
Alors que les nuits de violences se succèdent autour de Paris, Dominique de Villepin a reçu vendredi, en fin d'après-midi, une quinzaine de jeunes issus de quartiers sensibles pour évoquer avec eux les difficultés des banlieues et les solutions à y apporter. Ces 16 jeunes, hommes et femmes âgés de 18 à 25 ans, viennent de "tous les horizons", a-t-on précisé à Matignon. La plupart habitent en région parisienne, certains sont issus de l'immigration. On compte parmi eux des lycéens, des étudiants en histoire ou à Sciences-Po, une chef d'entreprise ainsi que des RMIstes et des chômeurs. Selon Matignon, Dominique de Villepin recevra également mercredi des responsables associatifs des banlieues.
Pendant qu'avait lieu cette réunion, le ministre de l'Intérieur et celui de la Promotion et de l'égalité des chances, Nicolas Sarkozy et Azouz Begag, se rencontraient au ministère de l'Intérieur. Les deux ministres, qui ont été au centre d'une polémique au sein du gouvernement, le premier critiquant publiquement le vocabulaire utilisé par le second ("racaille", "nettoyer au Kärcher"), n'ont fait aucune déclaration après cette rencontre d'une heure. Un peu plus tôt dans l'après-midi, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy s'étaient retrouvés pour "faire le point sur l'évolution de la situation dans les zones urbaines sensibles", alors que les critiques de l'opposition se succèdent.
Le PS, par la voix de son porte-parole Julien Dray, a ainsi demandé vendredi que soit organisé "dans les plus brefs délais" un débat à l'Assemblée nationale. "S'il n'y a pas eu d'affrontement direct, c'est bien à une véritable guérilla urbaine qu'ont été confrontés les forces de police et l'ensemble des services publics de la sécurité civile", a affirmé Julien Dray, notant que "le gouvernement n'a pas pris la mesure de la crise qu'il a pour une grande partie déclenchée". Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et SOS Racisme ont estimé pour leur part que les violences dans les banlieues relevaient de "maux profonds" et avaient un caractère "prévisible".
Des voitures incendiées en plein jour
Alors même qu'avaient lieu ces diverses réunions, cinq véhicules étaient incendiés dans un parking souterrain près du centre commercial Bobigny 2, à 200 mètres de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Jusqu'alors, les violences n'avaient lieu que la nuit, et cet incendie en pleine après-midi pourrait marquer un palier. Le feu a d'abord touché deux voitures avant de se propager à trois autres véhicules de ce parking du tribunal des prud'hommes, où sont régulièrement stationnés des véhicules d'autres administrations ou entreprises. Selon le président du tribunal de grande instance de Bobigny, dix véhicules de fonctionnaires du TGI étaient stationnés au rez-de-chaussée de l'immeuble où se trouve ce parking, 23 rue du Chemin-Vert. Plusieurs personnes, interpellées lors des violences urbaines que connaît depuis une semaine ce département, étaient en cours de comparution immédiate devant le tribunal vendredi après-midi.
Au même moment, sur le parvis de la préfecture d'où l'on pouvait sentir la fumée s'échappant encore du parking voisin, une vingtaine d'élus et de représentants de Seine-Saint-Denis de tous bords politiques étaient rassemblés à l'appel du maire de Rosny-sous-Bois et président de l'Association des maires d'Ile-de-France, Claude Pernès (UDF). Le maire de Rosny-sous-Bois a voulu "donner un signal fort pour mettre un terme à cette situation intolérable", a-t-il déclaré devant ses homologues. "Le dialogue, les maires savent le faire, si on nous donne des outils et de l'argent", a-t-il ajouté.
Au total, 1.260 véhicules ont été incendiés dans l'Ile-de-France depuis le 27 octobre, date des premiers troubles, dont 519 au cours de la seule nuit de jeudi à vendredi. La mutuelle d'assurance des collectivités locales (SMACL) a déjà chiffré à près de 7 millions d'euros les indemnisations qu'elle aura à verser à ses assurés après les violences urbaines de la région parisienne.
| Des policiers évoquent "l'émulation" entre casseurs |
Une semaine d'affrontements ont aguerri les fauteurs de troubles, qui se sont adaptés à la réponse des forces de l'ordre, relèvent des responsables policiers. "En une semaine, ces petits groupes ont beaucoup appris : le moment où une grenade lacrymogène explose, la logique de progression des forces de l'ordre, qu'il est moins risqué et plus frappant de brûler une concession automobile que dix poubelles dans une rue, face à un cordon de CRS...", explique une source policière. Des policiers évoquent aussi l'"émulation" entre groupes, via des "blogs", une compétition entre quartiers voisins ou la recherche d'une exposition médiatique. "Les bandes ont eu tendance à quitter leur territoire pour des quartiers ou des communes voisines", et à adopter une stratégie de "contournement" des forces de l'ordre afin d'éviter la confrontation, explique l'un d'eux. D'où un "éparpillement" des troubles. |
Photo d'ouverture : Dominique de Villepin, s'exprimant jeudi soir sur les violences dans les banlieues- archives
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