
Au lendemain de l'annulation par Nicolas Sarkozy de son voyage aux Antilles, le Premier ministre est intervenu jeudi matin dans le débat sur la colonisation française. Il a implicitement contesté l'article de la loi de février 2005 sur "le rôle positif" de cette colonisation, soulignant qu'il n'appartenait pas au Parlement "d'écrire l'Histoire". " Ce n'est pas au Parlement que d'écrire l'Histoire ou de dire la mémoire". "Là je crois qu'il y a une règle à laquelle nous devons être fidèles". "Nous le voyons à travers l'article IV de cette loi de 2005, ce n'est pas au Parlement de se livrer à cet exercice", a-t-il jugé, se désolidarisant des députés UMP. "Je pense que ce n'est pas son rôle, donc il faut en tirer les conséquences dans ce cas présent ou dans d'autres cas. Ne nous laissons pas entraîner sur ce terrain d'une réécriture de l'Histoire et de la mémoire. Il n'y a pas d'histoire officielle en France", a-t-il insisté.
"Un temps de dialogue"
"Ne nous laissons pas entraîner sur ce terrain d'une réécriture de l'Histoire", a-t-il répété, précisant que c'était à l'Education nationale d'élaborer les programmes scolaires. Dominique de Villepin a dit "comprendre" que le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, ait décidé de différer son voyage aux Antilles en raison de la controverse. Pour le chef du gouvernement, "un temps d'apaisement, un temps de dialogue" s'avérait nécessaire.
L'article IV de la loi de février 2005 sur l'indemnisation des rapatriés, notamment des harkis, stipule que "les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Cette disposition, incluse via un amendement parlementaire déposée par deux députés UMP, est vivement dénoncée par les autorités algériennes et dans la France d'outre-mer où l'on s'élève contre "la loi de la honte". Hier, près d'un millier de personnes ont manifesté dans les rues de Fort-de-France (Martinique).
Le député du Nord UMP Christian Vanneste, à l'origine de l'article controversé , a souligné jeudi que le texte n'emploie pas le terme de "colonisation" mais de "présence française". "Devant la déferlante médiatique au sujet d'un amendement voté en juin 2004 et confirmé trois fois depuis lors, je tiens à préciser, puisque j'en suis l'auteur, que c'est la présence française qui est le terme employé et non celui de colonisation, que ce terme beaucoup plus large vise le rôle de la France dans les domaines de l'éducation et de la santé, à travers les instituts Pasteur par exemple", a fait valoir le député UMP du Nord.
Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale a demandé pour sa part à Dominique de Villepin de "prendre une initiative parlementaire" à propos de l'article de loi évoquant "le rôle positif" de la colonisation. Jean-Marc Ayrault rappelle que son groupe avait déposé une proposition de loi visant à supprimer l'article contesté et regrette que "le gouvernement et la majorité (n'aient) pas saisi cette main tendue au risque d'accentuer le trouble des esprits".
Bertrand demande d'abroger l'article de la discorde Le ministre du Tourisme Léon Bertrand a réclamé jeudi, lors d'une conférence de presse, aux dirigeants de l'UMP de "revenir sur l'article" de la loi reconnaissant le "rôle positif" de la colonisation française. Léon Bertrand, élu de Guyane, est le premier membre du gouvernement à se prononcer publiquement pour la suppression de cet article très controversé. Il a indiqué avoir écrit au président de l'UMP Nicolas Sarkozy et au président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Bernard Accoyer "pour leur dire (sa) déception et souhaiter que nous puissions revenir sur cet article".
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