. Votre film, "La haine", qui date de 1995, évoquait déjà ce malaise que des gouvernements, de droite comme de gauche, ont dû gérer avec plus ou moins de réussites. Limiter cette crise aux faits et gestes du Ministre de l'Intérieur, c'est, d'une certaine façon et une fois encore, passer à côté des vrais problèmes. Je mets cela sur le compte d'un coup de cœur mal placé.

Le second point qui m'a heurté, c'est que vous paraissez vous faire, sans nuance, le porte-parole d'une minorité de casseurs plutôt que l'interprète d'une majorité de familles et de jeunes qui vit, elle aussi, dans les cités et qui en a assez de constater que la culture de la violence et des rapports de forces s'est imposée sur celle de l'Etat de droit. Pourquoi n'avoir aucun mot pour ceux dont la voiture a brûlé, les privant ainsi d'un outil de liberté et de travail durement acquis ? Pourquoi ne pas évoquer ces jeunes dont les gymnases ont été réduits en cendres et ces enfants dont l'école est détruite ? Pourquoi, par ailleurs, n'avoir aucune pensée pour les 110 policiers blessés, les pompiers caillassés et les médecins injuriés ?

Votre proximité affective à l'égard des jeunes des cités est compréhensible et estimable, mais j'ai le sentiment qu'elle vous conduit à accepter ce qui n'est pas acceptable. Ce n'est pas rendre service aux banlieues que de prendre fait et cause pour une minorité dont les actes sont répréhensibles et parfois même meurtriers. Je crois même le contraire. Vivre dans un quartier populaire ou être le fils de parents ou grands-parents immigrés n'autorise nullement à lancer des cocktails molotov sur la police et des pierres sur les pompiers. Laisser entendre le contraire, c'est, selon moi, insulter toutes celles et tous ceux qui, dans des conditions d'existences identiques, se comportent en citoyen responsable.

Je n'ignore nullement le fait que derrière cette crise il y a des facteurs économiques, sociaux et culturels. J'en ai mesuré l'ampleur et c'est pourquoi je défends, notamment, le principe de la discrimination positive ou encore le vote des étrangers aux élections municipales. Il est temps de briser l'égalité de façade dont notre pays est coutumier depuis trop longtemps ! Il est temps de donner toutes ses chances à la France plurielle dont j'estime qu'elle est un atout et non un handicap ! A cet égard, je veux vous dire que la Police est sans doute le service public le plus représentatif de cette France plurielle que j'appelle de mes voeux.

Cette nouvelle impulsion dont les quartiers ont tant besoin, ne peut être engagée en l'absence d'un rétablissement des règles républicaines. Le développement des trafics, des violences, des "tournantes", de l'immigration clandestine, minent tous les efforts que nous pouvons entreprendre. En ces zones de non-droit, l'ordre républicain n'est pas l'adversaire du progrès, mais bien son allié.

Nous sommes en présence d'une des crises urbaines les plus complexes et les plus aiguës que nous ayons eu à affronter. Elle exige de la fermeté et beaucoup de sang froid. Ces sont ces instructions précises que j'ai donné aux forces de police et de gendarmerie. Elles agissent avec une maîtrise et un professionnalisme qui font honneur à notre démocratie. Au cours des quatre dernières semaines, certaines de nos unités ont fait face, dans le calme et la discipline, à une violence dont je vous demande de ne pas sous-estimer la brutalité.

Voilà les quelques réflexions que m'inspire la lecture de votre blog. Je sais que vous êtes, avec votre style et vos convictions, à la recherche d'une prise de conscience des pouvoirs publics vis à vis des banlieues. Depuis tant d'années, beaucoup d'argent a été engagé, beaucoup d'efforts ont été entrepris par les services de l'Etat comme par les acteurs de terrain. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Nous y avons tous notre part de responsabilité. Comment faire mieux et autrement ? Cette question, il faut maintenant la résoudre.

Demeurant disponible pour poursuivre, si vous le jugez utile, notre échange de vive voix, je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

Nicolas Sarkozy

le 22 novembre 2005 à 17:40
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31 Commentaires

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  • Pascal, le 23/11/2005 à 17h49

    Je ne comprends même pas que Sarkozy perde son temps à répondre à un bavoteux pareil. Qu'il réponde plutôt à celles et ceux qui lui envoient des messages pour leur faire part de leur exaspération en matière d'insécurité...

  • Fanfan, le 23/11/2005 à 16h31

    Il faudrait que tous ces bobos pseudos intellos qui pensent être les seuls à détenir la vérité et qui ne vivent que dans une bulle de privilégié se fassent moucher pareillement et comprennent bien ce que pensent d'eux la majorité

  • Laëtitia, le 23/11/2005 à 15h00

    Bravo à Mr Sarkozy! 100% d'accord, heureusement que nous avons un ministre de l'intérieur qui a les "cou***" d'aller jusqu'au bout de ses idées, de ses propositions,etc pour enfin agir et essayer de trouver des solutions. Continuez dans ce sens Mr Sarkozy!

  • Mentana, le 23/11/2005 à 13h32

    Bravo à l'attaché de presse de mr sarkozy qui à certainement dû guider sa plume

  • Titan, le 23/11/2005 à 12h37

    Que Monsieur Kassovitch s'occupe de sont cinema il y en a assé dans la rue

  • Lulu, le 23/11/2005 à 11h46

    Kassovitz, qui roule en porsche, gagne des millions et vit dans les bo quartiers du 16e fait-il quelque chose pour les banlieues ? Aboyer, c'est facile. Il ferait mieux d'aller aider les pompiers sur le terrain.

  • Poujol, le 23/11/2005 à 11h38

    Merci pour votre réponse Mr Sarkozy. J'aime votre franchise et la volonté qui vous anime car elle répond à tous les non-dits majoritaires. Continuez!

  • Bob, le 23/11/2005 à 10h24

    Le site de M. Kassovitz est bourré de fautes d'orthographe et de grammaire, ça fait pas très sérieux...

  • Thomas, le 23/11/2005 à 10h19

    E N O R M E bravo!!!!! Je trouve que M. Sarkosy utilise formidablement bien les média, tout comme a su le faire De Gaulle. D'autre part, qui est Mathieu Kasovitz pous se permettre de soutenir les casseurs? MK n'est pas un mome de banlieu, il y a juste tourné un film. Mathieu, sert toi plutot de ta popularité pour tenter de trouver des solutions!

  • Taz, le 23/11/2005 à 09h55

    Bravo Monsieur Sarkozy pour avoir moucher cet uluberlu dont la teneur du blog est du niveau de ceux laissés sur le site d'une célèbre radio. Monsieur Kassovitz : faites des films cela vous va mieux.

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