Clemenceau : "le combat n'est pas terminé"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 30 décembre 2005 à 16h23 , mis à jour le 31 décembre 2005 à 13h24

Le porte-avions a quitté Toulon pour l'Inde samedi matin. Hier, la justice a rejeté les requêtes de quatre associations qui demandaient la suspension de son départ tant que son désamiantage ne serait pas fini. Ces dernières vont faire appel. Annie Thébaud-Many, porte-parole internationale du réseau Ban Asbestos (Eliminer l'amiante), répond à tf1.fr.

annie Thébaus-Many porte-parole Ban asbestos

Tf1.fr : le tribunal administratif de Paris a rejeté vendredi les requêtes de quatre associations, dont la vôtre, qui demandaient la suspension du départ du Clemenceau pour l'Inde tant que son désamiantage ne serait pas fini. Que pensez-vous de cette décision ?

Annie Thébaud-Many : Cette décision n'est pas motivée. Elle relève du fait du Prince, dans la mesure où il n'y a eu aucune discussion des arguments que nous avons avancé. Notre requête est purement et simplement rejetée au seul motif qu'on aurait pas apporté la preuve de l'illégalité. Or, nous, nous considérons que la convention de Bâle, le règlement européen et le code de l'environnement ne sont pas respectés. Nous maintenons donc notre argumentation selon laquelle le départ du Clemenceau est illégal.

Tf1.fr : Cela signifie-t-il que vous allez faire appel ? 

A. T-M. : Le combat n'est effectivement pas terminé. Nous avons la possibilité de saisir le Conseil d'Etat. Nous allons étudier quelle stratégie judiciaire est la plus judicieuse. D'abord pour bloquer le Clemenceau à quai. Cette fois-ci les autorités ne nous attendront pas, mais il faut espérer que le Clemenceau n'arrive pas en Inde. Au-delà, c'est une lutte politique de fond sur la gestion des déchets par la France à travers cette filière des navires militaires et civils que nous menons. Il y a un débat au plan européen actuellement. En Angleterre, par exemple, il va y avoir une réglementation à partir de 2006 qui va interdire tout départ de navires anglais vers l'Inde ou le Bangladesh et le développement d'une stratégie industrielle de démantèlement des navires en Angleterre et en Europe, désamiantage inclus. Stratégie qui s'appuie sur des normes européennes. C'est le seul moyen pour que le travail se fasse sans risque pour les travailleurs concernés.

Tf1.fr : L'Etat sait qu'il est surveillé sur cette question du désamiantage et plus généralement du démantèlement des bateaux en fin de vie. Pour le Clemenceau, il affirme avoir formé les Indiens qui encadreront le futur chantier de démolition en Inde. Il a par ailleurs choisi un chantier, à Allang, qui répond aux normes iso... 

A. T-M. : Nous travaillons en collaboration étroite sur ces questions là avec nos collègues indiens. J'étais encore en contact hier soir avec les journalistes indiens, pour dire que c'était une mystification que de parler de transfert de technologie dans ces conditions là. Nous savons que les normes Iso ne protègent pas la santé des travailleurs. Ce sont des normes environnementales et de management et non de travail. Le discours que j'ai entendu depuis dix jours de la part de l'Etat, du ministère de la Défense quand on a été reçu, ou de la SDI, me fait penser à ce que disait les entreprises et le Comité permanent amiante à propos de l'usage contrôlé en France à la fin des années 80 et au début des années 90', avant qu'éclate le scandale de l'amiante. Il y a un beau discours. Mais dès qu'on pose des questions techniques, ils sont incapables de répondre.

Photo : Annie Thébaud-Many (Dr)

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 30 décembre 2005 à 16:23
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