© AFPFirmin Mahé a-t-il été victime d'une méprise? Le doute s'est introduit dans l'enquête sur le meurtre commis par des soldats français en Côte d'Ivoire le 13 mai 2005, après la révélation mardi de l'arrestation six jours après les faits, d'un homonyme, Nestor Mahé, présumé "coupeur de route". Selon plusieurs sources proches du dossier, Firmin Mahé pourrait avoir été confondu avec son homonyme par les soldats français. Maître Fabien Ndoumou, l'avocat de la famille de Firmin Mahé nous donne sa version de cette affaire qui a déjà conduit à la mise en examen de quatre militaires, dont le général de corps d'armée Henri Poncet pour "complicité d'homicide volontaire".
Meurtre de Firmin Mahé : 4 soldats français renvoyés devant le tribunal
Rebondissement dans l'affaire de cet Ivoirien étouffé dans un blindé français en 2005: une juge du tribunal aux armées de Paris a renvoyé devant les assises quatre militaires français, dont un colonel, mais pas le général Poncet.
Publié le 22/07/2010
Mort de Firmin Mahé : non-lieu requis pour le général Poncet
Le procureur du Tribunal aux armées de Paris a récemment requis un non-lieu pour le général Henri Poncet et le renvoi en procès de 4 militaires dans l'enquête sur le meurtre de l'Ivoirien Firmin Mahé, mort étouffé en 2005 dans un blindé français en Côte d'Ivoire.
Publié le 25/05/2010
Tf1.fr : depuis plusieurs semaines, vous clamez que le Mahé dont on parle, n'est pas le bon. Que celui qui a été tué par les militaires français n'était pas un coupeur de routes. Vous dites qu'il y a eu erreur sur la personne. Alors, qui est le Firmin Mahé, dont vous défendez les intérêts de la famille ?
Fabien Ndoumou : Firmin Mahé était un citoyen ivoirien ordinaire, qui vivait de la plomberie. Lorsque la guerre a commencé en 2002 en Côte d'Ivoire, il était à Dah, (ndlr : village situé à
Tf1.fr : Que savez-vous des conditions de sa mort ?
Le jour où il a été interpellé par la force Licorne, il se rendait avec sa compagne Edith au marché pour acheter du poisson d'eau douce. C'est un "indic" local qui a dit aux militaires Français que Firmin Mahé était un coupeur de routes. Ils ont alors fait demi-tour avec leur blindé et lui ont donné l'ordre de monter. Firmin Mahé s'y est opposé et il a pris la fuite. On lui a tiré dessus. Il a été atteint aux jambes. Il est parti se cacher dans la brousse. Il est ressorti de lui-même vers 17 heures. Une patrouille française l'a alors pris et emmené à l'hôpital de Bangolo. Et on connaît la suite. Il a été étouffé.
Mais même avant cela, il a subi des tortures. Et j'ai des photos qui le prouvent.
Tf1.fr : Si Firmin Mahé était un homme sans histoire, pourquoi son corps a-t-il été refusé par plusieurs villages, comme l'atteste l'armée ?
L'histoire selon laquelle le corps de Firmin a été refusé car il allait salir la réputation du village est archi-fausse. Aujourd'hui même (ndlr : jeudi), j'ai reçu des témoignages très importants, notamment de chefs de villages, que je vais verser au dossier. Même si je ne veux pas m'étaller sur cet aspect là du dossier, il y a une odeur de politique dans cette affaire. Quand elles sont arrivées en Côte d'Ivoire, les forces françaises étaient progouvernementales. Mais il y a eu un changement. Les forces françaises ont commencé à soutenir les rebelles. Firmin Mahé, dans son groupe d'autodéfense, installé par des Français, je le rappelle, menait la vie dure aux rebelles. C'est l'un d'eux, qui était indic pour l'armée française, qui a dénoncé Firmin Mahé. C'est donc un meurtre prémédité.
Ensuite, quand il s'est agi de rendre le corps, les militaires sont allés trouver le chef du village de Dah. Ce dernier a demandé pourquoi il avait été tué. On lui a répondu que c'était un coupeur de route. Il a contesté, en disant que c'était quelqu'un de digne et il a refusé de reprendre le corps.
Les militaires sont alors allés voir la maire de Bangolo. Cette dernière a refusé une première fois de réceptionner le corps. Les militaires sont revenus dans la soirée avec trois chars pour l'intimider, mais la maire a refusé une nouvelle fois et ils sont repartis avec le corps. Ils l'ont inhumé eux-mêmes. Voilà la vraie histoire.
Tf1.fr : Comment avez-vous obtenu ces témoignages ?
J'ai des relais sur place.
Tf1.fr : Toutefois, les militaires disent que depuis la disparition de Firmin Mahé, le brigandage a cessé dans la zone en question?
C'est faux. Juste après la mort de Firmin Mahé, il y a eu une descente de rebelles et quatre civils sont morts à Bah ! L'arrêt des violences, c'est la version des militaires. Moi, je vous donne la version de la partie adverse.
Tf1.fr : Etes-vous serein par rapport à la manière dont se déroule l'enquête ?
Je suis un peu dubitatif dans ce sens que les mises en cause sont Français, la juridiction saisie est française, la personne qui a dénoncé, en l'occurrence Michèle Alliot-Marie, fait partie du gouvernement français et le procureur de la République est lui-aussi français. J'ai pu constater également que le rôle de ce dernier est ambigü. Pour l'instant, j'ai des doutes parce que messieurs Burgaud et Poncet sont libres. Or, nous sommes dans une affaire de crime. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. La juge d'instruction a demandé leur mise en détention provisoire. Le procureur a attendu un jour pour se prononcer et finalement dire qu'il n'y avait pas lieu à détention provisoire. Donc je suis effectivement inquiet quant à la procédure car vous n'êtes pas sans savoir que la nouvelle loi Perben dit que le ministre de la Justice peut guider l'action publique. Donc il peut donner des ordres au procureur de la République.
Tf1.fr : Qu'attendez-vous de la justice française ?
J'attends la transparence. J'attends de la justice française qu'elle soit équitable. Je ne veux pas qu'il y ait de mascarade. Je veux qu'on applique la loi et qu'il y ait des dommages et intérêts qui soient dignes de la faute commise par les militaires français, qui étaient en mission. Dans cette affaire, un innocent a subi des tortures et a été tué la tête plongée dans un sac.
L'adjudant-chef Guy Raugel, confronté vendredi au colonel Eric Burgaud dans l'affaire du meurtre de Firmin Mahé, a indiqué devant la juge Brigitte Raynaud que son supérieur ne lui avait pas dit "tuez-le", mais que l'idée était "qu'il arrive mort" à l'infirmerie de Man, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier. Mahé blessé à la jambe après un accrochage avec des soldats français devait mourir de ses blessures, selon les premières directives du colonel. En revanche, toujours selon les mêmes sources, les deux hommes ne sont pas tombés d'accord sur l'ordre qui aurait été donné par le colonel de simuler une tentative d'évasion. Lors de la confrontation vendredi, le colonel Burgaud a déclaré avoir donné l'ordre de tirer si Mahé s'échappait. Pour sa part, l'adjudant-chef Raugel a indiqué que le colonel lui avait demandé de simuler une tentative d'évasion et de tirer sur le fugitif. Le sous-officier a indiqué avoir reçu l'ordre d'utiliser ce mode opératoire, avant d'en choisir un autre: la mort par étouffement au moyen d'un sac en plastique. Confrontation entre l'adjudant-chef Raugel et le colonel Burgaud
Photo : maître Fabien Ndoumou, sur les marches du Palais de Justice, à Paris (crédit AFP)
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Meurtre de Firmin Mahé : 4 soldats français renvoyés devant le tribunal
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