© (JACQUES DEMARTHON /AFP)Sans jamais se référer explicitement à la polémique sur le regroupement familial et la polygamie, le Premier ministre a tenté vendredi à Strasbourg de calmer le jeu en tirant "quelques enseignements" des émeutes devant les élèves de la promotion Simone Veil de l'ENA, à l'occasion du 60e anniversaire de cette institution. Lui-même ancien énarque, Dominique de Villepin, qui s'était déjà élevé la veille au Sénat contre la "recherche de boucs émissaires", a ainsi souligné qu'il fallait "éviter un certain nombre d'amalgames".
Le Premier ministre a ensuite insisté sur la nécessité de "faire preuve de sang-froid" face à de tels sujets, qui doivent être abordés dans la "sérénité" et non pas dans "l'effervescence" actuelle. "L'immense majorité des habitants de ces quartiers ne veulent pas être stigmatisés par leur appartenance à ces quartiers. Ils ne veulent pas que leur quartier soit frappé d'un sceau d'infamie", a déclaré le chef du gouvernement, dans ce qui pouvait s'apparenter à une petite pique en direction de son numéro deux Nicolas Sarkozy.
"L'Etat républicain a fonctionné"
Tout en réaffirmant la nécessité de réprimer "les actes d'une violence inouïe" de ces derniers jours, Villepin a mis en garde contre la tentation du "repli sur soi" et de "la peur de l'autre". "Le grand défi aujourd'hui, c'est l'égalité des chances, c'est la main tendue, c'est de ne laisser personne au bord du chemin". Face aux "épreuves" des dernières semaines, il s'est félicité que "l'Etat républicain ait fonctionné dans un esprit de responsabilité", saluant l'action des magistrats, des préfets, des maires ainsi que des forces de l'ordre qui, "confrontées à des risques de débordement, ont su à chaque étape faire preuve de maîtrise".
Etat d'urgence pendant les fêtes
Selon lui, la crise n'a pas "une cause unique" et n'est pas due "à un facteur plutôt qu'à un autre". "C'est plutôt une diversité de raisons qui peuvent les expliquer", a insisté le Premier ministre en citant une "crise de valeurs et de repères", "la dimension sociale" avec un chômage aux alentours de 40% dans ces quartiers, un "urbanisme inhumain", "la mondialisation", le "mimétisme" entre bandes et "l'immigration irrégulière".
Revenant sur la discrimination positive, chère à Nicolas Sarkozy, il a affirmé que la "querelle" sémantique était "vidée de son venin" et qu'il disait la même chose en évoquant l'égalité des chances "dès lors que cela ne revient pas à réserver à quelqu'un un certain nombre d'avantages en fonction de son ethnie, de sa race ou de sa religion et qu'il s'agit en fait d'un geste en direction d'individus qui rencontrent plus de handicaps". Dominique de Villepin a également laissé entendre que l'état d'urgence ne serait pas forcément maintenu jusqu'au terme des trois mois mais au moins au-delà des fêtes de fin d'année, "période propice" aux incivilités.
D'après AFP
(Photo AFP / J.Demarthon : Dominique de Villepin
prononce un discours à l'ENA à Strasbourg)
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