© TF1"Il faut revenir aux méthodes syllabiques et signifier aux inspecteurs qu'ils doivent cesser de sanctionner les enseignants pratiquant la méthode syllabique", a déclaré mercredi le ministre de l'Education nationale à RMC. Revenant à la charge de façon plus ferme encore à l'Assemblée, il a affirmé : "Il faut abandonner une fois pour toutes la méthode globale ou assimilée d'apprentissage de la lecture". Avant d'annoncer officiellement une mesure dans ce sens un peu plus tard dans la journée : "J'ai demandé au doyen de l'Inspection générale de rédiger sous huit jours une circulaire destinée aux enseignants, aux inspecteurs et aux formateurs des maîtres en IUFM et demandant d'abandonner la méthode globale. Cette circulaire s'appliquera dès janvier 2006", a-t-il affirmé. "Ainsi les enseignants n'auront plus le droit de l'appliquer et les ouvrages basés sur cette méthode ne devront plus être utilisés".
Le ministre a annoncé qu'il allait "prendre contact avec les éditeurs de manuels et rencontrer aussi les maires qui les achètent pour les écoles". Le ministre a même fait état d'études d'orthophonistes selon lesquelles "la dyslexie était provoquée par une approche globale de la lecture" et de scientifiques déclarant que "le cerveau était constitué de telle façon que l'apprentissage syllabique était meilleur". L'abandon de la méthode globale "et assimilée", a encore dit le ministre, entraînera selon lui dans une quinzaine d'années une baisse du nombre d'enfants ne sachant pas correctement lire et écrire à leur entrée en sixième.
L'ironie des enseignants
Ces propos toutefois ont suscité l'ironie des enseignants et parents d'élèves. Ainsi, Gilles Moindrot, secrétaire général du principal syndicat d'enseignants des écoles, le SNUipp-FSU, a déclaré que le débat n'avait aucune raison d'être car "la méthode globale a été abandonnée depuis belle lurette". "Les propos du ministre manifestent une méconnaissance totale des pratiques de terrain. La polémique, véritable serpent de mer, est incompréhensible ou alors elle n'est qu'idéologique pour masquer les difficultés de certains enfants, difficultés socio-culturelles qui n'ont rien à voir avec les méthodes", a-t-il ajouté. Ainsi, il a affirmé que cette méthode n'était plus utilisée ou presque depuis les années 1970-80. Il a d'autre part rappelé qu'à l'entrée en 6e, 4% des enfants en moyenne ne savaient pas déchiffrer un texte mais que ce taux montait à 11% en Zep. "Cela prouve bien que les méthodes de lecture n'ont pas l'incidence qu'on voudrait leur prêter", a-t-il dit.
L'enseignant a également souligné que les deux manuels de lecture les plus utilisés, "Ratus" et "Gafi", étaient "très très syllabiques". Enfin, il s'est déclaré "très étonné" des propos du ministre selon lesquels les inspecteurs sanctionneraient les enseignants utilisant une méthode syllabique. "Il faudrait en sanctionner plus des trois-quart", a-t-il ironisé. Gilles Moindrot a également évoqué la nécessité, outre le déchiffrage, de bien comprendre le sens de ce qu'on lit. "Outre les 4% ne sachant pas déchiffrer, 11% des enfants entrant en 6e savent lire mais ont du mal à comprendre la signification de ce qu'ils lisent. C'est un vrai problème mais il dépasse de loin la question de l'apprentissage de la lecture", a-t-il dit.
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