La laïcité, c'est sacré

le 09 décembre 2005 à 08h36 , mis à jour le 09 décembre 2005 à 12h16

La loi de séparation des Eglises et de l'Etat a 100 ans. 74% des Français jugent qu'il faut la garder en l'état tandis que 64% estiment la laïcité menacée, selon un sondage Ifop publié dans Metro.

eglise cathedrale facade © INTERNE

La loi de séparation des Eglises et de l'Etat, promulguée le 9 décembre 1905, est perçue par un Français sur deux comme "la possibilité laissée à chaque citoyen de pratiquer sa religion", selon un sondage Acteurs Publics/Ifop réalisé en partenariat avec Métro et La Chaîne Parlementaire-Assemblée nationale. 64% des sondés estiment que la laïcité est menacée alors qu'ils n'étaient que 56% en 2003. Enfin, 74% des Français pensent qu'il faut conserver cette loi telle qu'elle est contre 18% qui pensent qu'il faudrait en réformer quelques aspects.

Ce texte promulgué il y a cent ans marque l'acte fondateur de la laïcité française, au terme de siècles de monarchie de droit divin puis d'ingérences réciproques des cultes et de l'Etat. "La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes", annonce l'article 1er du texte. "La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte", précise l'article 2.

La Révolution, qui abolit le Concordat de 1516 entre le royaume de France et la papauté, nationalise les biens de l'Eglise, institue la Constitution civile du clergé, un temps salarié, qui fracture l'Eglise entre prêtres constitutionnels et réfractaires. L'Empire, par le Concordat de 1801, rétablit l'unité de l'Eglise, organise les cultes, et rétribue évêques, curés et pasteurs. Mais le feu continue à couver sous la cendre entre nostalgiques du statut de "la France, fille aînée de l'Eglise", et les partisans d'une France moderne issue de la Révolution. Les républicains parvenus au pouvoir ont épuré les structures administratives et politiques, où figurent désormais nombre de francs-maçons.

L'affaire Dreyfus, dans laquelle s'est compromise une bonne partie de la droite catholique, incite les républicains à sévir. En 1904, le président du Conseil Emile Combes fait voter une loi bannissant les congrégations de l'enseignement, avant de déposer un projet de loi très restrictif sur les Eglises. Mais c'est au socialiste Aristide Briand, rapporteur du texte, qu'il revient de faire voter cette loi, conçue comme libérale et non antireligieuse.

Apre débat

"Nous voulons qu'à ceux qui parcourent les paroisses en essayant de susciter la guerre religieuse, aux prêtres qui, entraînés par la passion politique, tenteront d'ameuter les paysans contre la République en leur disant qu'elle a violé la liberté de conscience, vous puissiez répondre tout simplement : voici notre loi, lisez-là, et vous verrez qu'elle est faite de liberté, de franchise et de loyauté", déclare Aristide Briand le 20 avril 1905 devant les députés. Le texte, qui vise principalement à combattre l'influence de l'Eglise catholique sur la vie politique, parachève une série de mesures, lois, décrets dans le sens de la laïcisation de l'Etat, comme la loi de 1901 sur les associations.

L'article 4, relatif à l'attribution des biens d'Eglise, engendrera cinq jours de discussions houleuses. Amendé habilement par Aristide Briand, il sera voté le 22 avril 1905, à une large majorité. "La Séparation est faite", assure Jean Jaurès. Le texte définitif est voté le 3 juillet par 341 députés contre 233, et le 6 décembre par 179 sénateurs contre 103. La loi, comprenant 44 articles, est publiée au Journal Officiel du 11 décembre 1905. Désormais, les Eglises ne sont plus de droit public, peuvent avoir une existence de droit privé comme corps constitués, au niveau national. Elles doivent subvenir financièrement à leurs besoins. Les édifices cultuels appartenant à l'Etat, aux départements et aux communes sont mis gratuitement à leur disposition.

L'âpreté du débat parlementaire préfigure les difficultés d'application de la loi, à commencer par l'inventaire des biens des églises. L'année 1906 s'ouvre ainsi sur la crise des inventaires vécus par une partie de l'opinion comme une profanation de l'espace sacré des églises. Le pape Pie X condamne en février le principe de cette loi, des affrontements éclatent, qui coûtent la vie à un manifestant catholique en mars. Alors que protestants et juifs ont accepté la loi, l'Eglise catholique entre dans une attitude de résistance qui ne prendra fin qu'en 1924, lorsque la hiérarchie catholique recouvrera le droit de gérer directement les biens du culte.

photo : archives TF1

le 09 décembre 2005 à 08:36
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

7 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Dom, le 09/12/2005 à 11h08

    Cette loi est un des piliers essentiels de la République. Pourquoi le gouvernement n'organise aucune manifestation pour marquer son centenaire? C'est bien plus grave que de ne pas commémorer Austerlitz...

  • Michel, le 09/12/2005 à 10h49

    Il y a beaucoup de mauvaise foi chez les Francais. La republique francaise sera vraiment laique le jour ou les fetes chretiennes (par exemple le 25 decembre) ne seront plus feriés.

  • Christian, le 09/12/2005 à 10h40

    En fait la laïcité est un débat vieux comme le Moyen-Age et surtout pas une invention française. La délimitation des pouvoirs temporelles et spirituelles a toujours été une question épineuse ; il suffit de connaître son histoire (Philippe le Bel et le Pape Boniface VIII en 1302, la Bulle d'Or en 1356, et bien avant cela la fameuse humiliation de l 'empereur Henri IV à Canossa en 1077).

  • Regis, le 09/12/2005 à 10h15

    Avant de penser a construire des mosquees nos dirigeant feraient mieux de penser a construire des logements sociaux....

  • Sebastien, le 09/12/2005 à 10h11

    Laïcité.. AH AH AH, ils me font bien rire. Quand je suis allé à la cantine d'un service public jeudi et il n'y avait pas de poisson... et pourquoi ? Et bien parce que le poisson c'est que le Vendredi Monsieur !!! Elle est belle la Laïcité !!!!

  • Laurent, le 09/12/2005 à 09h42

    Bien sûr qu'elle est menacée... quand on voit un certain pape que je ne nommerai pas, qui donne son avis sur les unions CIVILES (!) gays en menaçant d'excommunier toute personne politique favorable aux droits des homosexuels, y'a de quoi s'inquiéter...

  • Martin, le 09/12/2005 à 09h31

    Un Honte à notre République si cette loi doit être modifié pour financer le culte quelqu'il soit ! Je ne souhaite pas que mes impôts aillent à la construction d'edifice religieux. LAICITE Est ce que les pays non catholique finance les églises ? NON

Lire tous les commentaires

      logAudience