
"Fermeté et justice". Fidèle à ce double mot d'ordre, Dominique de Villepin a déclaré jeudi soir à Matignon vouloir "nouer un dialogue pour trouver des solutions adaptées" aux problèmes des banlieues, tout en réaffirmant que sa priorité était le "rétablissement de l'ordre public". Le chef du gouvernement s'exprimait à l'issue d'une série de consultations avec des élus et des associations engagées dans le cadre de son "plan d'action" en faveur des zones urbaines sensibles promis mercredi. Cette priorité à l'ordre public, le Premier ministre l'avait déjà soulignée dans la matinée au Sénat, en adoptant un ton beaucoup plus musclé que la veille à l'Assemblée et en faisant bloc avec son ministre de l'Intérieur : "l'Etat républicain ne cédera pas. L'ordre et la justice dans notre pays auront le dernier mot. Je refuse que les bandes organisées fassent la loi dans certains quartiers".
Dominique de Villepin a par ailleurs multiplié dans la journée les réunions avec les élus locaux et les associations afin, selon Matignon, "d'être au plus près des réalités du terrain et de répondre aux préoccupations des habitants des zones urbaines sensibles", un terme préféré à celui de banlieues difficiles. "Nous allons aider davantage les enseignants, les policiers, les agents des services publics dans les quartiers, nous allons renforcer l'accompagnement pour les jeunes qui cherchent une formation ou un emploi", a indiqué le Premier ministre pour détailler les pistes de travail qu'il entendait suivre dans le cadre de son "plan d'action".
"Il n'est pas question que la République s'incline"
Surtout, alors que la situation est toujours aussi précaire dans les banlieues de Paris, le gouvernement s'est attaché à démontrer tout au long de la journée que l'heure n'était plus aux bisbilles internes, du moins officiellement. Petit-déjeuner de travail, déjeuner et réunion avec des élus locaux en fin d'après-midi : les numéros un et deux du gouvernement se sont vus à trois reprises à Matignon. C'est "l'union sacrée", a affirmé une participante. Au Sénat, le Premier ministre a également pris soin de faire intervenir, pour le pôle social, le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo et - contrairement à la veille à l'Assemblée - Nicolas Sarkozy, pour le pôle sécuritaire. "Il n'y a qu'une seule ligne politique, elle a été fixée par le Premier ministre autour de deux mots : fermeté et justice", a lui aussi insisté le président de l'UMP.
"Il n'est pas question d'abandonner le terrain, il n'est pas question de céder, il n'est pas question que la République s'incline, il n'est pas question de laisser les fauteurs de trouble, un certain nombre de voyous, considérer qu'on peut faire n'importe quoi sur le territoire de la République", a-t-il renchéri un peu plus tard sur i-télé. Pour les autres, "la République va se mobiliser pour leur construire un avenir". Il a estimé par ailleurs que les violences des nuits précédentes n'avaient "rien de spontané" et étaient "parfaitement organisées". Une intervention au cours de laquelle il a également fustigé les personnalités de gauche qui mettent en cause la réaction du gouvernement face aux violences, notamment Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, qui "ne se comportent pas en responsables politiques dignes de ce nom". Et de dénoncer : "Je n'accepte pas que ceux qui ont laissé exploser la violence et la délinquance entre 1997 et 2002 viennent aujourd'hui expliquer qu'on découvre les problèmes des banlieues depuis une semaine".
Tout en reconnaissant que "ce sont des problèmes qui datent d'il y a longtemps", Laurent Fabius, ainsi interpellé, a cependant estimé jeudi soir sur France 2 que "des erreurs avaient été commises" et "qu'il y a des choses à faire". "Dans l'immédiat, il s'agit de ramener le calme", a-t-il ajouté en utilisant "les forces de sécurité, la mobilisation de tous les gens de bonne volonté" et en demandant "aux familles d'essayer de garder chez elles les jeunes".
Sarkozy installe le "Centre opérationnel Beauvau" Le ministre de l'Intérieur a réactivé jeudi soir le "Centre opérationnel Beauvau" (COB) au sein de la direction générale de la police nationale, chargé de la coordination des moyens à mettre en oeuvre face aux violences urbaines. Le COB rassemble les représentants de la Sécurité publique, des CRS, des Renseignements généraux, de la police judiciaire et de la préfecture de police, ainsi que de la gendarmerie.
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Photo d'ouverture : Dominique de Villepin, s'exprimant jeudi soir depuis Matignon - DR
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