
Applaudissements, embrassades : trois des acquittés au procès en appel d'Outreau ont été accueillis chaleureusement vendredi matin par un petit comité en gare de Boulogne-sur-Mer où ils sont arrivés fatigués mais heureux d'avoir été enfin innocentés.
Dès leur descente du train qui les ramenait de Paris, ils ont exprimé leur détermination à "poursuivre le combat" pour récupérer leurs enfants dont ils ont été privés pendant de longs mois. "Ca y est, je suis chez moi", confie Thierry Dausque, satisfait de ne "plus avoir à penser à ça". Les traits tirés, ce colosse moustachu a hâte de quitter la gare de Boulogne où une quinzaine de membres du comité de soutien sont venus l'accueillir avec Franck et Sandrine Lavier, deux autres acquittés rentrés avec lui.
"Lui ne pourra jamais être libre"
La veille, la cour d'assises de Paris les a tous innocentés en appel des accusations portées contre eux. Au total, 13 accusés sur 17 ont été déclarés innocents, épilogue au plus grand désastre judiciaire depuis l'après-guerre.
Engoncée dans son long manteau rose, Sandrine Lavier avoue elle aussi son "soulagement" en pénétrant dans le tunnel qui passe sous les voies. "On était déjà revenus tous les week-ends (pendant le procès où ils ont comparu libres, ndlr) mais là, on va essayer de se reposer un peu puis refaire notre famille", lance son mari Franck.
Dans le hall de la gare, sur laquelle planent de menaçants nuages, les membres du comité de soutien les ont attendus de pied ferme. Sur une banderole, ils ont inscrit: "6+7=13+1 Vérité. Outreau, Boulogne, Saint-Omer, Douai". Le "1" c'est pour François Mourmand, poursuivi dans l'affaire et mort en prison, "lui ne pourra jamais être libre", explique Marcel Macquet, membre du comité. Le nom des villes, "c'est pour toutes les instances qui n'ont pas fait leur boulot".
"Maintenant, c'est à eux de lui demander pardon"
Acquitté à Saint-Omer, Daniel Legrand (père), discute avec le comité des déclarations des autorités qui se succèdent depuis l'annonce du verdict. "Viaux va être suspendu", avance un membre du comité, en évoquant la demande du ministre de la Justice de radier un des experts psychologues intervenu dans l'affaire, Jean-Luc Viaux. On parle aussi du juge d'instruction Fabrice Burgaud.
Sandrine Lavier ne se fait pas d'illusions : "Les excuses du juge Burgaud, on ne les aura jamais. Qu'il soit sanctionné ainsi que tout son entourage". Elle veut voir le juge des enfants pour récupérer ses petits. "Ca fait trop longtemps, plus de quatre ans" qu'ils ont été placés, pendant que leurs parents étaient en prison.
"Nos gosses, y'a encore un gros point d'interrogation dessus, on va faire notre maximum pour que ça se passe bien", explique Franck. Thierry Dausque ne "sait même pas pourquoi on (lui) a pris" son fils. "Maintenant, ils vont devoir m'expliquer. Je devais lui demander pardon. Pourquoi? Maintenant, c'est à eux de lui demander pardon." (AFP)
(Franck et Sandrine Lavier vendredi matin à Boulogne-sur-Mer)
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