© DRDans un numéro spécial du Parisien consacré à la crise dans les banlieues, daté du 6 décembre, un lecteur demandait au président sa position "face aux mots" utilisés par Nicolas Sarkozy pour désigner les jeunes. C'était l'une des 50 questions des lecteurs du quotidien au chef de l'Etat.
Dans sa réponse publiée ce mardi, Jacques Chirac récuse, sans citer les termes "racaille" et "voyous", la sémantique utilisée par le ministre de l'Intérieur. "Le choix des mots est essentiel", répond le chef de l'Etat. "Quand une personne commet un délit ou un crime, c'est un délinquant ou un criminel. C'est la loi qui le dit. Ce sont ces termes qu'il faut employer. C'est cela la République", déclare-t-il. Il rappelle qu'"en France, tous les citoyens sont les filles et fils de la République" et qu'"il n'y a pas de catégorie de Français".
Pour le CV anonyme
Dans une autre réponse, le président se dit favorable à l'instauration d'une journée du souvenir pour les descendants d'esclave. Le chef de l'Etat rappelle que la France a été "le premier pays au monde, et à ce jour le seul, à reconnaître l'esclavage comme un crime contre l'humanité", et il ajoute que la question de l'esclavage est vécue "comme une blessure personnelle et identitaire" chez "beaucoup de nos compatriotes, notamment d'outre-mer". Il précise qu'il devrait recevoir dans les prochaines semaines la présidente du Comité pour la mémoire de l'esclavage, Maryse Condé.
En réponse à diverses questions sur la discrimination, Jacques Chirac se déclare favorable au CV anonyme et à la légalisation du "testing", pour lutter contre la discrimination à l'embauche. "Pour lutter efficacement contre les discriminations et tous les préjugés qui sont une plaie dans notre société, il ne faut se priver d'aucun moyen efficace et être très pragmatique, dans le respect de nos principes républicains", dit-il.
Soulignant qu'en matière de discrimination dans l'accès au logement, le plus difficile est "toujours d'apporter la preuve", Jacques Chirac indique que "nous allons légaliser le testing", et il rappelle qu'il est prévu de retirer "leur agrément aux agents immobiliers condamnés pour discrimination".
Opposé au droit de vote aux étrangers
S'il revient sur les principales questions évoquées durant les émeutes dans les banlieues françaises --polygamie, formation des jeunes, sanctions des délinquants, échec scolaire, etc-- le chef de l'Etat se contente le plus souvent de rappeler la position du gouvernement et de l'Etat. En matière d'allocations familiales versées aux parents d'enfants délinquants, il dit préférer leur suspension à leur "suppression pure et simple", qui "n'est pas une solution".
Il assure aussi qu'il va s'"engager personnellement" sur le dossier des prêts bancaires accordés aux jeunes entrepreneurs des cités. "Je vais réunir prochainement les banques, les associations et tous les partenaires intéressés pour donner un coup d'accélérateur au développement du micro-crédit", assure-t-il.
Jacques Chirac s'oppose au droit de vote aux étrangers, y compris dans les élections locales. "Le principe, c'est qu'en France, la nationalité et le suffrage sont liés", rappelle-t-il en soulignant que "celui qui le veut peut devenir français", et donc voter.
(Jacques Chirac/image d'archives/DR)
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