Le 115 submergé d'appels

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 30 décembre 2005 à 13h46 , mis à jour le 30 décembre 2005 à 14h50

Depuis la chute des températures, le Samu social (115) reçoit plus de 1800 appels par jour de particuliers signalant des sans-abri dans Paris. Par souci d'efficacité les associations d'aide se coordonnent. Mais les structures d'accueil ne sont plus adaptées aux besoins, explique Stefania Parigi, directrice générale du Samu social à tf1.fr.

SDF sans abri soupe froid © TF1

tf1.fr : Depuis le déclenchement du plan hiver et la chute des températures, le 115 croule sous les appels de particuliers...
Stefania Parigi :  Depuis quelques années, c'est devenu une habitude. Dès que la température chute, les particuliers ont le réflexe de nous appeler. Du coup, nous avons renforcé les effectifs du standard, qui peuvent atteindre 15 personnes en simultanée. Les heures de pointes se situent entre 18 heures et minuit. Depuis trois jours nous traitons environ 1800 appels par 24 heures. A cela, il faut ajouter les 200 à 600 appels reçus directement sur nos numéros à 10 chiffres, réservés aux professionnels. Avec ces derniers, on négocie directement les orientations des personnes vers les hôpitaux ou centres d'hébergement.
Une des particularités quand le niveau deux du plan hiver est déclenché, c'est qu'on nous appelle beaucoup la nuit. Dans la nuit de jeudi à vendredi, on a ainsi reçu 477 signalements de particuliers dans tout Paris, contre 219 la nuit d'avant. Le problème est que nous ne sommes pas un service de secours. On ne peut pas garantir d'intervenir dans la minute. On demande donc aux gens d'aller voir les sdf et, s'ils ne vont pas bien, d'appeler immédiatement le 15 ou les pompiers. Si la personne qui nous fait le signalement panique, alors on prend le relais pour appeler les secours.

"Vous n'imaginez pas l'angoisse des sdf à la sortie de l'hiver, vers le 15 mars, quand les hébergements fermes"

tf1.fr : Comment vous organisez-vous sur le terrain ?
S.P. : Comme à chaque déclenchement de plan hivernal, on noue des partenariats avec les autres équipes d'aide aux sans-abri. Pour être plus efficace. Les effectifs du Samu social sont ainsi renforcés par des équipes de la ville de Paris. On est passé de 9 à 14 véhicules pour faire les tourner de nuit dans Paris. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a aussi de nombreuses maraudes faites à pied dans le centre de Paris, notamment par Emmaüs. Pour éviter les pertes de temps, on a mis en place un système de régulation qui nous permet de ne pas couvrir les mêmes endroits en même temps et on se renvoie les signalements entre nous. En journée, le Samu social a mis en place depuis l'été dernier une maraude de jour. Mais il y aussi la Brigade d'assistance aux personnes sans abri qui tourne. Et dans le cadre du plan Atlas, la RATP prend en charge jusqu'à 500 personnes chaque jour pour les amener vers des centres d'hébergements. 

tf1.fr : Pourquoi nombre de sans-abri refusent d'aller en centre d'hébergement ?
S.P. : Depuis quelques années, il n'y a plus de population homogène à la rue. Beaucoup plus de personnes basculent dans la précarité. Sur Paris, le Dr Emmanuelli (ndlr : fondateur du Samu social) a déclaré qu'il y avait autour de 15 000 SDF à Paris. On estime que 35 000 personnes sont susceptibles de l'être car elles ne possèdent pas un logement propre. Nous avons de plus en plus de sans-papiers, de couples, des femmes isolées (15-20%). Le nombre de 18-24 ans, qui n'ont pas encore droit au RMI, est aussi passé de 0,5% à 11% entre 1999 et 2004. Les structures actuelles ne sont pas adaptées pour prendre en charge des populations aussi variées. 

L'exclusion n'est pas une situation de crise. C'est un problème auquel il faut réfléchir toute l'année. Si on était en capacité de travailler en anticipation, on n'en serait pas là. D'autant qu'à Paris s'ajoute un problème supplémentaire : celui du coût du logement. Trop de gens dépendent beaucoup trop vite et trop longtemps des aides. Le Samu social est une solution de dépannage, qui ne devrait pas s'inscrire dans le temps. Vous n'imaginez pas l'angoisse des SDF à la sortie de l'hiver, vers le 15 mars, quand les hébergements fermes. Ils nous appellent en détresse pour nous demander ce qu'il vont devenir le lendemain. C'est insoutenable.

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 30 décembre 2005 à 13:46
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