© AFPDepuis trois semaines, chaque mercredi soir, devant l'église Lympia sur le port, une dizaine de militants de l'association Soulidarietà, proche du groupuscule nationaliste Bloc identitaire, distribue aux sans-abri une soupe. L'attention paraît généreuse. Sauf que dans cette soupe, il y a du porc. Sont dont exclus de fait de la distribution les sans-abri de confession musulmane ou juive.
Pour Bruno Dubouloz, président d'Intersecours Nice, qui regroupe une quarantaine d'associations d'entraide, il s'agit là d'un tri xénophobe inacceptable. "Comme il y a discrimination et que cela se passe sur un espace public, nous avons saisi l'Etat et la ville de Nice. Il leur appartient de réagir", a-t-il affirmé.
Impuissance des pouvoirs publics
Mais du côté des autorités, on évite de mettre les pieds dans le plat. Pour le Dr Noël Ayrault, adjoint au maire de Nice chargé de la santé et de l'action humanitaire, la mairie est impuissante : "Ils ont des comportements discriminatoires et provocateurs mais on attend qu'il y ait une infraction", explique-t-il. Il reconnaît pourtant que l'association n'a pas déposé de demande d'autorisation administrative. "J'ai dialogué avec eux pour leur dire qu'on doit aider toute personne indigente, quelle que soit sa race ou sa religion", ajoute-t-il.
Comme la mairie, la préfecture des Alpes-Maritimes dit ne rien pouvoir faire : "Aucune loi n'interdit de distribuer de l'aide alimentaire aux gens dans le besoin. Nous sommes conscients que la soupe exclut des malheureux pour leur religion. Mais tant qu'il n'y a pas d'obligation pour les SDF de la prendre ni de trouble à l'ordre public, nous ne pouvons pas intervenir", indique-t-on au cabinet du préfet. "Nous sommes extrêmement vigilants", ajoute-t-on cependant. "Il y a des rondes régulières de la police. Au moindre trouble, nous interviendrions".
Tradition
"Nous tenons à incorporer du lard dans cette soupe populaire parce que nous vivons en France, pays dans lequel le cochon a toujours tenu une place prépondérante dans l'alimentation traditionnelle de ses habitants", se défendent les "identitaires" dans un tract. Ils n'en sont pas à leur coup d'essai. La préfecture de Paris, sur demande du conseil municipal de la capitale, avait interdit en janvier une distribution de "soupe au lard", au motif que le Bloc identitaire ne disposait pas d'autorisation administrative.
Noël Ayrault affirme avoir proposé à la préfecture de porter plainte pour "incitation à la haine raciale" à partir du tract diffusé. Intitulé "Soupe du Port-Soupe au Porc", on peut notamment y lire que si les SDF européens ne vont plus dans les centres d'hébergement, c'est parce qu'ils y subissent "la haine, la violence et le raket (sic) des immigrés!". En attendant, chaque mercredi soir, un cordon de policiers sépare la camionnette de la "soupe au lard" de celles des autres organisations caritatives et de quelques manifestants de gauche situés sur la chaussée d'en face.
Photo : mercredi soir, à Nice (AFP)
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