Cent ans après sa promulgation, la loi fondatrice de la laïcité française est l'objet d'un consensus que sa genèse et les premiers temps de son application, extrêmement conflictuels, ne laissaient pas présager. A l'image du président Jacques Chirac pour qui elle est un "pilier du temple", elle constitue aux yeux du Premier ministre Dominique de Villepin "l'un des piliers de notre pacte républicain". Le secrétaire national du PS à la laïcité, Jean Glavany, salue dans une déclaration à l'AFP "une des grandes lois républicaines", qui définit "le vivre-ensemble dans le respect des différences". André Rossinot, président du Parti radical (associé à l'UMP) vante "une loi de liberté, garantissant la liberté de conscience et de culte", et rappelle que c'est le parti radical de l'époque qui s'est battu pour cette loi. Jean-Michel Baylet (Parti radical de gauche), se félicite que, grâce à ce texte, "la France vive désormais avec ses églises dans un climat de tolérance". Pour Patrice Cohen-Seat (PCF), la loi de 1905 "fonde l'égalité des citoyens".
Sarkozy souhaite un "toilettage"
Mais cette unanimité se fissure sur la question d'un possible "toilettage" de la loi, relancée par des initiatives du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui veut répondre au manque de lieux de culte pour l'islam. Quasiment absente en 1905, c'est aujourd'hui la deuxième religion de France. Se disant défenseur de la loi de 1905, le ministre de l'Intérieur suggère que l'Etat puisse contribuer au financement de la construction de mosquées, ce que la loi interdit, et a nommé une Commission de réflexion juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics. L'annonce de cette commission a entraîné immédiatement une riposte de Jacques Chirac et Dominique de Villepin. Pour eux, la loi de 1905 est intouchable et les solutions aux problèmes posés par l'islam devaient être trouvées dans ce cadre. Un sentiment très largement partagé.
Ouvrir ou pas la boîte de Pandore
"Ouvrir la boîte de Pandore de la révision de la loi de 1905 est inutile et même dangereux", assure Jean Glavany, qui met en garde contre les "groupes fondamentalistes". "Les collectivités locales ont les moyens d'aider à financer la construction de mosquées", ajoute le socialiste, grâce notamment à la mise à disposition de terrains avec des baux emphytéotiques (de longue durée) et des garanties d'emprunts. Le député-maire d'Evry Manuel Valls (PS) se déclare cependant, comme Nicolas Sarkozy, "partisan de l'argent public pour la construction des mosquées", plutôt que de voir "l'argent affluer de l'étranger". "Vous ne trouverez aujourd'hui aucune majorité pour changer les principes de la laïcité", prévient toutefois André Rossinot. "L'Etat doit intervenir pour garantir la liberté de culte, mais le financement doit rester privé", affirme de son côté Jean-Michel Baylet.
Quant au président (UMP) de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, il souhaite, dans un entretien au Figaro de lundi, que l'on ne rouvre pas "des crises qui sont latentes, surtout compte tenu du fait que la désespérance pousse certains vers le spiritualisme". Patrice Cohen-Seat (PCF) exclut une révision de la loi et dénonce "un débat qui tend à remettre en cause la laïcité en poussant à une 'communautarisation' de la société". Marine Le Pen, vice-présidente du Front national, condamne des initiatives gouvernementales qui feront de l'islam "sinon la religion officielle, du moins la religion que l'Etat suit, protège et entretient".
(Photo : Nicolas Sarkozy - Archives)








