
Le ministre de la justice a souhaité s'exprimer "à la demande du président de la République", quelques minutes après l'acquittement des six accusés du procès en appel d'Outreau qui soldait l'une des plus grandes erreurs judiciaires de ces dernières années. Pascal Clément a présenté ses "excuses à tous les acquittés et à leurs familles" et leur a promis des "réparations". Peu après, sur France 3, le Premier ministre a réitéré les excuses de l'Etat, exprimant son "émotion" vis-à-vis des personnes "injustement accusées". Comme l'avait fait son ministre de la Justice, il annoncé à son tour qu'il recevrait les acquittés "dans les tout prochains jours". "Devant un tel drame et le gâchis judiciaire (...) je veux aussi reconnaître, au nom du gouvernement, au nom de la France, la faute qui a été commise", a déclaré le Premier ministre. "L'Etat doit bien sûr réparer et la réparation sera rapide", a-t-il aussi insisté. Selon l'un de leurs avocats Frank Berton, les 6 acquittés seront reçus mardi après-midi à Matignon par le Premier ministre.
Très rapidement, les avocats des six accusés devraient entamer des négociations avec la Chancellerie pour obtenir des indemnisations en réparation de la "faute lourde" de l'Etat. Les sept premiers acquittés ont déjà touché entre 300.000 et 500.000 euros, selon des sources concordantes. Pascal Clément a en outre annoncé le lancement d'une triple enquête des inspections générales des services judiciaires, policiers et sociaux. Ces trois inspections seront chargées de réfléchir sur "les modalités du signalement et de la prise en charge aux plans social, policier et judiciaire des suspicions ou des dénonciations de violences sexuelles sur des mineurs".
" Rechercher les fautes "
Le garde des Sceaux a souhaité "des réponses rapides et adaptées" à de "graves dysfonctionnements judiciaires", dont "certains sont peut-être susceptibles de constituer des fautes". Il a annoncé avoir saisi, à la demande du président Jacques Chirac, l'Inspection générale des services judiciaires afin de "rechercher les fautes ou les insuffisances professionnelles qui sont, le cas échéant, à l'origine de ce désastre".
Cette inspection, "sans précédent", portera "sur toute la chaîne judiciaire" et devra rendre ses premières conclusions dès février 2006, a précisé Pascal Clément, qui s'est réservé la possibilité de saisir le Conseil supérieur de la magistrature, l'organe disciplinaire des magistrats. Le ministre de la Justice a enfin indiqué qu'il allait proposer que "les erreurs grossières et manifestes d'appréciation" des magistrats soient désormais "sanctionnées".
Mais pas de chasse aux sorcières
L'Union syndicale des magistrats (USM) a souhaité jeudi soir que le débat actuel ne se transforme pas en "une chasse aux juges" ou en "règlement de comptes contre les magistrats". Valéry Turcey, membre du Conseil supérieur de la magistrature a demandé que l'enquête administrative soit étendue au rôle éventuel des ministres de la Justice successifs. "Le Garde des sceaux dirige l'action publique. A tout moment, il pouvait demander au procureur général de Douai de requérir des remises en liberté ou la non-prolongation des détentions", a-t-il estimé.
Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, a annoncé dans la soirée à Lyon la création d'une commission d'enquête parlementaire pour "examiner s'il y a eu ou non dysfonctionnement de la justice". Le juge d'instruction de l'affaire d'Outreau, Fabrice Burgaud, a été régulièrement montré du doigt comme étant l'un des principaux responsables du fiasco judiciaire.
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